L’Île au trésor

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Robert Louis Stevenson

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres

 

1850 : Robert Lewis Stevenson (il
optera pour l’orthographe Louis à dix-huit ans) naît à Édimbourg en Écosse dans une famille de protestants presbytériens. Son père,
comme son propre père avant lui et deux de ses frères, est un ingénieur spécialisé
dans la construction de phares. Robert est un enfant à la santé fragile, ayant des problèmes respiratoires qui lui laisseront
des stigmates sa vie durant, dont une grande maigreur. Son existence sera
conditionnée par la recherche d’un climat favorable. Si l’enfant apprend
tardivement à lire, vers sept ou huit ans, il invente précocement des histoires
qu’il dicte à sa mère ou à sa gouvernante. Celle-ci lui raconte de nombreuses
légendes écossaises qui l’inspireront. À sept ans, il devient élève à la Mr
Henderson’s School d’Édimbourg, mais sa santé fragile lui fait immédiatement
manquer deux ans d’étude. La famille recourt souvent à des professeurs particuliers et l’enfant profite de son temps libre
pour s’abreuver des récits de Walter
Scott
, d’Alexandre Dumas ou des histoires de pirates du
Captain Charles Johnson. À onze
ans il intègre l’Edinburgh Academy,
où il suit sporadiquement les cours. À quatorze ans, il rejoint l’école privée
Robert Thomson, toujours dans la capitale écossaise. À seize ans, son père paie
pour la publication de son premier ouvrage, The
Pentland Rising: A Page of History, 1666
, sur le soulèvement des covenantaires (qui promouvaient le presbytérianisme
contre l’épiscopalisme), étouffé sur les pentes des Pentland Hills en 1666.

1867 : Prolongeant
une tradition familiale, Robert Stevenson entame un cursus d’ingénieur à l’université
d’Édimbourg
. Il montre peu
d’enthousiasme
pour les cours, se concentre sur un club de débats et ses
amitiés naissantes. L’été, il visite avec son père les phares conçus par sa
famille, montrant plus d’enthousiasme pour les voyages en eux-mêmes, qui
fournissent des matériaux à ses écrits, que pour leur aspect technique. En
1871, le jeune homme annonce à son père qu’il veut devenir homme de lettres. Celui-ci obtient qu’il devienne avocat pour assurer ses arrières. Le
jeune homme adopte un style vestimentaire bohême,
se révolte contre l’austérité et la rigidité du presbytérianisme et se déclare agnostique.

1873 : Il fait
la rencontre de Sidney Colvin, qui devient son conseiller littéraire. Grâce à
lui, il se fait pour la première fois rémunérer pour un texte, l’essai Roads, qui paraît dans The Portfolio. Il fait la connaissance
de plusieurs écrivains et devient une petite figure de la vie littéraire
londonienne. Il commence à faire des séjours
en France
, dans le Sud pour sa santé, mais il s’arrête également à Paris, à
Barbizon, où il fréquente les galeries, les théâtres et les artistes. Il
découvre notamment les œuvres de Montaigne, Balzac, Hugo, et François Villon
qu’il admire. Il devient avocat en 1875, mais si ses études influenceront
ses œuvres, il ne plaidera jamais. Il se consacre à partir de là aux voyages et à la littérature.

1878 :
Stevenson publie Voyage en canoë sur les rivières du Nord (An Inland Voyage), un carnet
de voyage
faisant suite à un périple en canoës à voile que fit Stevenson
avec son ami Walter Simpson entre la Belgique
et la France en 1876, et durant lequel il rencontra pour la première fois, parmi
les peintres de Fontainebleau et de Barbizon, Fanny Osbourne, une Américaine de dix ans son aînée, en butte aux
conventions sociales comme lui, qui avait quitté son mari et émigré en France
avec ses trois enfants. Elle deviendra son amante l’année suivante. Dans son
premier carnet de voyage, Stevenson évoque de façon romantique des paysages
européens tranquilles sur le fond desquels se détachent des figures pittoresques : aubergistes
excentriques, comédiens ambulants, marionnettistes, des vieux n’ayant jamais
quitté leurs villages ou des familles vivant comme des bohémiens sur les berges
des cours d’eau qu’il parcourt. Il publiera ensuite d’autres carnets de voyage,
devenant ainsi un des pionniers de l’« outdoor
literature
 ».

