L'immoraliste

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Deuxième partie

Ils s’installent donc à la propriété de la Morinière, en Normandie. Michel y retrouve ses souvenirs d’enfance et un vieux garde, Bocage, qui aménage petite à petit la maison pour la rendre confortable. Marceline annonce qu’elle est enceinte. Michel passe des jours tranquilles, s’occupant de Marceline et reprenant doucement son travail. Il se calme au contact de la terre et des récoltes, qui pour lui ont symboliquement dompté la force sauvage de la nature. Ce calme le fait se leurrer sur sa vraie nature et ses vrais désirs. Il passe beaucoup de temps avec Bocage, l’écoutant parler des comptes et des aménagements ; sa façon de lui parler l’irrite beaucoup.

Peu de temps après il apprend que le fils de Charles, qui a dix-sept ans, va revenir au domaine après avoir travaillé dans une ferme modèle. Ils font connaissance : c’est un jeune homme frais, sain et spontané qui lui plaît immédiatement. Il vient le voir de lui-même pour vérifier les travaux faits sur la mare qui fuit : ils deviennent camarades après avoir pêché pieds nus dans la vase les derniers poissons du fond de la mare. Le lendemain ils se revoient, et Michel parcourt ses terres avec lui. Il découvre de nombreuses choses qu’il ignorait, notamment que beaucoup d’argent part en réparations, que les cultures sont mal faites et que de nombreuses terres sont en jachère. En somme, ses terres mal cultivées perdent lentement de leur valeur. Charles lui livre d’autres détails techniques sur la mauvaise exploitation de ses terres qui le font réfléchir à la façon de les gérer. Il élaborent ensemble une stratégie pour forcer les fermiers soit à payer le fermage plus cher, soit à rendre leurs terres laissées en jachère.

Michel visite ses six fermes, dont la Valterie. Il commence à découvrir qu’on le dupe de plusieurs façons, notamment en lui réservant une étable factice ou en lui prenant les meilleures bêtes. On essaye même de lui enlever un beau cheval qu’on dresse de façon à le rendre violent. Mais Charles découvre l’imposture et se charge de le dresser. Michel adopte ce cheval et passe des matinées entières à le monter avec Charles, tout en s’occupant de la préparation de ses cours pour le Collège de France l’après-midi.

Un jour deux fermiers viennent renouveler leur bail et demander une diminution du loyer. Michel leur demande soit de céder leurs terres en jachère, soit de payer plus. La négociation se finit par une menace mise à exécution : leur départ. Michel se retrouve donc, seulement aidé de Bocage et de Charles, avec plus de cent hectares à gérer. Pendant quelque temps il passe son temps à parcourir ses terres et à préparer leur exploitation, en même temps qu’il passe du temps avec Marceline. Puis vient octobre et Bocace engage deux fermiers. Charles, au grand regret de Michel, repart dans la ferme modèle. Michel part à Paris avec Marceline.

Ils louent un appartement assez cher, ce qui inquiète Marceline, mais Michel la rassure en disant qu’ils auront plus de revenus avec les nouvelles terres. Ils ont beaucoup de visites, ce qui épuise Marceline et met Michel dans la peau d’un personnage qu’il n’est plus, l’archéologue et l’érudit. Il se sent mal à l’aise et sent l’impossibilité de communiquer ce qu’il est devenu. Il sent que ses cours sont incompris. C’est alors qu’il va se rapprocher de Ménalque (personnage aussi présent dans un autre roman de Gide), une personne libre, sans attaches aucune, modèle de la vie libre et sans contrainte. Il le connaissait déjà avant, mais ce n’est que maintenant qu’il fait vraiment connaissance avec lui.

Il va le rencontrer à la sortie d’un de ses cours : Ménalque est alors dans une position difficile, visé par un procès à scandale, mais ne semble pas s’en préoccuper. Ils lient connaissance, deviennent amis. Ménalque lui rappelle l’incident du ciseau, et le fait réfléchir sur la notion de « propriétaire ». Ménalque devient une sorte de figure de la liberté et de la non-possessivité pour lui, un modèle inatteignable. Il compare son travail de recherche (impliquant des documents nouveaux trouvés en Italie) à la vie de Ménalque et se trouve largement inférieur à lui en termes de capacité à vivre véritablement.

