La Religieuse

par

Diderot et le roman

Diderot a été très influencé par un romancier anglais, Laurence Sterne, qui donnait, selon lui, au roman ses lettres de noblesse. Au XVIIe siècle, le roman était déconsidéré, traitant de sujets triviaux et comiques qui n'avaient pas leur place en littérature. Il était concurrencé par le théâtre et la poésie, formes nobles par excellence. Les romans précieux furent une réponse à une telle déconsidération, mais il faut attendre le XVIIIe – voire le XIXe – pour que le roman gagne véritablement ses lettres de noblesse aux yeux de tous.

         Sterne et Diderot à sa suite renouvelèrent l'écriture romanesque. En faisant des expérimentations narratives – comme dans Jacques le fataliste et son maître – ils instituèrent ce genre comme un champ littéraire productif et créatif. La Religieuse est donc l'héritière de ces expérimentations narratives, tout autant que de la tradition du roman qui s'était constituée à cette époque, notamment celle du roman par lettres, qui présente un narrateur à la première personne, et qui permet aussi à l'auteur de rejeter la responsabilité sur le narrateur, qu'il présente comme réel : l'abbé Prévost ou encore Montesquieu avaient exploité cette posture narrative pour créer des œuvres scandaleuses ou politiques. Ici, comme l’indique la notice de l’œuvre, Diderot s’attaque à l’institution du couvent :

         « La Religieuse est davantage : c’est un livre puissant, plein de passion dans tous les sens du mot. On y trouve d’abord un furieux pamphlet contre les couvents ; l’auteur nous en présente deux : l’un est une géhenne avec des tortionnaires ; l’autre une Mytilène que peuplent des Saphos embéguinées ».

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