L'Etranger

par

Résumé

La condition humaine et l’absurdité de la vie sont des thèmes fréquemment traités dans les ouvrages d’Albert Camus, qui parvient à soulever des interrogations existentielles à travers ses histoires, mêlant littérature et philosophie, voie et possibilité que lui avait déjà indiquées, très tôt, son professeur Jean Grenier. L’Étranger, qui paraît en 1942, est un de ses romans philosophiques ; le lecteur y suit Meursault à Alger, un homme songeur qui semble détaché, imperméable aux événements sa vie.

 

La mort de Mme Meursault, la mère du narrateur, marque le début du livre. Elle décède de vieillesse dans l’asile où son fils l’avait placée, et il se rend à Marengo, près d’Alger, pour les funérailles. Une veillée est organisée, réunissant Meursault et plusieurs pensionnaires autour du corps de la défunte le temps d’une nuit. Le lendemain, sous un soleil de plomb, le cortège en comité restreint se dirige vers le cimetière, où Mme Meursault est inhumée sans que son fils ne montre particulièrement de tristesse.

Le weekend suivant l’enterrement, Meursault décide d’aller se baigner au port où il rencontre une ancienne dactylo de son bureau, Marie Cardona ; il s’en rapproche. Après une séance de cinéma ils se rendent chez lui et deviennent intimes. À son réveil Marie est partie, et il passe presque toute la journée sur son balcon, à simplement regarder les gens mener leur vie.

Les semaines de Meursault sont monotones et semblables les unes aux autres, rythmées par son travail, ses échanges avec Emmanuel, son collègue de bureau, et ses repas du midi chez Céleste, ami et gérant de son auberge de prédilection. Il croise régulièrement le vieux Salamano, son voisin de palier qui n’a de cesse d’injurier son épagneul, leurs disputes rituelles durant depuis maintenant huit ans.

Meursault a aussi un autre voisin, Raymond Sintès, un prétendu magasinier, en réalité proxénète, qui permet d’offrir un contrepoint immoral à Meursault qui lui n’est qu’amoral. Sintès invite Meursault à manger et lui expose la situation délicate à laquelle il est confronté. Il s’est blessé à la main suite à une altercation avec le frère de sa dernière maîtresse, une femme qu’il a battue pour la punir de l’avoir trompé. Cependant Raymond estime qu’elle mérite d’être châtiée plus sévèrement, et il demande à Meursault de rédiger la lettre qui lui servira de mot d’adieu cinglant. Une fois le billet écrit, le narrateur rentre chez lui sans avoir trop d’avis sur la question.

Quelques jours plus tard, des cris venant de chez Raymond signalent une dispute entre celui-ci et sa maîtresse. Un agent met un terme à la scène, et Raymond est invité à se présenter au commissariat. Pour plaider son innocence, il désigne Meursault comme témoin, qui n’exprime aucun reproche à son encontre. Raymond s’en tire avec un simple avertissement, mais s’aperçoit bientôt qu’un groupe d’Arabes, mené par le frère de sa maîtresse, compte bien lui faire payer plus cher son comportement.

Marie et Meursault continuent de se fréquenter, et projettent de se marier. En réalité Meursault lui a simplement donné son accord pour cette union sans se sentir vraiment impliqué. Ils sont invités chez Masson, ami de Raymond Sintès, qui possède une maison à la mer. Le couple et Raymond s’y rendent en autobus, et s’aperçoivent que le groupe d’Arabes guette à la sortie de leur immeuble ; mais ils parviennent à s’éclipser sans réaction de la bande aux aguets.

Après une baignade et un repas convivial, les trois hommes (Meursault, Raymond et Masson) vont se balader sur la plage. La situation dégénère quand ils rencontrent le groupe d’Arabes, et Raymond, à deux doigts de se servir du revolver qu’il gardait sur lui par précaution, est blessé par un coup de couteau lors de la bagarre. Ils rentrent chez Masson où l’on soigne ses blessures, mais Meursault retourne sur la plage en possession de l’arme confiée par Raymond. Il y recroise un des Arabes. Les deux hommes se toisent sous le soleil éclatant qui pèse sur le narrateur ébloui, et Meursault finit par abattre l’homme, allant jusqu’à tirer quatre coups supplémentaires sur le cadavre inanimé gisant au sol.

Suite à son crime, il est arrêté et incarcéré, et comprend difficilement sa nouvelle situation de prisonnier, éprouvant les tourments des hommes en cellule tels que l’inactivité ou le désir charnel inassouvi. Pour lui son affaire est des plus simples, et à la grande incompréhension du juge d’instruction et de son avocat, il reste muet sur les raisons de son acte et indifférent à l’élaboration de sa défense. Il ne voit par exemple pas l’intérêt de choisir lui-même un avocat, la justice étant si bien faite qu’il peut en avoir un commis d’office.

Le procès commence, prévu pour deux jours. De nombreux journalistes sont présents car l’affaire fait les gros titres de la presse. Plusieurs témoins sont appelés à comparaître : le directeur et le concierge de l’asile de sa mère, Céleste, Marie, Salamano, Masson… Tous les comportements de Meursault sont scrutés et interprétés négativement : son impassibilité à l’enterrement de sa génitrice, la relation qu’il entame avec Marie alors qu’il est en deuil, etc.  On le présente comme une personne froide, sans sentiments, sans morale et même inhumaine, alors que Meursault essaie simplement d’être exact ; en outre, il ne sent pas qu’il est un criminel. Le procureur va donc jusqu’à demander la peine capitale pour cet homme « monstrueux ». Le jury délibère et la sentence est annoncée : Meursault aura la tête tranchée sur la place publique au nom de la France.

Avant son exécution, Meursault retourne en cellule ; là, il réalise le tragique de la situation. Bien qu’il n’exprime à aucun moment de regrets pour son acte, il ne peut s’empêcher de rêver d’évasion ou d’être gracié. Il refuse de voir l’aumônier, et va jusqu’à perdre son sang-froid envers l’homme de Dieu qui s’invite dans sa cellule. Celui-ci essaie d’arracher des paroles pieuses au meurtrier, croyant à la rédemption des hommes coupables. Meursault n’envisage pas de voie salutaire en la religion, et la foi aveugle de l’aumônier ne parvient qu’à le faire sortir de ses gonds. C’est ainsi la seule fois que le narrateur réagira à une situation qui le désappointe, restant habituellement de marbre, même quand il entend les sirènes qui indiquent son futur passage à l’échafaud. Se révoltant face à l’absurdité de la sentence, face à l’absurdité de la vie, Meursault se sent innocent et libre, car il est parvenu à faire taire en lui l’espoir, et par là il a atteint un état d’indifférence et une forme d’apaisement : « je m’ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde ».

 

Tout au long du roman le lecteur s’interroge donc sur les motivations du narrateur, qui apparaît marginal de par sa vision du monde. En effet, il vit sans être ancré dans la réalité, ne montre aucun signe d’humanité, ses ressentis physiques primant sur ses émotions. À travers ce personnage Camus interroge le lecteur sur la condition humaine, montrant le quotidien d’un personnage qui assiste au spectacle de sa vie sans en être acteur, jusqu’à sa prise de conscience devant l’absurdité de la vie et la naissance d’un sentiment de révolte.

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