La prisonnière

par

Une étrangère à bien des égards

Malgré tout le contrôle que cherche à exercer le narrateur sur Albertine, il garde en tête qu’elle lui est totalement étrangère à bien des égards, et craint de ne pas la connaître suffisamment, de ne pas la comprendre, de ne pas saisir ce qu’elle désir. Alors qu’il l’observe dormir, il se sent perturbé par sa beauté, son sommeil lourd, et cherche des clés : « Je pouvais mettre ma main dans sa main, sur son épaule, sur sa joue, Albertine continuait de dormir. Je pouvais prendre sa tête, la renverser, la poser contre mes lèvres, entourer mon cou de ses bras, elle continuait à dormir comme une montre qui ne s’arrête pas, comme une bête qui continue de vivre quelque position qu’on lui donne, comme une plante grimpante, un volubilis qui continue de pousser ses branches quelque appui qu’on lui donne. Seul son souffle était modifié par chacun de mes attouchements, comme si elle eût été un instrument dont j’eusse joué et à qui je faisais exécuter des modulations en tirant de l’une, puis de l’autre de ses cordes, des notes différentes. »

Le narrateur ment souvent à Albertine lorsqu’il lui jure qu’il ne va pas chez ses amis les Verdurin et qu’en réalité il s’y rend, pour retrouver son petit clan parisien qu’il aime tant. Albertine trouve ce genre de groupe étrange, et ne comprend pas leurs relations, de plus ses origines sociales lui font redouter un mariage car elle se sait trop pauvre. De son côté elle semble donner des rendez vous à des femmes et à faire faux-bond à ceux qui la surveillent pour le compte du narrateur, malgré toutes ses précautions et toutes ses questions. Alors il essaie de savoir ce qu’elle fait, et Albertine s’embarrasse, et se perd dans ses mensonges en essayant...

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