La Nuit du Renard

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La forme littéraire de La Nuit du Renard

Ce roman est ce que l’on nomme en anglais un pageturner, ouvrage destiné à être lu vite, avec plaisir, avec impatience même.Le lecteur doit absolument avoir envie de tourner la page, afin de connaître lasuite. Mary Higgins Clark est maîtresse en ce domaine.

Tout d’abord, les personnages ont despersonnalités peu fouillées, une psychologie peu approfondie. Ce sont, pour laplupart, des archétypes. Le lecteur s’identifiera facilement à l’un ou l’autre,sauf au méchant, qui n’a rien qui puisse plaire au lecteur. Ensuite, lesdescriptions sont brèves, limitées au minimum, afin que le lecteur sereprésente la scène de l’action, mais sans ajouts ni digressions à butpsychologique. Par exemple, la pièce où sont enfermés Sharon et Neil est ainsidécrite : « Un néon poussiéreux éclairait le plafond et les murslépreux, projetant de grandes ombres obscures dans les coins. La pièce était enforme de L, une pièce en ciment, avec des murs en ciment d’où pendaient deslambeaux écaillés de peinture grise. À gauche de la porte se trouvaient deuxénormes vieux bacs à vaisselle. […] Une porte étroite à l’extrême droite du Létait entrebâillée, révélant des cabinets crasseux. » C’est clair, net, précis,clinique comme une photo de police judiciaire. De même, Grand Central Station,qui est tout de même la plus grande gare ferroviaire des États-Unis et unmonument historique, est décrite avec une relative brièveté, sans entrer danssa symbolique éventuelle. L’objectif de l’auteure n’est pas d’écrire un romansocial ou métaphorique, c’est d’avancer dans l’histoire. Quoique…

C’est ici qu’intervient une techniquelittéraire parfaitement maîtrisée par Mary Higgins Clark. L’histoire comptetrois protagonistes : Sharon, Steve et Renard (auxquels on peutéventuellement ajouter Neil), et une foule de personnages secondaires, qui vonttous avoir un rôle à jouer (le couple Lufts, le couple Perry, Lally, MarianVogler, Hugh Taylor, pour ne citer que les principaux). La technique utiliséepar l’auteure consiste en ceci : elle décrit l’action dans un laps de tempsbien défini, en se focalisant sur un personnage. En tant que narrateuromniscient, elle sait tout de lui et des autres. Il lui est facile, dans lechapitre suivant, de décrire ce qu’a vécu un autre personnage, durant le mêmelaps de temps. Le roman est donc une suite de retours en arrière qui permettentà Mary Higgins Clark de donner l’impression au lecteur qu’il avance dansl’action, alors qu’en fait, s’il est vrai que la connaissance du lecteur aaugmenté, il ne s’est pas rapproché du dénouement, ce qui provoque uneirrésistible envie de connaître la suite, et de tourner la page.

Le style narratif de Mary Higgins Clark estfait de phrases courtes, peu complexes. À la fin du roman, la taille deschapitres s’amenuise, jusqu’à ne compter que quelques paragraphes. Le rythmedevient haletant, le lecteur est amené au point d’orgue de l’action (Sharon etNeil sont sauvés, Renard est tué par sa propre bombe), jusqu’à un bref retourau calme, fin heureuse où le bien l’emporte complètement sur le mal (l’innocentne sera pas exécuté, Lally va recevoir un hommage officiel, Sharon et Stevevont couler des jours heureux en filant le parfait amour, Neil va aimer Sharoncomme sa propre mère, tout cela évoqué en trois paragraphes seulement). La Nuit du renard est un roman qui estcomme un scénario de film déjà écrit, avec ses plans, son déroulement. Tout estprêt pour une adaptation en images (ce qui fut fait en 1982).

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