La république

par

Le rapport entre politique et raison

Nous avons vu que pour l’auteur, la cité idéale ne s’obtient pas en établissant un gouvernement que l’on estime être composé « des meilleurs » sélectionnés sur des critères liés aux aptitudes physiques.

Selon Platon, l’idéal d’institution sociale à atteindre serait la cité juste, dans laquelle les gouvernants règneraient de manière raisonnable et conforme à la morale. Or, pour parvenir à un tel objectif, l’homme doit travailler lui-même à devenir juste, car une cité juste ne peut être faite qu’à partir d’hommes juste. Ainsi, pour obtenir une entité politique dans laquelle la justice règnerait en maîtresse absolue, c’est tout d’abord un travail sur les hommes eux-mêmes qu’il faut opérer. De même manière, cette réforme politique n’est qu’un antécédent au travail sur l’âme elle-même. C’est de cette façon que Platon montre que politique et raison sont inextricablement liées, et ne peuvent être dissoutes, qu’œuvrer pour le bien et la justice d’une cité passe tout d’abord par une entreprise de création d’hommes moraux. En effet, la justice, au-delà de la simple signification humaine du mot qui consiste à établir des règles au sein de la cité, règles supposées profiter au bien de l’institution citoyenne en elle-même, détient une valeur beaucoup plus universelle. La justice morale doit s’incarner dans les hommes de manière à élever ceux-ci spirituellement, à tendre le plus possible vers l’Idée de la Justice.

 

Ainsi, la justice qui établit des lois, récompense et châtie serait une justice purement terrestre, or, le but de tout homme moral devant être de tendre au monde Intelligible, il ne doit pas se contenter de cette représentation-là, et doit œuvrer afin de toucher du doigt la Justice Universelle, celle dont il pourra toujours jouir une fois mort, séparé des biens matériels terrestres. En effet, la mort tranche le lien avec la cité, les lois, et tout ce qu’une justice terrestre peut traiter. En découvrant cette Idée de Justice, l’homme se rend alors capable de rendre celle-ci éternelle.

 

Pour nous décrire ce qu’à ses yeux représente l’homme juste, Socrate affirme que l’âme humaine est composée de trois parties. Il assimile chacune de ses parties aux injonctions que l’âme humaine peut recevoir, suivant le jeu de circonstances auxquelles elle est soumise. Le premier principe serait la raison « logistikon », et serait celle qui ouvrirait l’esprit au monde de la connaissance. Le deuxième, le principe ardent est nommé thumos, et réfère à l’énergie qui nous pousse parfois à un comportement belliqueux, pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Le troisième principe est appelé épithumétikon, ce qui signifie appétits. Ce dernier état psychique renvoie à tous les désirs qui agacent l’âme humaine, en dépit parfois de la morale. « Est-ce en vertu de ce même principe [le principe ardent], que nous agissons en tous nos actes ? ou bien par trois principes, chacun pour un ordre différent de notre activité ? […]Ou bien est-ce par l’âme toute entière que nous agissons ? » Platon semble ainsi avoir trouvé réponse dans la tripartition de l’âme qu’il nous propose : si nous exerçons une trop forte pression sur l’un des principes de notre âme, nous nous montrerons incapable d’agir de manière juste. Par exemple, si nous accordons trop d’importance à la partie désirante tout en négligeant raison et énergie, notre vie ne sera qu’une longue entreprise de réalisation de nos désirs successifs, sans que ceux-ci ne nous apportent aucun bienfait. Si l’on désire déraisonnablement, le plaisir éprouvé s’enfuira bien vite et sera cause de souffrance. Socrate, dans la République, prend l’exemple de son ami Léontios, qui a fait l’expérience de la prédominance du principe désirant sur les autres parties de son âme. Revenant du Pirée, l’homme aperçoit un cadavre jeté dans un fossé. Alors que tout son être est révulsé de cette vision horrible, son désir, lui, est éveillé par la curiosité, et il demeure déchiré dans l’attente de savoir s’il va ou non regarder le macabre spectacle. « …en même temps qu’il avait envie de les regarder, en même temps au contraire il était fâché et il se détournait lui-même d’en avoir envie ; jusque là il luttait, il s’encapuchonnait la tête ; vaincu cependant par son désir, écarquillant les yeux, courant vers les cadavres : « Voici, s’écria-t-il, ce que vous avez à regarder, maudits ! emplissez-vous de ce beau spectacle ! », hurle le pauvre homme, torturé par ses yeux.

 

Platon nous montre donc bien ici le continuel affrontement qui opère entre les différentes parties de notre âme. Il en vient donc à la conclusion que pour qu’un homme soit juste et puisse prétendre à gouverner une cité de manière juste, il doit d’abord rééquilibrer les trois principes psychiques qui régissent son esprit, de manière à ne pas laisser l’un déborder sur l’autre et faire ainsi preuve d’hubris. Ceci étant, il nous prouve donc que politique ne peut se faire si il n’y a pas de raison. 

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