L'Écriture ou la vie

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Première partie

Le récit commence au début de la libération des camps. Semprun ne s’est pas vu dans un miroir depuis deux ans entiers. La première chose qui l’étonne, c’est le regard que posent sur lui les trois militaires qui le croisent dans la forêt dans laquelle on l’a envoyé. Semprun se souvient avec douleur de l’odeur du camp de Buchenwald. Il explique qu’elle est inoubliable, et qu’il faut faire un effort constant pour ne pas y penser. Il commence en même temps la mise en écriture de ses souvenirs du camp de Léon Blum, en précisant qu’il n’en a rien vu, car il était dans les quartiers spéciaux, au-delà des barricades. Quelques jours plus tôt, les ennemis approchant, Berlin a lancé l’ordre d’évacuer les camps. Semprun est libre, il n’y croit pas, c’est plus qu’un rêve qui se réalise, il rit aux éclats. Déjà, la difficulté à communiquer ce qui a été vécu se fait ressentir. Il y a comme un malentendu entre Semprun et les trois militaires circonspects. Dès lors, Semprun doute de pouvoir raconter ce qui s’est passé dans les camps. Il comprend que pour les militaires, il apparaît comme un revenant. Il se sent alors immortel. Semprun inventorie les regards qui se sont posés sur lui pendant ces deux ans, et ne compte que des regards fraternels, ou des regards de S.S. qu’il était impossible de croiser. Il évoque les derniers jours de son ami Maurice Halbwachs, et sa relation ambigüe avec Nicolaï, un Russe qui ambitionnait des hautes places dans le camp et qui l’aimait bien. Le premier chapitre se ferme sur les interrogations de Semprun consécutives aux regards interloqués des trois militaires.

         Plus tard, Semprun et un camarade juif hongrois, Albert, arpentent le camp dans l’espoir de trouver des survivants. Ils n’y trouvent que des montagnes de cadavres. Semprun précise que ses souvenirs de cette période – la période entre son départ des camps et son retour chez lui – sont flous, contrairement aux souvenirs de la période précédente, sans qu’il ne parvienne à s’expliquer ce fait. Une voix monstrueuse retentit pendant leur exploration. Les deux hommes croient entendre la mort en personne. Albert constate que la langue chantée est le yiddish. Il reconnaît la prière des morts. Les deux hommes se mettent à la recherche de la source du chant. Ils arrivent bientôt face à un homme à l’air mort, dans un tas de cadavres, qui continue de chanter malgré tout, les yeux fermés. Pendant qu’Albert va chercher un brancard, Semprun est chargé de s’occuper du moribond. Il se remémore les paroles d’une chanson, « La Paloma », qu’il a entendu le jour où il a tué un officier allemand dans le cadre de ses activités résistantes. Semprun en vient à commenter un de ses précédents ouvrages, L’évanouissement, où il relatait déjà cet épisode, et essaie d’expliquer pourquoi à la place de Julien, le Bourguignon qui était avec lui à ce moment, il a parlé d’un certain Hans, un personnage qu’il a totalement imaginé. Le moribond se tait. Semprun cherche de l’aide. Il se rend compte qu’ils sont derrière les latrines, et il se souvient à quel point les latrines, malgré leur odeur pestilentielle, étaient un lieu agréable à Buchenwald, en ce qu’elles lui ont permis de rencontrer un certain nombre de gens intéressants, et de vivre un certain nombre de moments gais. Semprun prend le moribond dans ses bras, et cette scène le renvoie une fois encore à la mort de Halbwachs. Enfin Albert arrive, avec des renforts. Satisfaits de ce sauvetage sommaire, ils s’asseyent, au calme. Semprun pense aux écrits de Malraux, mêlés aux horreurs que lui a racontées plus tôt un Juif survivant du Sonderkommando.

         Des jeunes Russes ont peint le portrait de Staline un peu partout. On appelle Semprun. Anton, de la bibliothèque de Buchenwald, lui demande de rendre les livres qu’il a empruntés. Semprun est surpris, et se demande pourquoi Anton récupère les livres empruntés alors que le camp est voué à disparaître. Anton est persuadé que Buchenwald va rester en place. Communiste, il espère que le camp servira bientôt à rééduquer les nazis. Semprun dialogue avec Nicolaï, qui essaie de récupérer sa mitraillette, et qui explique qu’il a participé aux peintures de Staline. Au milieu de Buchenwald, Semprun déclame La liberté de René Char. Semprun se souvient de la façon dont il a eu connaissance de ce poème. Il se renseignait auprès d’un officier français sur les nouveautés culturelles à Paris. Pendant un moment, l’officier français ne lui apprenait rien de nouveau, simplement que les auteurs prometteurs étaient devenus des auteurs reconnus. Mais à la fin, l’officier lui vante les mérites de René Char, que Semprun ne connaît pas. Semprun négocie pour récupérer le recueil que l’officier a sur lui. L’officier accepte, à condition qu’il vienne le lui rendre une fois rentré en France.

         Semprun se souvient du lieutenant américain Rosenfeld. Un jour, ce lieutenant lui demande ce qu’il étudie. Semprun se remémore alors un épisode où, dans ses premiers jours aux camps, il a fait face à un officier allemand qui ne considérait pas le fait d’être étudiant en philosophie comme une profession digne de ce nom. Rosenfeld apprécie l’anecdote. Les deux hommes discutent de la façon dont il faudra raconter cette expérience, par où commencer, sur quoi s’arrêter. On parle de Kant, d’Heidegger. Semprun se souvient de la première fois qu’il a lu Heidegger, lors de l’hiver 1940-41, et admire sa langue. Semprun et Rosenfeld se voient quotidiennement. Ils parlent littérature. Le jour de la fête de Semprun, qui est le jour de la Saint-Georges, Rosenfeld l’emmène visiter la maison de Goethe.

         À la fin du mois d’avril, Semprun est hors du camp. Il danse avec une jeune femme en écoutant joyeusement la musique de Louis Armstrong. Semprun explique comment pendant de longs mois il utilise son regard dévasté et les vers de René Char pour séduire les femmes. Il raconte l’ivresse du corps, autant dans la douleur que dans le plaisir. Un jour, il se décide à aller rendre le recueil de René Char à l’officier français. C’est sa femme, Laurence, qui l’accueille. L’officier est mort. Semprun et Laurence se séduisent, toujours en écoutant Louis Armstrong. Semprun raconte sa rencontre avec une certaine Martine Dupuy. Malheureusement, elle cède à un autre homme. À nouveau, une discussion sur la difficulté de raconter cette expérience a lieu. Un français affirme que la meilleure façon de faire serait de tourner une fiction immédiatement dans Buchenwald, mais c’est impossible. On en arrive malgré tout à la conclusion qu’il faudra passer par l’art. Le débat est interrompu par un air de Louis Armstrong qui retentit au loin. Le morceau lui rappelle Koba, un résistant qui a tué un officier allemand sur cet air-là pendant une surprise-party. Il en revient à l’anecdote relaté dans L’évanouissement, puis retourne aux problématiques de l’après. À son retour à la civilisation, il comprend rapidement qu’il sera seul à jamais. 

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