La prisonnière

par

L’amour du narrateur pour Albertine

Le début du roman met le lecteur en contact avec un couple qui semble « normal », équilibré, le narrateur héberge son amante chez lui car ils sont de retour à Paris, alors que ses parents ne sont pas là pendant plusieurs mois. Ils vivent ainsi avec la bonne, Françoise. Cependant la présence d’Albertine dans cet appartement n’est pas connue par grand monde, car il cherche à la cacher de ceux qu’il appelle des « Gomorrhéennes », c’est à dire des femmes homosexuelles, ou des hommes, dont il sait que la rivalité accroit encore le désir de la femme aimée : « Souvent les femmes ne nous plaisent qu’à cause du contrepoids d’hommes à qui nous avons à les disputer. ».

Cela crée une relation originale entre eux, ils passent des soirées à deux, en tête à tête, de plus en plus improbables dans leurs propos, presque fantasmatique, où le narrateur cherche à lui exprimer son amour absolu, comme pour prouver que rien ne serait mieux autrement. Il est manipulateur, ce qui se ressent de plus en plus au cours du roman et ce qui gâte l’amour que le narrateur porte sincèrement à Albertine mais qu’il lui exprime maladroitement. Ils se disputent très souvent, et les scènes sont parfois violentes et Albertine se retrouve agacée de plus en plus, de ses mensonges, de ses manigances, ce qui fait parfois pleurer Albertine, ce que le narrateur vit mal : « On ne supporte pas toujours bien les larmes qu’on fait verser. »

Le narrateur est toujours soucieux, qu’Albertine puisse un jour l’abandonner, le quitter. Ses nombreuses réflexions sur l’amour restent d’une justesse exceptionnelle, comme intemporelles, lorsqu’il expose sa vision des liens entre le désir, la possession, l’assouvissement de toutes nos volontés et le rapport de l’homme avec ce qu’il aime, « On n’aime que ce qu’on ne possède pas tout entier », symbole du désir qui ne meurt qu’une fois que quelque chose, quelqu’un est acquis, faisant un écho certain à une autre citation, de l’auteur, comme une réflexion sur le désir, de quoi que ce soit, « On dédaigne volontiers un but qu’on n’a pas réussi à atteindre, ou qu’on a atteint définitivement ». Ceci montre la relation de l’homme au désir, et de la volonté de toujours posséder plus, les choses, les personnes, les sentiments. On retrouve donc la nécessité de toujours privilégier le chemin, plutôt que le but, que l’on dédaignera une fois atteint. Ces thèmes de l’amour, du désir, de l’oubli, restent des thèmes récurrents dans les œuvres de Proust, qui y accordait un grand intérêt, une grande part dans sa réflexion. Le désir, et les manières de l’assouvir restait un thème important au début du XXème siècle, avec une relative libéralisation des mœurs, comme l’on pouvait le noter avec Oscar Wilde par exemple et son homosexualité dont il ne se cachait pas, pourtant sous un régime victorien plutôt strict de ce point de vue, qui écrivait « Le meilleur moyen de se débarrasser d’un désir, c’est d’y céder ». Le désir reste alors une question éternelle, tout comme l’amour, sujet infini : « L’amour, c’est l’espace et le temps rendus sensibles au cœur. »

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