L'immoraliste

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La première partie

Michel dit avoir eu besoin de parler, etremercie ses amis d’être venus. Il y a trois ans, il s’est marié à l’égliseavec une femme qu’il n’aimait pas d’amour, ce pour rassurer son père mourant.Elle est catholique et lui était protestant, mais peu croyant. En effet, sonpère était athée, et sa mère puritaine était morte trop tôt. Michel a cependantété éduqué suivant des principes puritains, de manière austère. Il étudiaitbeaucoup, a appris des langues anciennes, a participé aux travauxarchéologiques de son père. Il est devenu un historien reconnu spécialisé dansl’époque antique. Son père et lui dépensent très peu, donc à vingt-cinq ansquand son père meurt il se découvre riche. Il ne sait pas encore qu’il a unesanté fragile, car sa vie était trop calme.

Sur le bateau duvoyage de noces pour Tunis, il se rend brusquement compte de sa fatigue et deson envie de vacances, vacances qu’il n’a pas eues depuis très longtemps.Arrivé en Tunisie il découvre des jouissances nouvelles pour lui : l’air,le soleil, la terre lui font du bien. Mais dans la diligence de nuit d’El Djem,il se rend compte qu’il tousse, et il tousse presque avec plaisir. Le matin, ilse rend compte qu’il a craché du sang. On lui diagnostique une forte fièvre ;sa maladie semble grave. Il tient à peine debout quand il arrive à Bisko.

À Bisko, il finitpar sortir d’une bataille entre la vie et la mort. Marceline l’a soigné pendanttout ce temps. Alors qu’il s’était auparavant résigné à mourir, il découvre sonenvie de vivre. Il passe ses journées allongé, avec Marceline à ses côtés. Unjour elle lui amène un enfant, Bachir. Celui-ci le fait un jour jouer auxbilles. Il se fatigue et crache du sang à nouveau. Il découvre que le sang estplus épais et plus noir, il est horrifié. Il se rend compte qu’il ne suffit pasd’attendre la guérison et qu’il veut vivre maintenant de toutes ses forces. Ilrelit des brochures et des livres qui lui ont été envoyés sur la tuberculose,et découvre qu’il ne guérira pas s’il continue à vivre comme il le fait. Aurepas il s’énerve contre Marceline car la nourriture est médiocre et insuffisante.Elle part lui acheter à manger et ils décident ensuite de faire des repastoutes les trois heures à partir de 6 h 30 du matin, avec des conservesachetées en ville. Il met toutes ses forces dans sa guérison. Un dimanche, Marcelinerevient de l’église en disant qu’elle a prié pour lui. Il lui dit de ne pasprier. C’est leur premier conflit religieux. Il dit qu’il s’en sortira seulsans Dieu.

Il décide des’occuper de son corps et de négliger l’esprit. Il est très faible, il a de lafièvre, il a chaud ou froid pour un oui ou pour un non. Il est souvent trèsfatigué et reste assis à respirer. Il a une très forte sensibilité qui, malade,le gêne, mais sain, le réjouira.

Il va mieux. Ildort les fenêtres ouvertes. Un jour il décide de sortir au jardin, qu’il trouvetrès beau. Il rencontre aussi des enfants arabes. Sa femme le suit partout etcela le gêne. Le lendemain il redescend seul au jardin où il rencontre Bachir,puis sa sœur et sa mère. Peu de temps après, il rencontre aussi Ashour, unenfant soudanais borgne, qui lui parle de la rivière qui traverse les oasis.

Il dort bien, pourune fois. Il veut rencontrer quelqu’un à nouveau, donc il sort seul dans lejardin. Il y découvre mille sensations, dont le toucher d’une écorce. Il penserenaître, et que ses sensations sont aussi fortes que des pensées. Il nerencontre personne, lit, est simplement heureux. Marceline voit qu’il va mieux,et lui propose de se balader dans les oasis. Ils partent donc, quand ilsentendent un joueur de flûte. Michel va rencontrer seul le petit joueur deflûte, qui s’appelle Lossif, et qui lui explique le système d’irrigation del’oasis, ainsi que son frère Lachmi, qui lui sert du vin de palme. Michel vaexplorer les autres jardins de l’oasis, alors qu’il ne s’était cantonné qu’à unseul, et constate qu’ils se ressemblent tous.