Un jeudi, le jour des visites chez Michel et Marceline, Ménalque va leur rendre visite. Il est alors revenu en grâce auprès du public. Michel et lui se rendent compte à quel point ils tiennent l’un à l’autre. Ménalque doit partir pour un long voyage et lui demande de venir passer la nuit avant son départ avec lui, ce que Michel accepte avec joie. Cependant, Marceline commence à aller moins bien. Un certain Docteur Tr. s’alarme de son état et lui prescrit un nouveau régime alimentaire. Michel soigne alors sa femme de la même façon qu’elle l’a soigné, tentant aussi de la rassurer. Le soir de la promesse de tenir compagnie à Ménalque vient, et Michel part, laissant sa femme à une garde-malade. La soirée se passe tristement : ils boivent, et Michel envie la vie de Ménalque, qui ne possède rien et ne fait confiance qu’au présent. Ménalque aurait voulu l’amener avec lui en voyage, mais il voit que Michel s’est installé dans sa vie. L’enfant est en effet à venir dans deux mois. C’est la venue de cet enfant, et seulement cela, qui réconforte Michel relativement à l’importance et à la valeur de sa propre vie.

Hélas, il découvre en rentrant chez lui au matin que l’état de Marceline s’est aggravé et qu’elle a fait une fausse couche. Cette nouvelle le fait se sentir triste, vide, et le lance dans une quête de lui-même bien plus forte encore qu’auparavant : qu’a-t-il toujours voulu être ? Qu’est-ce qui le retient encore à sa vie actuelle ?

Peu de temps après, la phlébite de Marceline s’aggrave en embolie. Il a réellement peur pour sa vie pendant toute une nuit. Peu de temps après cette nuit, elle réclame son chapelet. La même scène de conflit se reproduit que quand il était malade et qu’elle voulait prier pour lui. Il quitte la pièce en colère.

Marceline insiste pour revenir en été en Normandie à la propriété de la Morinière. Là il retrouve ses terres avec bonheur ; des amis venant pour rester avec Marceline, il a tout le loisir de les parcourir. L’exploitation des nouvelles terres avance bien. Il va surtout rencontrer les paysans, qui le fascinent par leurs gestes et leurs émotions. Il s’attache aux gens imprévisibles et instinctifs, comme Pierre l’alcoolique. Il se fâche avec Bocace quand celui-ci renvoie Pierre. Charles revient, plus empesé et maladroit que l’été dernier. Michel n’a plus une aussi bonne relation avec lui et regrette de se souvenir de lui tel qu’il était autrefois. Il doit cependant le revoir pour s’occuper de la coupe et de la vente des bois sur ses terres. Il se plaît à voir la duperie qu’on lui fait de retarder la coupe, de laisser les bourgeons pousser et de faire baisser les prix. Il vient pour surveiller le travail, mais observe surtout de près les travailleurs.

Il s’intéresse en particulier à la famille Heurtevent, une famille bien particulière. Il se fait tout raconter par Bute, un des jeunes fils de la maison : le père couche avec la fille, et il battait la mère, qui en est morte ; il aidait aussi ses fils à violer les servantes et une des filles peut coucher avec n’importe qui pour peu qu’elle ne le fasse pas chez elle. Il apprend aussi de Bute qu’on le braconne : il est amusé et surprend Alcide, le jeune garçon dénoncé par Bute, en plein braconnage. Au lieu de le dénoncer, il lui demande de lui apprendre le braconnage et pratique ainsi pendant un certain temps le braconnage sur ses propres terres. Il se désintéresse peu à peu de ses cours à préparer – il a d’ailleurs refusé de renouveler son poste.

Dix des collets qu’il a posés sont retrouvés et raflés. Comme récompense, il donne dix sous par collet saisi, tandis que de l’autre main il donne cent sous à Bute pour refaire des pièges. Cela dure un certain temps. Bocace ne veut pas croire Bute qui lui raconte tout, mais Charles s’énerve et menace de donner sa démission. Michel lui demande de vendre le domaine.

Cependant Marceline rechute. Elle se doute qu’il ne l’aime plus comme avant, et il veut la rassurer en partant avec elle en vacances, se disant qu’ailleurs, les choses iront mieux.

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