La même année Stevenson
publie dans la revue London des contes qui seront réunis en 1882 dans le recueil Les Nouvelles
mille et une nuits
(New Arabian
Nights
). Contrairement à ce qu’annonce le titre le décor n’en est pas
oriental ; les histoires se passent au XIXe siècle en Europe et
principalement en Angleterre. Il s’agit de petits
récits policiers
où l’auteur s’attache à susciter l’intérêt par l’évocation
d’éléments mystérieux ou extraordinaires. C’est le prince
Florizel de Bohême, un aristocrate philanthrope jouant au limier amateur, qui
est le protagoniste des deux premiers récits, Le Club des suicidés et Le
Diamant du rajah
. Stevenson s’amuse en outre à faire revivre quelques
personnages du passé comme François Villon.

1879 : Voyage
avec un âne dans les Cévennes
(Travels
with a Donkey in the Cévennes
) raconte une longue randonnée de près de deux
cents kilomètres faite en 1878 en compagnie de l’ânesse Modestine. Stevenson
avait conçu cette aventure suite à sa séparation d’avec Fanny Osbourne qui
avait dû rentrer en Californie auprès de son mari. La région avait en outre été
le théâtre de la guerre des Camisards, que Stevenson voyait comme les équivalents
des covenantaires des Highlands. L’engouement pour ce récit fut grand, et le chemin
de randonnée GR 70, qui suit les traces de l’écrivain, porte désormais le
nom de Stevenson. En 1879, contre l’avis de sa famille et de ses amis,
Stevenson part pour San Francisco avec
l’idée d’épouser Fanny Osbourne. Celle-ci doit alors héberger et soigner un
écrivain sans ressources et très éprouvé par son voyage. Elle écrit à la
famille Stevenson et fait céder le père, qui consent à leur mariage et les
assure d’une rente. Ils se marient
en 1880 et décident de partir
s’installer à la montagne pour éviter
à l’écrivain les brouillards de la baie de San Francisco.

1883 :
Stevenson raconte cette « lune de miel » dans Les Squatteurs de Silverado (The Silverado Squatters), ouvrage qui
paraît en 1883. Montant toujours en altitude, après avoir rencontré les
viticulteurs de la vallée de Napa et visité leurs caves ainsi qu’une forêt
pétrifiée, les nouveaux mariés arrivent à Silverado, une concession minière d’argent à
l’abandon
, située sur les flancs du mont
Saint Helena
. Ils y restent deux mois avant de partir pour New York puis Liverpool. Cet épisode inspirera
grandement Stevenson pour l’écriture de L’Île
au trésor
. Fanny séduira la famille de Stevenson par son charme et sa
finesse d’esprit, et parviendra même à aplanir les difficultés entre le père et
son fils.

C’est aussi en 1883 que
paraît l’œuvre la plus connue de Stevenson – Treasure Island en
anglais – dont le succès a fait souvent ranger un peu rapidement Robert Louis
Stevenson parmi les auteurs de littérature enfantine, occultant par là une
grande partie de son œuvre. L’auteur livrait son premier roman et à
trente-et-un ans, toujours dépendant de son père bien que devenu récemment chef
de famille, il allait enfin connaître l’autonomie.
Le récit d’aventures est raconté de façon rétrospective par le narrateur, Jim Hawkins, parti très jeune à la
recherche d’un trésor. Il rapporte dans un style
nerveux
et dépouillé l’émerveillement et la terreur entre lesquels il oscillait.
L’œuvre, à l’intrigue resserrée, d’une grande économie de moyens et faisant
preuve de souplesse vis-à-vis d’actes immoraux, rompait avec les valeurs
et les formes du roman victorien. Elle apparaît pleine
d’ironie et de paradoxes ; c’est par exemple la folie et les écarts de
conduite
de Jim qui assurent la victoire contre les mutins. L’œuvre est en
outre structurée tout du long par la figure
du double
qu’on retrouve dans plusieurs œuvres de l’auteur.

