La prisonnière

par

L’écriture de Proust, sa vision de la société, et l’homosexualité

Comme dans tous les romans faisant partie de « À la recherche du temps perdu », Proust traite du thème qui lui était cher de la sexualité, mais surtout de l’homosexualité des personnages, notamment Albertine, questions que l’on retrouvera aussi dans « Sodome et Gomorrhe » d’un point de vue masculin, et évidemment dans Albertine disparue pour les relations supposés d’Albertine avec d’autres femmes : en effet, le narrateur essaie d’organiser le quotidien de manière à ce que Albertine ne puisse sortir, et ne puisse entrer en contact avec d’autres femmes, surnommées des « Gomorrhéennes », dont il sait qu’elles ont des tendances homosexuelles comme Saint-Loup. Il craint qu’elle puisse être séduite par d’autres hommes, mais craint encore plus qu’elle puisse être séduite par des femmes, sa jalousie n’est pas du même genre. En effet, le narrateur pense comme la bourgeoisie de son époque, et voyait dans l’amour la seule relation hétérosexuelle, ce qu’il considérait comme naturel et « normal », ce qu’il nomme la loi de la vie, bien qu’il sache que cet amour cause des peines : « L’accouplement des éléments contraires est la loi de la vie, le principe de la fécondation, et comme on verra, la cause de bien des malheurs. » Cela ne l’empêchera pas de souffrir énormément en apprenant la liaison d'Albertine avec une autre femme, suite à une dispute très violente.

Proust, qui est élevé dans un milieu bourgeois, dans la mondanité parisienne, et les bonnes mœurs, un milieu cultivé, est particulièrement marqué par un monde d’adulte féminin autour de lui, et si au début il se destinait plutôt à des études de droit, pour ensuite étudier les lettres, il termina son cursus dans l’écriture et le milieu mondain et artistique parisien, restant dans un monde bourgeois. Sa carrière de journaliste-chroniqueur, ses nombreux voyages en Europe, son travail acharné pour un roman qu’il n’achèvera jamais vraiment, d’où les nombreux brouillons et les diverses versions de ses ouvrages, lui permirent de prendre du recul sur la France et Paris, pour mieux critiquer ce milieu, ses mœurs, sa moralité apparente et l’hypocrisie autour de la sexualité, et notamment de l’homosexualité, répugnée par les règles établies. Sa relation à la mémoire : « Nous trouvons de tout dans notre mémoire. Elle est une espèce de pharmacie, de laboratoire de chimie, où on met au hasard la main tantôt sur une drogue calmante, tantôt sur un poison dangereux. » ou encore « On se souvient d’une atmosphère parce que des jeunes filles y ont souri. ». L’écriture, l’amour, le lien entre l’expérience et cette critique de la société par l’évolution de ses personnages récurrents lui permit d’exprimer sa vision de son époque. Par exemple, on retrouve les personnages de « Sodome et Gomorrhe », à une soirée chez les Verdurin, où la maitresse de maison avait manipulé les deux hommes, Charlus et Morel pour entrainer une dispute et une séparation suite à une relation supposée entre Morel et une actrice Léa, réputée pour être elle aussi homosexuelle, ce qui révèle l’hypocrisie de la bonne société à l’égard de l’homosexualité.

Même si ce roman marque comme une pause dans l’initiation du narrateur dans le monde bourgeois parisien et s’axe plutôt autour de ses aventures et aléas sentimentaux, on ressent tout de même la critique de cette société par l’auteur : par exemple, le narrateur est satisfait que sa mère soit en voyage, car il sait que Albertine la choquerait sans doute et lui déplairait par son éducation différente de ses normes, et sa mère par ailleurs s’inquiète de son amour, de ses projets et lui avoue qu’elle trouverait intolérable qu’ils se marient.

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