Inconnu à cette adresse

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Arme pour le régime nazi

Les lettres reçues et envoyées par le peuple allemand dèsle début de la dictature étaient lues par les autorités. Les forces nazies lesutilisaient pour découvrir les traîtres et les Juifs. Le personnage de Martinse fait le témoin de cette pratique. Il montre d’abord la difficulté qu’il a àécrire à Max, il ne peut le faire que par l’intermédiaire de sa banque – dès lalettre du 9 juillet 1933, on remarque que l’entête est différente :« Deutsch-Voelkische Bank »,et le contenu de la lettre confirme : « je t’écris sur le papier à lettre de ma banque. C’est nécessaire carj’ai une requête à t’adresser et souhaite éviter la nouvelle censure qui estdes plus strictes ». Dans cette même lettre Martin demande à Max de neplus lui écrire du tout : « ildevient impossible pour moi de correspondre avec un Juif », il mettoute la distance possible entre eux en l’appelant par la périphrase générique« un Juif ». Il met alors en place un contournement de la censure,expliquant à Max d’écrire au dos des traites de banque. Il semble alors que lescourriers personnels soient tous lus – « ne plus jamais m’écrire chez moi » –, et les courriersofficiels pas encore. Mais dès la lettre du 8 décembre 1933, Martin montre quela censure s’amplifie : « Maintenantje dois te demander de ne plus m’écrire. Chaque mot qui arrive dans cettemaison est désormais censuré, et je me demande dans combien de temps, à labanque, ils se mettront à ouvrir le courrier. »

Enfin dans sa lettre de supplication à Max, où il luidemande d’arrêter absolument de lui écrire, Martin explique que les courrierssuspects ne lui arrivent plus directement mais qu’il est convoqué et subit uninterrogatoire. Il explique que désormais il craint pour sa vie, et ilsous-entend qu’il pourrait être emmené dans un camp de concentration.

Nous ne cherchons pas ici à attester de la véritéhistorique de ces faits, la censure durant le régime nazi a été radicale et ilne nous importe pas ici de savoir si elle avait déjà débuté en 1933. Nousvoulons simplement montrer comment l’auteur tend à illustrer, à travers cettecorrespondance, le poids des interdits qui pèsent sous un régime dictatorial.Nous pouvons dans la dernière lettre de Martin saisir la véritable terreur quise met en place, à travers ses questions rhétoriques quasiment tragiques :« Sais-tu ce que c’est qu’êtreenvoyé dans un camp de concentration ? Veux-tu vraiment me coller le dosau mur et pointer une mitraillette sur moi ? » ; et sessupplications pathétiques : « Jet’en supplie, cesse ! » ; « Mon Dieu, mais tu n’as donc pas de pitié ! ». 

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