Hamlet

par

L’intellectuel aux prises avec le non-sens

Dans son soliloque« Être ou ne pas être », Hamlet révèle entre autres choses sa peur demourir – une peur qu’a accentuée sa rencontre avec le surnaturel. Sachantmaintenant qu’il existe en effet un autre monde, il ne peut plus considérer lamort comme un long sommeil. Pourtant il n’en est pas encore au point de croireaux revenants comme tels : ce n’est qu’après la représentation de La Souricière qu’il acceptera le fantômecomme étant son père plutôt qu’un démon déguisé. C’est aussi là, une fois quele prince tient sa preuve, que le fantôme réapparaîtra pour le réprimander den’avoir pas encore agi – juste après qu’il en a eu l’opportunité pendant laprière de Claudius. Cette réapparition a lieu pendant un moment de hautetension, où Hamlet peut finalement faire déferler son dégoût pour les actionsde sa mère sur elle. La dislocation de la réalité commune que représente lefantôme s’ajoute à la dislocation des actions de Gertrude.

Il ne faut pas oublier queHamlet est déboussolé dès le début de la pièce, avant qu’il ne soit informé del’apparition du fantôme. Non seulement son père est mort et le trône auquel ilaurait pu prétendre lui a été ravi, mais sa mère s’est remariée avec son oncle,mariage incestueux selon les mœurs contemporaines, et la cour est passée dudeuil aux célébrations avant qu’il n’ait pu se faire à la perte de son père. Mêmeavant l’apparition, le monde a donc commencé à fonctionner d’une manièreinusitée et difficile à saisir. Pour l’intellectuel qu’est Hamlet, ladifficulté est réelle.

Étudiant à Wittemberg,lieu clé de la Réforme, Hamlet est d’évidence un homme d’esprit plutôt qued’action, du moins la plupart du temps. L’université représente pour lui laliberté, ou du moins une possibilité de fuite vers un monde logique. Forcé àdemeurer au Danemark, il se trouve dans un monde qui bascule de plus en plusvers le non-sens. Son camarade de classe Horatio, de même, est forcé àréconcilier son point de vue empirique et rationnel avec l’existence dusurnaturel. Les intellectuels se retrouvent forcés d’admettre qu’il y a deslimites à la connaissance, voire à la raison. C’est l’existence de ces chosesinconnaissables qui fait peur, qui engendre cette peur du « pays inconnudes bornes duquel nul voyageur ne revient jamais », et dont on ne peutdonc rien savoir – sauf ce qu’en dit le fantôme, qui n’est guère rassurant surle sujet. Ce n’est qu’après qu’il s’est réconcilié avec l’idée de mourir que Hamletagira enfin pour tuer Claudius.

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