La Mort d’Ivan Ilitch

par

L’expérience de la mort imminente

Un autre thème majeur que Tolstoï touche de près dans cette nouvelle est l’expérience de la mort imminente. L’auteur en parle avec tant de précision et de profondeur qu’on croirait que lui-même a vécu un tel évènement.

À l’approche de sa mort, Ivan semble perdre la raison, mais en réalité il est en contact avec un monde que lui seul peut voir. Il voit et entend des choses inaccessibles aux autres. Par exemple, l’auteur fait mention d’un « trou noir » dans lequel Ivan semble s’enfoncer, et plus il essaie de s’en échapper, plus sa douleur physique s’approfondit. C’est comme si sa résistance à se laisser aller dans l’autre monde était la cause de sa douleur sur terre. Tolstoï le décrit ainsi : « Il sentait que ses souffrances provenaient de ce qu’il s'enfonçait dans ce trou noir et n’y pouvait pénétrer tout entier. »

Mais la raison pour laquelle Ivan refuse d’entrer dans ce trou est qu’il ne pense pas mériter ce qui lui arrive. Pour lui, cette mort n’est pas la sienne, il n’a rien fait de mal dans sa vie pour en finir aussi malheureusement et aussi tôt : « Ce qui l’empêchait d’y entrer, c’est l’idée que sa vie n’avait pas été mauvaise. Cette justification de sa vie le retenait, le tirait en arrière, et le tourmentait le plus. »

Puis, Tolstoï nous reconnecte avec les concepts de la mort que l’on connaît déjà – grâce à la culture populaire – qui sont la perception d’une voix sonore et l’apparition d’une lumière brillante. Ivan expérimente aussi cela, mais il dit que la lumière apparaît au loin comme s’il se trouvait sur un chemin de fer : « Il était précipité dans le trou noir et là, au fond, quelque chose brillait. » Quant à la voix qu’il entend, il s’agit de la voix de la mort, prête à l’accueillir.

Ainsi donc, Ivan semble transiter vers un autre monde que ses proches ne connaissent pas. Pour eux, il s’en va dans la souffrance, mais Ivan lui voit une lueur d’espoir au bout du tunnel, et dès lors il commence à se demander ce que signifie cette resplendissante lumière. Ivan se rend compte qu’il s’agit peut-être d’une lueur d’espoir, et voyant sa fin encore plus proche, il est prêt à dire adieu. Il essaie donc de soulager le cœur de son fils meurtri qui lui tient la main, et celui de sa femme qui, pour quelque raison, se morfond à sa vue. Néanmoins, privé de force physique, il balbutie le mot « passé » au lieu du mot « pardon ». Et c’est alors que son corps lâche et que son esprit s’élève vers ce second monde où il est déjà partiellement entré. Là, il se sent soulagé des souffrances dont il est victime sur terre : « il chercha sa peur accoutumée et ne la trouva pas. "Où est-elle la mort ?" Il n’avait plus peur, car il n’y avait plus de mort. Au lieu de la mort il voyait la lumière. "Ah ! Voilà donc ce que c’est", prononça-t-il à haute voix. "Quelle joie !" ».

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