Jacques le fataliste

par

L’Amour comme apanage du sexe féminin

Dans « Jacques le fataliste et son maître », l’auteur exprime sa conviction de ce que l’amour, ne se manifeste jamais mieux que par les femmes. « Il n'y a que les femmes qui sachent aimer ; les hommes n'y entendent rien… », affirme-t-il. Et pour l’illustrer il met en scène l’épisode de Mme de La Pommeraye et du marquis d’Acis. Ce dernier, ayant séduit cette femme vertueuse qui eut donné le monde pour lui, l’abandonna. En proie à la colère, elle conçut une vengeance implacable qui n’a d’égal que l’amour qu’elle eut pour le marquis et qui s’acheva par l’union de ce dernier avec une courtisane. Une illustration particulière du dicton « qui aime bien châtie bien », qui reçoit, l’absolution et plus, l’approbation de l’auteur en ces termes : « Et j'approuverais fort une loi qui condamnerait aux courtisanes celui qui aurait séduit et abandonné une honnête femme : l'homme commun femmes communes. » Un tel acte sous lesquels on a du mal à reconnaître les traits de l’amour en porte pourtant les stigmates. L’amour féminin tel que le conçoit Diderot, n’est pas celui de saint Paul qui accepte tout, croit tout, pardonne tout. Certes, il donne tout, mais en retour, il veut tout et ne conçoit pas d’être foulé aux pieds.  

En butte aux arguments fallacieux des séducteurs, les femmes sont aussi les victimes des « orateurs » du mal. Diderot sait combien l’art oratoire peut être détourné à des fins blâmables. Le discours d’Hudson devant le « magistrat de police » est doublement casuistique : il se targue de son efficacité dans son couvent pour justifier ses pulsions et s’absout de son immoralité par le choix qu’il a fait d’une « femme corrompue » et non d’une « honnête femme ». Son plaidoyer pro domo à « Versailles » est du même ordre : présentant l’enquête menée contre lui comme une « persécution », il s’attire la pitié du ministre mû par ses préjugés contre les religieux – « Comptez sur les bienfaits et la protection du roi ».

Le roman aborde donc toutes sortes de sujets par le biais de la conversation : le bien, le mal, la liberté, le destin, la vérité et l’erreur, la morale et la nature. La confrontation s’instaure à tous niveaux, entre personnages de premier plan, personnages secondaires, entre narrateur-auteur et lecteur inscrit dans l’œuvre, comme si Diderot s’adressait, au-delà de ce couple ambigu, à la postérité.

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