1886 : L’Étrange
Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde
(The Strange Case of Dr. Jekyll and Mister Hyde) raconte
l’enquête que mène un notaire sur un homme à l’apparence étrange,
insaisissable, qui a commis plusieurs méfaits à Londres, peinte avec des
allures de labyrinthe. En réalité le coupable est un de ses proches amis, le
docteur Jekyll, qui se transforme en Hyde par le biais d’une substance
chimique. Sur cette trame Stevenson tisse à la fois une satire sociale et une allégorie
morale
, le dédoublement de Jekyll apparaissant comme un avatar du pacte faustien avec le diable et de
l’éternelle lutte entre bien et mal.
L’œuvre présente des analogies avec le Frankenstein
de Mary Shelley ; l’auteur écossais procède en effet par un emboitements de récits et il est
également question des rapports entre le créateur et sa créature. Stevenson,
questionnant la présence en soi d’une
inquiétante étrangeté
, fait également voisiner son œuvre avec Le Horla de Maupassant, fiction
contemporaine de la sienne. Il est question d’une tension entre l’homme cultivé,
sensible, et la part bestiale en lui, qui le possède, et qui demande à assouvir
des désirs longtemps réprimés. Grâce à cette œuvre, la réputation de Stevenson en tant que grand écrivain s’étend. Elle trouve bien sûr de
nombreux prolongements dans la psychanalyse.

La même année paraît Enlevé ! ou Les Aventures de David Balfour, un
roman d’aventures mettant en scène un jeune homme dont le père vient de mourir.
Victime d’une tentative de spoliation de son héritage par son oncle, il se
retrouve embraqué contre son gré sur un brick en partance pour les Carolines,
où il est voué à travailler comme esclave. Il devra affronter des pirates puis traverser les Highlands et éviter bien des écueils
avant de retourner enfin chez lui et de pouvoir rentrer dans ses droits
d’héritier. Après la mort du père de Stevenson en 1887, la famille part pour les États-Unis,
comptant s’installer dans le Colorado, mais elle passe finalement l’hiver dans
les monts Adirondacks (État de New York). L’écrivain prévoit alors de voyager
dans le Pacifique Sud, ce qu’il fera
à partir de l’été suivant pendant plusieurs
années
.

1888 : Dans le
roman Un mort encombrant (The
Wrong Box
), Stevenson fait œuvre d’auteur comique. La trame autour de laquelle s’enchaînent gags et quiproquos est en effet loufoque : Maurice, par intérêt pour
une rente viagère, veille d’un peu trop près à la santé de son oncle, qui finit
par simuler sa mort pour se libérer de cette surveillance. Le neveu, qui
récupère ce qu’il pense être les restes du cadavre de son parent, qu’il compte
dissimuler, attendra ensuite en vain le colis perdu par la poste, lequel voyage
d’un mauvais destinataire à l’autre tandis que Maurice fait tout pour le
retrouver.

1889 : Le
Maître de Ballantrae
(The Master
of Ballantrae
) est une œuvre sombre,
d’un macabre gothique, reposant sur
la rivalité entre deux frères d’une famille de petits
seigneurs écossais. Le « maître de Ballantrae », Jacques, un
séducteur impérieux, est opposé en tout à son frère Henry, sans charme,
prématurément vieilli. Ils se voient séparés à l’occasion du débarquement du
prince Charles-Édouard, prétendant au trône occupé par George II. En effet, la
famille décide de se scinder pour que toute issue du conflit lui soit
favorable, et Jacques doit partir combattre, suite à quoi on le croira mort. Il
mourra encore deux fois, puis une quatrième, pour de bon, en même temps que son
frère. Le récit balade le lecteur de l’Écosse
aux Indes en passant par le Canada, et l’accumulation des invraisemblances aura raison de la
critique anglaise qui goûtera peu le roman, même si des passages se révèlent
d’une grande et noire puissance, tandis que le personnage éponyme revêt des
dimensions grandioses, proprement diaboliques.

1890 : Dans
les mers du Sud
(In the South
Seas
), récit de voyage imprimé en 1890 mais qui ne connaîtra une
publication commerciale qu’en 1896, relate le voyage effectué par l’écrivain,
alors malade, dans les mers du Sud où il comptait s’établir et où il mourra. Il
évoque ainsi les paysages et les mœurs des populations des régions traversées : archipels des Marquises,
des Tuamotu et les îles Gilbert. Il parle de ses rapports avec les indigènes et des
raisons du déclin des populations autochtones.

1893 : Le
recueil Veillées d’Océanie (Island
Nights’ Entertainments
) réunit trois
nouvelles : La Côte à Falésà, La Bouteille diabolique et L’Île
aux voix
, également inspirées à l’auteur par son séjour dans les îles du
Pacifique ; y apparaissent notamment plusieurs Hawaïens en raison des
liens particuliers qu’avaient tissés l’écrivain avec cette population. Les
intrigues reposent sur des superstitions,
des éléments mystérieux et magiques propres à ces régions. On a pu
parler de « réalisme
fantastique 
» pour qualifier le registre de ces histoires.

