L’énigme des Blancs-Manteaux

par

Une plongée dans le siècle des Lumières

Le siècle des Lumières, c’est ce mouvementintellectuel qui, au XVIIIe siècle, a voulu promouvoir la raison etla science, en lieu et place des dogmes imposés par la religion et l’État.Entre la fin du règne de Louis XIV et la Révolution française, ce mouvement aanimé l’Europe et trouvé quelques-uns de ses plus brillants acteurs en France. Ils’agit du passage d’un monde à un autre, quand la raison prend place dans lesesprits et déloge la coutume et la superstition. Ainsi, Nicolas Le Floch al’habitude, étrange encore, de prendre des bains afin de se laver. Son tuteur,homme pourtant instruit mais d’un autre temps, aurait levé les bras au ciel àce spectacle : « C’était, avec les philosophes et l’Encyclopédie,un sujet de controverses incessantes et animées entre le tuteur et son parrain.[…] Pour lui, les soins devaient se passer de tout recours à l’eau et ignorerle corps à l’exception du visage et des mains, seules parties visibles. »C’est un petit débat anecdotique, mais qui illustre parfaitement le clivage quis’opère.

Chez M. de Noblecourt, Nicolas découvre aussiune pièce remplie d’objets divers, un cabinet de curiosités, fort prisé àl’époque. « Trois des murs étaient meublés de vitrines renfermant unefoule d’objets étranges et disparates. Il y avait là, rassemblés, descoquillages, des végétaux desséchés, des armes anciennes, des porcelainesexotiques, des tissus sauvages, des pierres et des cristaux aux formes et auxcouleurs inconnues. Plus inquiétants, des bocaux contenaient, dans des liquidestroubles, des masses spongieuses et blanchâtres semblables à des larvesinformes. » Ces lieux, ancêtres des musées, permettaient aux savantsd’entreposer et de montrer leurs collections d’objets rares, hétéroclites,exotiques ou encore inédits, afin d’étonner leurs amis par ce lieu censé représenterl’esprit cultivé de son propriétaire.

La méthode même que Nicolas emploie pourrésoudre sa première grande affaire est basée sur la raison, en cohérence avecles élans de ce siècle où l’on aime à réfléchir. Aller au-delà de l’apparence,c’est ce qui permet à Nicolas de dénouer le nœud d’une affaire des pluscompliquées. C’est un homme de son époque, il ne se limite pas à ce qu’il voitau premier abord et cherche à voir plus loin que ce qui semble évident, même sicela bouscule certaines idées reçues. À cet égard, son attitude envers lebourreau Sanson, paria social – il lui serre la main tandis que d’autresl’ignorent –, illustre bien l’ouverture d’esprit du jeune homme.

Cela dit, le règne de Louis XV n’est pas untemps peuplé de seuls intellectuels. Jean-François Parot dévoile aussi aulecteur l’autre face de la société : la pauvreté et la face sordide deParis. Nicolas est amené à fréquenter, dans la même journée, un salonaristocratique où pétille l’esprit aussi bien qu’un cabaret infect ; ilpasse « des sommets de l’art culinaire aux ignominies des morceauxd’arlequin » où ses bonnes manières le dénonceraient comme étranger àcette société : « Le pain, vous l’émiettez dans la soupe. Lacuillère, tenez-la à pleine main. Vautrez-vous sur la table et faite le plus debruit possible en mangeant. Vous finirez l’assiette en la portant à voslèvres ». Tels sont les sages conseils donnés par Bourdeau dansl’infâme cabaret où l’enquête mène les deux policiers, dans le but de se mêlerle mieux possible à la foule environnante. 

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