L’Épreuve

par

Un décor naturel : la campagne

Au lieu d’un palais ou d’un château, Marivaux situe l’intrigue de son œuvre dans la campagne. Bien qu’on ne sache pas exactement la véritable raison de ce choix quelque peu intrigant, on peut toujours essayer de formuler quelques hypothèses.

Premièrement, il essaierait sans doute de montrer l’influence de la nature sur l’amour. Tout comme Musset le démontre dans On ne badine pas avec l’amour, la nature joue un rôle incontestable dans le flux de la passion amoureuse. Et c’est sans doute la raison pour laquelle la nature est tant associée au romantisme littéraire. Dans l’œuvre de Musset, l’auteur fait la mention de « jardin », d’une « fontaine secrète », d’une « ferme », de « bateaux », etc., et ces éléments sont soit en relation avec des souvenirs amoureux existants (Camille et Perdican), soit en relation avec la formation de nouveaux souvenirs (Rosette et Perdican). De même, Marivaux utilise cet aspect naturel en faisant mention d’Angélique qui va « cueillir » des fleurs (et non en acheter, par exemple) pour en faire un bouquet destiné à Lucidor. Et bien que Marivaux n’exploite pas plus profondément cet aspect de « vie de campagne », il maintient toujours cette même idée d’« amour de la nature », illustrée par exemple par l’idée venue à Lucidor de s’acheter une maison de campagne.

Marivaux aurait également utilisé un décor de campagne pour démontrer que les bourgeois citadins, véritables animaux urbains, sont incapables de survivre loin de la ville. Comme Lucidor le déclare lui-même : « Je tombai malade trois jours après mon arrivée ; j'ai été même en quelque danger… ». Il fut peut-être piqué par une guêpe ou tout autre insecte, ou alors il consomma quelque chose qu’il n’aurait pas dû ; l’auteur nous épargne les détails. Mais quoi qu’il en soit, si Angélique n’était pas intervenue il n’aurait peut-être pas survécu, puisqu’il se trouvait en « quelque danger… »

En plus de cela, Angélique lui offre le soin « le plus tendre et le plus ingénu », une tendresse qui n’aurait sans doute pas été rencontrée dans le cadre des soins, plus professionnels, permis par la ville. Et c’est d’ailleurs ce soin initial qui déclenche la flamme d’amour entre les deux personnages.

Ce point de conclusion est en accord avec une autre observation cruciale de l’intrigue de la pièce La Double Inconstance de Marivaux : de même que le bourgeois Lucidor tombe amoureux de la campagnarde Angélique après que celle-ci eut fait preuve de délicatesse envers lui dans sa maladie, de même le Prince (déguisé en Officier du palais) tombe amoureux de la paysanne Silvia le jour où elle lui offre tendrement à boire dans sa maison, alors qu’il était en pleine partie de chasse. Il y a décidément quelque chose de magique dans la bienveillance ces paysannes.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Un décor naturel : la campagne >