Il part souventavec Marceline, qu’il laisse ensuite partir seule alors qu’il reste dans lepremier jardin, où il fait connaissance avec les enfants, joue avec eux, rentreavec eux, leur donne de l’argent. Il invite des enfants chez lui, et Marcelineaussi, mais les enfants qu’ils amènent sont différents : ceux de Marcelinesont sages et doux, les siens plus agités.

En janvier letemps se gâte et il doit rester dans sa chambre. Il va à nouveau mal et saseule distraction sont les enfants. Il se guérit grâce à leur santé. Ils’énerve de voir ceux que Marceline aime si sages et si chétifs. Un jourMoktir, un des préférés de Marceline, vole son ciseau de couture. Il fait semblantde ne pas s’en apercevoir, ressent de la joie qu’il l’ait volé, et en fait sonfavori.

Un matin lachaleur revient, très forte. Le couple va se promener dans les oasis. Michel selasse des enfants, et en parlant à Marceline il se rend compte qu’elle étaittriste qu’il l’ait délaissée. Ils repartent bientôt en train. La nuit, dans cetrain, il se rend compte avec une grande violence du tragique et de lafragilité de son existence. Il lit alors une phrase du Christ, qui va le marquerpour toujours : « Maintenant tu te ceins toi-même et tu vas où tuveux aller ; mais quand tu seras vieux tu étendras les mains… »

Durant le voyage, sasanté connaît des variations. Ils finissent par arriver à Syracuse, où il veutreprendre ses études et ses recherches. Mais il n’y arrive plus commeavant : pour lui le passé prend désormais la valeur des choses mortes. Ilveut se concentrer sur le présent. Son érudition l’encombre : il veut deschoses vivantes, et tente sans cesse malgré lui de visualiser le passé desmonuments qu’il voit. Il se promène donc plutôt dans les vergers. Il se trouvestupide car trop intelligent, et car la mort a révélé un autre homme en lui.

Il va donc s’attelerà son changement moral et physique, en essayant de le cacher pour ne pas leralentir. Il refuse de voir les villes trop chargées d’histoire, commeAgrigente. Il fortifie son corps, fait de la marche, bronze nu, se baigne enpleine nature. Il commence à se trouver beau. Il fait de plus en plusd’exercice physique, se fait raser la barbe et se laisse pousser les cheveux.Il sent qu’il est en train de changer et de se renouveler, mais pour ne paschoquer Marceline qui est amoureuse de son ancienne personnalité, il lui ment.Ce mensonge devient une habitude presque agréable.

Il part seul surla route de Ravello à Sorrente, Marceline devant le rejoindre plus tard àPositano en voiture. Mais sur la route il aperçoit la voiture de Marceline, et remarquele cocher ivre et brutal. Le cheval s’abat. Il court auprès de Marceline, unedispute éclate entre lui et le cocher, il le tabasse et le ligote dans lavoiture. Marceline et Michel échangent des regards singuliers devant cettesituation étrange : Michel a montré sa force et l’a protégée. Le soirmême, il font l’amour pour la première fois. Le matin, alors qu’il dort, il seremémore cette nuit, dont il se souviendra toute sa vie, car il était vierge.Il observe Marceline, la trouve tour à tour gracieuse, fragile, puis triste. Ilse reproche de l’avoir négligée et pense avec angoisse au moment où il devra,lui aussi, la soigner.

Il passe des joursheureux à Syracuse. Il se rend compte que leur vie errante et désœuvrée ne leurconvient. Il veut reprendre le travail mais ne peut retrouver sa passion pourses anciennes recherches. Il décide de se concentrer sur les dernières annéesde l’empire des Goths, en particulier sur le jeune roi Athalaric, d’éducationlatine, qui mena une vie de débauche chez les Goths avant de mourir à dix-huitans.

Marcelineconsidère que l’élan de Michel vers son côté sauvage est une crise. Ilsvoyagent à Rome, Florence, Paris. À Paris, fatigués des voyages, ils parlent del’avenir. Ils décident de s’installer dans une propriété de Normandie, lapropriété de la mère de Michel. Celui-ci reçoit une lettre du Collège de Francelui proposant un poste de professeur. Ils finissent par partir à Ravenne avantde s’installer pour l’été dans la maison normande.

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