L'Écriture ou la vie

par

Troisième partie

Semprun continue à lutter pour écrire. L’écriture de son livre l’accompagne longtemps. Alors qu’il écrit et publie différents livres, L’Écriture ou la Vie reste longtemps en gestation. Jorge Semprun en écrit différents passages puis il les jette, les réécrit, les abandonne, et c’est finalement en 1987 qu’il entreprend réellement de le poursuivre vraiment. Il lui faudra encore quinze années pour arriver au bout de cet essai autobiographique dans lequel se mélangent ses souvenirs de prisonnier et ce chemin de l’écriture. La mort de Primo Levi, autre figure très importante de ce qu’on pourrait appeler « la littérature des camps », survient et bouleverse Semprun. Il ne comprend pas comment Primo Levi, qui est parvenu jusque-là à faire face à ses souvenirs, en est venu ce jour-là à se suicider. C’est comme si le fait de voir que l’écriture n’a pas réellement apaisé Levi jetait une ombre indélébile sur l’activité littéraire de Semprun. La conclusion est terrible : « Rien n’était vrai en dehors du camp, tout simplement. Le reste n’aura été que brève vacance, illusion des sens, songe incertain : voilà. »

         La vie continue cependant. Les femmes passent, les années aussi. On n’oublie pas, mais on s’habitue. Un jour, Semprun récite des vers à une petite fille, les vers de Baudelaire qu’ils avaient récités à la mort de Halbwachs. La scène est très belle : le souvenir est comme transfiguré. La joie de la petite fille adoucit l’horreur du souvenir initial. Le temps, autrement dit, a fait son travail.

         L’Écriture ou la Vie se clôt sur un retour aux camps plus de trente années après la libération. C’est l’hiver, il neige abondamment. De manière assez surprenante, l’ouvrage se termine sur une vision de bonheur, une élévation, une épiphanie. Semprun marche de nuit, sous la neige, dans Buchenwald désert. Il est envahi par un bonheur insensé, par la beauté du moment. Finalement, il lève les yeux : « Sur la crête de l’Ettersberg, des flammes orangées dépassaient le sommet de la cheminée trapue du crématoire. »

 

         L’Écriture ou la Vie est le fruit d’un travail personnel douloureux, d’une tentative de descendre dans « les profondeurs de l’âme », pour en extraire des mots qui décrivent un sentiment inconnu de tous, mais aussi pour en extraire le mal qui empêche la paix intérieure. Tout comme Primo Levi, Jorge Semprun a écrit l’un des chefs-d’œuvre littéraires se rapportant à cette période tragique de l’histoire. Tout comme lui, il constate que lorsque les situations sont extrêmes, aucun mot ne parvient à les décrire avec justesse, et que les blessures qu’elles occasionnent restent ouvertes à tout jamais.

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