Inconnu à cette adresse

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Kressmann Taylor

Kressmann
Taylor – aussi appelée Kathrine Kressman Taylor – est une écrivaine américaine
née en 1903 à Portland (Oregon) et morte en 1996. Elle est surtout connue pour
sa nouvelle épistolaire Inconnu à cette
adresse
, propice à informer de façon précoce, avant la Seconde Guerre
mondiale, les Américains des dangers du nazisme.

Kathrine Taylor
est issue d’une famille d’origine allemande. Elle étudie le journalisme et la
littérature à l’université d’Oregon dont elle sort diplômée en 1924. Elle déménage
ensuite à San Francisco où elle travaille en tant que rédactrice publicitaire. À
côté de ses activités professionnelles, elle écrit déjà pour son loisir et
collabore parfois avec de petits magazines littéraires.

Elle
épouse en 1928 le propriétaire d’une agence publicitaire et déménage dix ans
plus tard à New York. Là, la nouvelle Inconnu
à cette adresse
(Address Unknown)
est publiée en 1938 dans le magazine Story,
récemment fondé à Vienne par un couple, qui permettra de découvrir de célèbres
auteurs comme Charles Bukowski, J. D. Salinger, Tennessee Williams ou encore
Richard Wright.

L’éditeur
Whit Burnett, de concert avec le mari de Kathrine, Eliott Taylor, jugent qu’un
prénom masculin siérait mieux à l’auteur d’une histoire si forte. C’est alors
qu’apparaît le prénom Kressmann, dont l’auteure usera tout au long de sa
carrière professionnelle. Kressman Taylor s’inscrit donc dans la lignée de
femmes écrivaines qui ont opté pour un prénom masculin, parfois par souci de
crédibilité, à l’instar de George Sand, pseudonyme de la romancière française
Amantine Dupin.

Inconnu à cette adresse repose
sur la fiction d’une correspondance épistolaire entretenue entre 1932 et 1934
par deux amis, Martin Schulse, un père de famille allemand de souche, et Max
Eisenstein, un Américain juif d’origine suisse, célibataire, qui gèrent
ensemble une galerie à leurs noms à San Francisco, au centre d’un commerce
florissant de tableaux, avant que Martin ne retourne vivre à Munich. Celui-ci,
se laissant tenter par l’idéologie nazie, finit par renier son amitié avec Max.
Le titre s’explique à deux occasions dans l’histoire. Martin avait eu une
aventure avec Griselle, la sœur de Max, objet des inquiétudes de celui-ci,
surtout depuis que la dernière lettre qu’il lui a adressée lui a été retournée
avec la mention « inconnu à cette adresse ». Max, ayant demandé à
Martin de veiller sur elle, se voit répondre par la négative, et il doit lire
le récit de la mort de sa sœur, à qui Martin a littéralement fermé sa porte
alors que les chemises brunes du Parti national-socialiste la poursuivaient. À
distance, Max va alors fomenter sa vengeance qui consiste à faire croire à la
censure, par les lettres qu’il envoie, que Martin est d’origine juive et
complote avec lui-même par le biais d’un code qu’il invente, jusqu’à ce qu’il
reçoive cette lettre marquée de la même mention « inconnu à cette
adresse », qui signifie la mort ou la déportation.

La
nouvelle est finalement éditée dans la revue conservatrice, au lectorat bien
plus grand, Reader’s Digest, puis
c’est la jeune maison d’édition Simon & Schuster qui la publie à part en
1939, et lui fait alors connaître un petit succès, si bien que la nouvelle est
rapidement traduite. La version néerlandaise est confisquée par les Nazis, qui bannissent
aussi l’ouvrage du sol allemand, alors que traduction allemande voit le jour à
Moscou.

Jour sans retour (Until that Day), l’œuvre suivante de
Kressmann Taylor, publiée en 1942, constitue une nouvelle mise en accusation de
l’idéologie nazie. Elle raconte l’histoire de Karl Hoffmann, un jeune chrétien
allemand, fils d’un pasteur luthérien, qui étudie la théologie dans le Berlin
de la fin des années 1920. Le contexte de dépression y favorise la montée de l’influence
du nazisme ; Hitler fait persécuter l’Église, opposée à la doctrine nazie,
et c’est la résistance du père de Karl qui cause sa mort. Son fils poursuit
alors le combat à sa place, mais on l’empêche de devenir pasteur à son tour, et
devant le danger, il finit par fuir aux États-Unis. Le récit est inspiré de la
vie de Leopold Bernhard, qui avait fait l’objet d’une enquête par le FBI. C’est
cette institution qui arrange la rencontre avec Kressmann Taylor. Le contexte
historique, l’attaque de Pearl Harbor et l’entrée en guerre des États-Unis
couvrent l’actualité littéraire, et le livre trouve alors peu d’écho.

La
première œuvre de Kressmann Taylor, en revanche, est adaptée au cinéma en 1944
par le réalisateur d’Autant en emporte le
vent
, William Cameron Menzies. Kressmann Taylor est créditée à l’écriture
du scénario avec Herbert Dalmas.

À partir
de 1947, Kressmann Taylor enseigne les lettres, le journalisme et l’écriture
créative au Gettysburg College (Pennsylvanie). À côté, elle écrit des nouvelles
qu’elle publie dans des revues. Certaines sont réunies dans une édition
française en 2004 sous le titre Ainsi
mentent les hommes
. C’est la nature qui domine dans le recueil, qui permet
de consoler des personnes éprouvées. Les adolescents mis en scène sont
confrontés à la violence du monde, des adultes, des figures d’autorité, comme
dans Humiliation (The Pale Green Fishes) où un fils se
trouve en butte à la brutalisé de son père, qu’il idolâtre à la fois, ou dans Remords (The Red Slayer), où c’est la figure d’un professeur acariâtre qui
tourmente un autre adolescent.

Après sa
retraite prise en 1966, Kressmann Taylor, alors veuve, déménage à Florence, où
elle écrit Journal de l’année du désastre
(Diary of Florence in Flood), qui
ne paraît en France qu’en 2012. L’histoire est celle d’une pension des bords de
l’Arno où des Italiens et des Américains sans informations contemplent la
montée des eaux, le 3 novembre 1966, la désolation qui s’installe dans le
centre historique. Le récit met en valeur la stupeur des Florentins, mais aussi
l’élan de solidarité des Italiens, et un certain esprit de résistance.

La
nouvelle Inconnu à cette adresse est
à nouveau publiée par Story Press en 1995 à l’occasion du cinquantième
anniversaire de la libération des camps de concentration. Le texte va alors connaître
un nouveau succès à travers ses traductions dans vingt langues, notamment en
France où se vendent 600 000 exemplaires, et en Israël, deux pays où les
représentations théâtrales se sont multipliées depuis. L’histoire de Martin et
Max peut finalement être lue en Allemagne en 2001.

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