La prisonnière

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Résumé

Dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs, le second tome d’À la recherche du temps perdu, le narrateur-personnage, qui s’exprime à la première personne, rencontre une jeune femme appelée Albertine, et en tombe peu à peu amoureux. Dans Sodome et Gomorrhe, le quatrième tome, le narrateur découvre que beaucoup de gens autour de lui sont homosexuels et se rend compte qu’Albertine pourrait bien être, elle aussi, lesbienne. Il essaie de l’éloigner de ces tendances en se mettant en ménage avec elle. La Prisonnière, cinquième tome de la série, s’inscrit dans la continuité directe de Sodome et Gomorrhe (si bien que Proust l’avait à un moment titré Sodome et Gomorrhe III) et nous raconte les affres du ménage entre le narrateur et Albertine. Le titre La Prisonnière nous indique que, même si tout nous est raconté du point de vue d’un je, l’auteur sait prendre de la distance par rapport à son sujet : il sous-entend que le narrateur-personnage est un bourreau.

 

            Après avoir évoqué et décrit les bruits de rue, le narrateur décrit longuement la vie commune avec Albertine, son amie. Il a emménagé avec elle à Paris, et cette décision lui apporte pour le moment un profond apaisement, alors même que sa mère, d’autant plus frustrée par la situation qu’elle doit rester loin de là à Combray, la condamne et, pour tout dire, la juge immorale. Le narrateur détaille le planning qu’on lui a dicté pour gérer son sommeil. Albertine est chargée de le surveiller par Françoise, leur servante, maladivement attachée aux traditions. Le narrateur décrit ensuite l’évolution récente d’Albertine et note que son intellect s’est développé et que son corps, dans le même temps, a changé.

Le narrateur déconseille à Albertine de se promener aux Buttes-Chaumont avec Andrée, une jeune fille de Balbec, le village balnéaire où le narrateur a rencontré Albertine dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs. Le narrateur explique à cette occasion qu’il a une confiance absolue dans Andrée, et qu’il aurait pu tomber amoureux d’elle à la place d’Albertine. Il confie justement ensuite que ses sentiments pour Albertine sont moribonds : s’il ressent encore vis-à-vis d’elle de la jalousie, il ne ressent plus du tout d’amour. Il souffre également de ne pas réussir à la détourner de ses penchants lesbiens. Le narrateur savoure cependant la solitude que lui procure la vie parisienne, en se délectant de l’odeur du feu qui le ramène en enfance. Il a envie de mettre fin à la relation qui le lie à Albertine et, ce faisant, de se libérer des accès de jalousie qu’elle suscite.

            Le narrateur rend régulièrement visite, le soir, à la duchesse de Guermantes, à laquelle le lie une fascination de longue date qui a d’abord eu trait à sa famille noble. Discutant avec elle avec un plaisir non dissimulé, le narrateur lui demande des conseils vestimentaires pour Albertine. Il tâche de tenir ce sujet bien que la duchesse s’égare régulièrement dans des digressions parfois mondaines, parfois politiques.

            Le baron de Charlus, homosexuel notoire avec lequel le narrateur entretient quelques liens d’amitié, et Morel, jeune violoniste, fils du servant d’un oncle du narrateur, traînent quotidiennement chez le giletier nommé Jupien. Ces trois hommes figurent parmi les nombreux personnages homosexuels de La Recherche. Un jour, Charlus et Morel se disputent car Charlus trouve la fiancée de Morel mal élevée. Le duo finit par se réconcilier gentiment. Morel exprime ses intentions de mariage, ce qui enchante Charlus. Le narrateur décrit enfin l’inconstance de Morel, et son anxiété indépassable.

            Le narrateur dissimule le fait qu’Albertine vit avec lui à ses amis. La jalousie du narrateur se fait de plus en plus violente, et influe sur les comportements d’Albertine. Même si Andrée, dont il condamne l’amertume systématique, lui fait des rapports réguliers sur les allées et venues d’Albertine, la jalousie du narrateur persiste. Bientôt Andrée doit repartir. Albertine se rapproche doucement du narrateur, et celui-ci semble retrouver un peu d’affection pour elle : il apprécie sa sophistication, il aime la regarder dormir, et se masturbe parfois en l’observant. Il aime aussi ses baisers apaisants. L’existence, avec elle, est douce, mais minée sans cesse par la jalousie.

