La mort n'est pas une fin

par

Le genre romanesque policier

Dans La Lort n’est pas une fin, se trouvent réunistous les éléments qui composent habituellement le roman policier, quand bien même le cadre historique est relativement atypique pour l’écriture d’un tel type d’œuvre : 2000 ans av. J.-C. dans l’Égypte ancienne.

Tout d’abord, Agatha Christie met en avant le personnage de Nofret, cible idéale qui ne peut que connaître une destinée tragique. En effet, elle condense toutes les caractéristiques d’une cible potentielle : elle apparaît comme étrangère, prenant sans scrupules la place de la véritable mère dans le foyer, alors qu’elle est trop jeune pour prétendre à un tel titre. Elle mène en outre le père par le bout du nez. Le facteur émotionnel intervient donc en premier lieu pour faire de Nofret un motif de concentration de haine et de ressentiment. Mais un deuxième motif vient s’ajouter à cette première vision peu flatteuse qu’ont d’elle les membres de la famille d’Imhotep : le facteur monétaire. En effet, lorsqu’une nouvelle concubine vient s’installer dans une demeure, il est normal pour les membres du foyer de contribuer à l’achat de sa parure, de ses bijoux, etc. Or la passion d’Imhotep pour Nofret est telle que ces sommes deviennent rapidement pharaoniques et les caisses du ménage commencent à se vider tel un tonneau percé. Imhotep pousse même l’imprudence jusqu’à évoquer la possibilité de déshériter sa famille en faveur de Nofret. Toutes les terres que possèdent le prêtre et qui font sa fierté, ainsi que la sécurité de sa famille, partiraient aux mains de cette concubine sans éducation, qui se contenterait d’acheter, sans doute, des ornements supplémentaires. La suite des événements est donc aisément perceptible et le lecteur sait que ce n’est plus qu’une question de temps avant que Nofret ne rencontre son destin.

 De plus, Agatha Christie tire toutes les ficelles qu’offre le genre policier pour éloigner le plus possible le lecteur de la vérité. Elle use de petites scènes parallèles destinées à détourner le lecteur de l’intrigue principale. Ainsi le distrait-elle et maintient-elle le suspens jusqu’au dernier moment. Par exemple, le foisonnement de personnages, la multiplicité des raisons qui poussent chacun à en vouloir à Nofret, des profits personnels envisagés, dissimulent au lecteur la vérité. Le personnage de Henet, par exemple, peut très facilement être incriminé. La servante a été bafouée, traitée avec bien peu de respect durant de nombreuses années, et elle ne supporte pas la présence de Nofret dans la maison. C’est un personnage ambigu et on ne sait jamais réellement comment la considérer, car bien qu’elle ne soit pas foncièrement mauvaise, sa langue bien pendue et son ambition dévorante font tout de même d’elle une coupable idéale. Il en va de même pour Sobek et son caractère bouillant, impétueux, viril : il semblerait qu’un simple coup de tête pourrait le décider à tuer Nofret. Même le personnage d’Imhotep n’est pas au-dessus de tout soupçon ; en effet l’instabilité de son caractère pourrait laisser croire au lecteur qu’il a perdu l’esprit et qu’il fait peser une revanche macabre sur ses proches, ayant perdu sa bien-aimée.

 Ainsi, par un jeu de foisonnement de personnages somme toute assez stéréotypés, de recoupements des intérêts des uns et des autres, d’enjeux secondaires qui pourraient ainsi détourner le lecteur de la vérité, Agatha Christie replace dans un contexte antique tous les éléments qui construisent le roman policier habituel.

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