La Nuit du Renard

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La question de la peine capitale dans La Nuit du Renard

L’originalité du roman est que la question de la peine capitale se trouve au centre de l’action. En effet, un jeune homme, Ronald Thompson, va être exécuté pour le meurtre de Nina Peterson, l’épouse de Steve et mère de Neil. Il a été condamné suite à un procès en bonne et due forme, et bien qu’il ait toujours clamé son innocence, aucun des personnages ne doute de sa culpabilité. Certains se réjouissent de l’exécution prochaine, comme les parents des camarades de classe de Neil : «  Mon père dit […] que le type qui a tué ta mère doit griller » (sous-entendu sur la chaise électrique) ; d’autres, sans remettre en cause ce qui va se passer, estiment sobrement que ce n’est que justice. C’est le cas de Steve et de Hugh Taylor. Pourtant, il est une voix qui s’élève contre cette exécution, celle de Sharon.

Ne nous méprenons pas : Sharon est elle aussi persuadée de la culpabilité de Ronald. Le fond de son combat, et c’est là l’originalité du roman, est qu’elle est une vraie abolitionniste, ce qui n’était pas courant aux États-Unis dans les années 1970, et ne l’est guère plus en ce début de XXIe siècle. Sa position est la suivante : « Je crois la peine de mort dénuée de sens, indigne de l’homme civilisé. […] Je crois que c’est notre respect pour la vie, pour toute vie, qui est la preuve finale que nous agissons en tant qu’individus et en tant que société. »

Qu’un point de vue aussi radicalement opposé au courant de pensée dominant soit exprimé par le personnage principal du roman n’est pas anodin. Non seulement Sharon est une brillante jeune femme, mais en outre elle affiche des convictions progressistes. Cependant, La Nuit du renard n’est pas un brûlot destiné à attaquer la question de la peine de mort. Le point de vue exprimé par Sharon est remis en cause par la nature même de Renard, qui meurt effectivement à la fin. Ce qui sauve Ronald Thompson de la chaise électrique n’est pas la force de conviction de Sharon, c’est que son innocence est reconnue in extremis. Enfin, n’oublions pas que c’est sur un plateau de télévision que Sharon et Steve se sont rencontrés, en débattant de cette question sur laquelle leurs points de vue étaient, à l’époque, diamétralement opposés. Steve va changer d’opinion : « Oui, j’ai changé d’avis. […] J’ai appris qu’aucun homme n’a le droit de déterminer l’heure de la mort de l’un de ses semblables. Je crois que ce pouvoir n’appartient qu’à Dieu seul. » La lecture de ce roman à suspense, page-turner s’il en est, peut donc tout de même amener le lecteur à réfléchir un peu.

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