            Le narrateur est plus que jamais suspicieux. Il analyse chacun des faits et gestes d’Albertine. Il soupçonne d’abord une liaison avec Esther, cousine de Bloch, l’un de ses plus vieux amis, puis s’inquiète des visites que fait Albertine à Mme Verdurin. Il souffre de ne rien trouver de rassurant dans les mots, les gestes et les expressions faciales d’Albertine. Françoise manifeste son antipathie à l’égard d’Albertine en expliquant que les choses vont mal tourner. Dans l’espoir de se rassurer, le narrateur appelle Andrée, et lui demande de convaincre Albertine de ne pas rendre visite à Mme Verdurin – mais à ce moment, il doute de la fiabilité d’Andrée. Il s’impose donc, et décide d’accompagner Albertine, contre son gré.

            Le lendemain, la sérénité est de retour. Albertine, sur les conseils du narrateur, décide de sortir au Trocadéro. Les angoisses du narrateur reviennent rapidement quand il apprend que Léa, une actrice de ses connaissances, y donne une représentation. Il craint que les deux femmes ne s’y trouvent, et réfléchit à un moyen de conjurer la rencontre. Il envoie finalement Françoise pour lui dire de rentrer, ce qu’elle fait. En attendant le retour d’Albertine, le narrateur s’apaise avec de la musique. Il disserte un peu sur les arts. Au retour d’Albertine, ils vont tous les deux se promener, et l’atmosphère est sereine. Malheureusement, le malaise finit une nouvelle fois par ressurgir et, le fait est bien établi à ce stade, leur relation n’est qu’une alternance très vive de doux instants sincères, et de moments haineux pleins de mensonges. Le narrateur apprend la mort de son camarade Bergotte, et admire, en même temps qu’il hait, l’aptitude au mensonge qu’a développée Albertine.

En visite secrète chez les Verdurin, le narrateur se résout à mettre fin à sa relation avec Albertine. Ce second tiers de La prisonnière s’attache à décrire du début à la fin cette soirée chez les Verdurin. On suit donc successivement la réunion des invités, l’entrée dans le foyer Verdurin, les musiques et discussions au plus fort de la fête, la fin de la soirée quand les invités les moins proches s’éclipsent… L’évènement le plus significatif de la soirée est le développement d’une profonde inimitié entre les Verdurin et Charlus.

            Le narrateur rentre chez lui. Albertine est furieuse qu’il soit allé seul et secrètement chez les Verdurin. Une dispute éclate. Tandis qu’Albertine dévoile quelques-uns de ses mensonges, le narrateur propose, sans réellement le vouloir, la rupture. Après une phase d’inertie durant laquelle Albertine plonge à corps perdu dans le saphisme, et le narrateur dans une délicieuse tristesse, ce dernier rompt la rupture, et relance doucement la relation. Les lettres de la mère du narrateur sont inquiètes, et le narrateur tâche comme il peut de la rassurer. Bercé par la musique que lui joue Albertine, il disserte sur l’art et la littérature. L’affection est momentanément de retour entre eux.

            Les beaux jours reviennent et le narrateur enivré fait des grands et vains projets de changement de vie. Mais sa jalousie, et les mensonges d’Albertine, viennent à nouveau tout ruiner. Au sortir d’une énième dispute, le couple sait qu’il est fini. Alors qu’ils se promènent, le narrateur se sent encombré la présence d’Albertine. Plus tard, le narrateur décrit les effets doucereux qu’a sur lui le printemps. À nouveau, il se résout à rompre. Il rentre chez lui et apprend, par l’intermédiaire de Françoise, qu’Albertine est définitivement partie.

 

            Évidemment, pour une découverte en profondeur de l’univers proustien, la lecture d’un résumé est loin d’être suffisante. En effet, tout l’intérêt de l’œuvre de Marcel Proust se situe au-dessus ou à côté du récit, que ce soit dans ses digressions philosophiques et artistiques, ou dans son style inimitable, tout en longues phrases amples et élégantes jusque dans les plus sinistres et pragmatiques descriptions. 

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