L’énigme des Blancs-Manteaux

par

Un tableau vivant de la vie quotidienne à Paris sous Louis XV

Jean-François Parot est un spécialiste reconnu du XVIIIe siècle en France, et il brosse pour son lecteur un tableau vivant du Paris sous Louis XV. Outre la rigoureuse topographie, qui emmène le lecteur à travers la capitale, disparue sous la pioche des démolisseurs du règne de Napoléon III, L’Énigme des Blancs-Manteaux fait revivre les lieux d’autrefois, mais aussi les métiers étranges qui constituaient le quotidien de la capitale du siècle des Lumières.

Quand Nicolas Le Floch arrive à Paris, c’est un jeune provincial qui de connaît rien d’autre que les villes et les paysages bretons. Dès son arrivée, il est « abasourdi par le bruit et le mouvement qui se manifestaient dès les faubourgs ». « Il s’était senti ahuri et vaguement inquiet devant une vaste plaine couverte d’innombrables moulins à vent aux ailes agitées. » Puis il découvre « des rues étroites, des maisons prodigieusement hautes, une chaussée malpropre, boueuse, tant et tant de cavaliers et de voitures, des cris et ces odeurs innommables… ». Paris et ses alentours sont bien différents de la campagne bretonne, Nicolas a quelques difficultés d’adaptation au début, comme tout provincial arrivant dans la capitale. Dans Paris, le piéton est menacé de toutes parts : « boues infectes dont les taches dévoraient les vêtements, cascades des gouttières se déversant sur les têtes et rues transformées en torrents à la moindre pluie. » Le décor est bien moins agréable que les rues des villages, la ville modifiant petit à petit les habitudes, au fur et à mesure de son extension et de l’augmentation incessante de sa population. Nicolas découvre même un spectacle qui l’époustoufle : « une rue qui traversait la Seine. […] Il se rendit compte qu’il s’agissait d’un pont bordé de maisons. Un petit Savoyard, attendant la pratique, la marmotte sur l’épaule, lui apprit que c’était le Pont Marie. » C’est une chose étonnante de voir que même sur l’eau la ville s’est étendue.

Les petits métiers des petites gens qui grouillent dans les rues sont aussi une découverte. Nicolas est ainsi « bousculé par un garçon limonadier qui, ayant failli faire tomber son plateau de « bavaroises » jura sourdement. […]. C’était […] un thé chaud avec un sirop de capillaire. » Au fil des pages, le lecteur – en même temps que Nicolas – découvre des métiers totalement disparus du Paris actuel : « Les latrines publiques manquaient cruellement à Paris et le promeneur était fort embarrassé, dans les rues populeuses, quand le besoin le pressait. […] On avait recours à ce personnage curieux qui dissimulait, sous une ample robe de toile, deux seaux suspendus à une barre transversale portée sur les épaules. » La ville bouscule les habitudes de la campagne et ses nécessités sont bien différentes.

Par ailleurs, il faut nourrir les Parisiens, et notre provincial découvre donc des marchés d’une nouvelle sorte : « Nicolas, accoutumé à l’ordre bonhomme des marchés provinciaux, dut se frayer un chemin au milieu d’un véritable chaos. Toutes les denrées étaient entassées pêle-mêle sur le sol, sauf la viande, qui bénéficiait d’étals particuliers. » La viande, justement, est fraîchement tranchée à quelques pas de là : « Les bouchers abattaient le bétail dans leurs boutique et le sang ruisselait au milieu des ruelles, où il caillait sous les pieds des passants. Mais cela n’était rien à côté des exhalaisons qui sortaient des fonderies de suif animal. » Les marchés sont donc très différents de ceux dont Nicolas à l’habitude ; beaucoup plus grands, ils fourmillent sans cesse. De plus, le sang des bêtes qui sont tuées pour leur viande coule ici dans la rue, tandis qu’à la campagne, la terre l’absorbe et les animaux sont tués dans les fermes ou chez les bouchers, ce que les grands espaces autorisent.

Jean-François Parot emmène ainsi son lecteur dans le passé, le plonge dans la réalité du quotidien de l’époque, ce qui donne à L’Énigme des Blancs-Manteaux une odeur et une saveur toutes particulières.

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