La Mort d’Ivan Ilitch

par

Une introspection forcée

L’introspection est premièrement observée chez Ivan, bien que brève. Aux portes de la mort, Ivan analyse sa vie, dans l’espoir de comprendre pourquoi son châtiment est aussi cruel : « Peut-être n’ai-je pas vécu comme on doit vivre ? Se demanda-t-il tout à coup. Mais comment cela serait-il possible puisque j’ai toujours fait ce que je croyais être mon devoir ? » Il essaie de retracer son parcours et de voir où il a fait des erreurs, mais rien n’y fait : Ivan était l’homme parfait. Sa seule erreur, sans doute, est d’avoir épousé Prascovie, et de s’être marié trop tôt. Mais plus il effectue un voyage mental dans le passé, plus il se rend compte que peut-être sa vie n’était pas aussi parfaite que cela : « Ivan se rappela ses rares moments de révolte contre ce que la haute société approuvait. » Ceci devrait être considéré comme une faille dans son caractère, mais lorsqu’il y pense, ces moments de révolte sont en réalité les seuls moments de sa vie qu’il pense être bons, « alors que tout le reste était vilenie » : de son mariage et ses désillusions à son abandon occasionnel aux plaisirs mondains. L’opinion publique le considérait comme un agneau sans tache, mais Ivan lui pense maintenant que sa vie a été un abominable déclin.

 

Ensuite, il y a l’introspection qu’opère Piotr malgré lui. Premièrement, Piotr rejoint ses camarades qui considèrent la mort d’Ivan comme un simple passage habituel de la vie. Il manque de tact et de sensibilité à première vue, et comme tout les autres il pense que c’est un fardeau que d’aller payer ses respects à la veuve éplorée : « ils pensaient involontairement qu’ils auraient à s’acquitter d’un ennuyeux devoir de convenance : aller d’abord au service funéraire, ensuite faire une visite de condoléance à la veuve. »

Mais plus tard, alors que Piotr s’entretient – malgré lui – avec Prascovie, sa réaction initiale : « Il est mort, et moi pas ! » (sur un ton joyeux) se mue radicalement en quelque chose de plus touchant, et ceci marque  un moment émouvant de l’histoire. Piotr jette un regard sur sa propre vie, et se rend compte que tout comme son meilleur ami Ivan, il sera appelé à mourir un jour. Pas nécessairement de la même mort mais d’une mort certaine. Et cette pensée de Piotr pousse le lecteur à adopter la même attitude et à se familiariser avec l’idée que tout est éphémère.

Sa honte face à sa réaction initiale et le choc face à la mort de son ami poussent Piotr à adopter une attitude de soumission : « Piotr Ivanovitch se tenait debout […] regardant ses pieds. Il ne jeta pas un seul coup d’œil sur le défunt et lutta jusqu'au dernier moment pour ne pas céder à l’impression déprimante. Il sortit l’un des premiers. »

 

 

Pour conclure, La Mort d’Ivan Ilitch est une révélation profonde de Tolstoï au lecteur. Bien que l’écrivain russe utilise aussi cette œuvre pour nous montrer combien peuvent différer les réactions face à la mort – parfois selon la condition sociale –, l’idée générale de Tolstoï est non pas de nous effrayer au moyen du récit des atrocités qui peuvent accompagner la fin de la vie, mais plutôt de nous ouvrir les yeux sur la pensée que tout est éphémère, et que tôt ou tard, nous retournerons tous à l’état de poussière, quels que soient les trajets et les douleurs.  

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