La Peste

par

Une fiction réaliste aux aspects de documentaire

Les différentes approches du récit – le témoignagedu narrateur, les références aux médias d’Oran et aux dépêches de lapréfecture, le carnet de Tarrou dont l’auteur profite pour faire la caricaturede différents types humains – permettent d’avoir une vision plurielle desévénements relatés dans le roman. La narration est très particulière : dèsle début, le narrateur externe apparemment subjectif annonce qu’on nedécouvrira pas son identité avant la fin de l’œuvre, et qu’il essaiera d’êtreaussi objectif que possible. Il se réfère à lui-même à la troisième personne,ce qui crée une ambiguïté ; il semble qu’il y ait à la fois un narrateurtémoin et inquiet des événements, et un auteur qui a encore plus derecul : « Nos concitoyens […]n’avaient jamais pensé que notre petite ville pût être un lieu particulièrementdésigné pour que les rats y meurent au soleil et que les concierges y périssentde maladies bizarres. »

Grâce à ce recul narratif et aux références àdifférents types de témoignages, l’œuvre de fiction prend une apparence trèsréaliste, amplifiée par les éléments de l’ordre du documentaire telles lesdates précises des événements (dont le narrateur abandonne cependant le compteau fil du récit pour marquer l’installation du chaos et la durée de la peste),les chiffres statistiques et les termes médicaux utilisés tout au long duroman. Le lecteur découvre ainsi comment se propage une épidémie et quellesmesures sont prises contre ce type de catastrophe. On ne parle pas seulementdes émotions et des inquiétudes des personnages, mais aussi des délibérationsdes autorités, des problèmes qui surviennent dans l’organisation de laquarantaine, etc.

Ce type de récit, hésitant entre le réalisme et lafiction, permet d’intensifier l’horreur suscitée par le registre pathético-fantastiquequi se mêle au champ sémantique médical : « Verdâtre, les lèvres cireuses, les paupières plombées, lesouffle saccadé et court, écartelé par les ganglions, tassé au fond de sacouchette comme s’il eût voulu la refermer sur lui ou comme si quelque chose,venu du fond de la terre, l’appelait sans répit, le concierge étouffait sousune pesée invisible. » Cette description à la fois réaliste eteffrayante traduit exactement la terreur des personnages qui sont confrontés àune maladie réelle qui a toute l’apparence d’un fléau apocalyptique. 

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