1894 : Robert
Louis Stevenson meurt à
quarante-quatre ans d’une congestion cérébrale à Vailima, près d’Apia, la
capitale de Samoa. Il s’y était établi en 1890 et avait noué de forts liens avec les indigènes, s’impliquant
dans la vie politique locale. En 1895, paraîtra The Amateur Emigrant,
récit du voyage qu’il avait entrepris d’Écosse pour la Californie afin de rejoindre
Fanny. Stevenson a également publié de la poésie
(Jardin de poèmes pour enfants (A Child’s Garden of Verses), 1885 ;
Underwoods, 1887 ; Songs of Travel and Other Verses,
1896) ; ainsi que des essais de critique littéraire (Virginibus Puerisque, 1881). L’importance
de son œuvre
a longtemps été sous-estimée, Stevenson a même été
exclu d’ouvrages de littérature anglaise de premier plan, avant de connaître un
retour en grâce à la fin du XXe siècle. On le rapproche aujourd’hui d’écrivains
comme Joseph Conrad, qu’il a
influencé par ses récits maritimes, ou Henry
James
.

 

 

« Je voyage non pour
aller quelque part, mais pour marcher. Je voyage pour le plaisir de voyager.
L’important est de bouger, d’éprouver de plus près les nécessités et les
embarras de la vie, de quitter le lit douillet de la civilisation, de sentir
sous mes pieds le granit terrestre et les silex épars avec leurs
coupants. »

 

« Le commerçant
s’intéressa beaucoup à mon voyage. Il pensait dangereux de dormir en rase
campagne.

— Il y a des loups,
dit-il. Et puis, on sait que vous êtes anglais. Les Anglais ont toujours bourse
bien garnie. Il pourrait fort bien venir à l’idée de quelqu’un de vous faire un
mauvais parti pendant la nuit.

Je lui répondis que je
n’avais point peur de tels accidents et que, en tout cas, j’estimais peu sage
de s’attarder à ces craintes et d’attacher de l’importance à de menus risques
dans l’organisation de la vie. La vie en soi était au moins aussi dangereuse
qu’un loup et qu’il n’y avait pas lieu de prêter attention à chaque
circonstance additionnelle de l’existence. Il pourrait se produire, dis-je, une
rupture dans votre organisme tous les jours de la semaine. Et c’en serait fini
de vous, même si vous étiez enfermé dans votre chambre à triple tour de
clef. »

 

Robert Louis Stevenson, Voyage
avec un âne dans les Cévennes
, 1879

 

« L’homme est toujours
double. Aujourd’hui encore, c’est tout ce que je peux dire sur ce sujet.
D’autres me relaieront, me dépasseront dans l’exploration de ce domaine. Et
j’ose presque affirmer que, plus tard, on ira plus loin. On démontrera que
l’homme est finalement une synthèse de nombreux individus, tous différents et
indépendants les uns des autres. »

 

Robert Louis Stevenson,
L’Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde
, 1886

 

« Où sommes-nous ? demandai-je.

– À Bristol, dit Tom. Descendez.

M. Trelawney s’était installé dans une auberge, assez
loin de là, du côté des docks, pour surveiller les travaux sur la goélette.
Nous eûmes donc à marcher, à mon grand plaisir, le long des quais où étaient
amarrés une multitude de bateaux de toutes tailles, formes et nationalités.
Ici, les marins chantaient en travaillant, là, il y avait des hommes au-dessus
de ma tête, suspendus à des cordages qui ne semblaient pas plus gros que des
fils de toile d’araignée. Bien que j’eusse passé toute ma vie sur la côte,
j’avais l’impression de découvrir la mer. L’odeur du goudron et du sel était
nouvelle pour moi. Je vis de merveilleuses figures de proue qui avaient
parcouru les océans lointains. Je vis aussi nombre de vieux marins avec des
anneaux aux oreilles, des favoris bouclés, des catogans poisseux, et leur
démarche balancée. Si j’avais vu autant de rois et d’archevêques, je n’aurais
pas été plus enchanté. »

 

Robert Louis Stevenson, L’Île au
trésor
, 1883

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