La république

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LIVRES V-VII : CONDITIONS POUR RÉALISER LA JUSTICE AINSI DÉFINIE

La 1re condition consiste sur l’égalité des hommes et des femmes. Cette égalité concerne autant les fonctions publiques que l’éducation car la différence sexuelle n’entraîne aucune différence d’aptitude. Les femmes pourront donc être Gardiennes, guerrières, philosophes.

La 2e condition porte sur la communauté des femmes et des enfants chez les guerriers. Les avantages principaux de l’abolition de la famille sont :

· l’eugénisme (contrôle du nombre d’unions et sélection des meilleurs accouplements par l’Etat, tirages au sort éventuellement falsifiés) d’une part,

· l’éducation par l’Etat des enfants (hors de la vue de leurs parents) depuis leur naissance (infanticides éventuels), d’autre part, garantissent la meilleure société possible, sans propriété privée d’aucune sorte, et donc sans dissension, entre Gardiens, et par suite entre citoyens,

· l’éducation des enfants doit en particulier les associer à la guerre, pour laquelle doivent être instituées récompenses et punitions et dans laquelle on fera une distinction nette entre Grecs (qu’on ne devra pas réduire en esclavage) et non-Grecs.

L’Etat décrit jusqu’à présent – qui est incontestablement juste – est-il réalisable ? Il ne le sera que lorsque la troisième condition sera réalisée.

La 3e condition concerne Le philosophe roi. Autrement dit : l’Etat juste n’est réalisable que si les philosophes deviennent gouvernants ou si les gouvernants deviennent philosophes.

1) Qu’est-ce qu’un philosophe ?

La 1re définition donnée au philosophe est : un « épris de la sagesse » (ou « ami du savoir », philo-sophia). Mais cette définition confond le philosophe et le curieux (l’amateur de spectacles). La 2e définition est : le philosophe est celui qui n’aime que le spectacle de la vérité. Il faut distinguer ici, d’une part les Formes réelles (eidê) – par exemple le juste et l’injuste, le beau et le laid – et leurs apparences multiples ; et de ‘autre part, la connaissance des réalités existantes et l’opinion (intermédiaire entre connaissance et ignorance) qu’on a sur les apparences (intermédiaire entre être et non-être). Ainsi, la connaissance est infaillible, l’opinion peut être vraie ou fausse. Les Formes et ce qui est : la connaissance porte sur des objets uniques et immuables (toujours Formes), l’opinion sur des objets multiples et changeants, tantôt Formes tantôt non-Formes.

En conséquence de cette définition, le philosophe est le plus apte à gouverner ; de son essence (aimer la réalité, toute la réalité, rien que la réalité) se déduisent en effet toutes ses autres vertus. Ces vertus sont : la sincérité, la modération la grandeur d’âme, le courage, la justice, la douceur, la facilité à apprendre, la mémoire, la mesure. Pourtant, les philosophes paraissent bien incapables de gouverner.

2) Les raisons de la mauvaise réputation des philosophes :

Les vrais philosophes ne sont pas inutiles ; c’est l’Etat que ne les utilise pas. La plupart des naturels philosophes sont pervertis par leur milieu et leur éducation, par l’opinion de la foule trompée par les « sophistes » qui usurpent le nom de « philosophes ». Il est impossible que le peuple soit philosophe et nécessaire, dans les Etats existants, qu’il critique les natures philosophiques jusqu’à les pervertir. Aucun Etat n’est adapté à la philosophie, aucune philosophie n’est adaptée à la vie politique.

3) Cependant, le gouvernement des philosophes n’est pas possible :

La foule peut être réconciliée avec le gouvernement des philosophes si l’on peut lui faire voir ce qu’est l’amour de la sagesse et qu’il est seul capable de rendre un Etat heureux.

4) L’essentiel : l’éducation à donner aux gouvernants :

Toute la fin de cette partie (VI, 502c-fin de VII) est consacrée à l’éducation supérieure que doivent recevoir les gouvernants (entre 20 et 35 ans) après leurs formation initiale décrite plus haut (III, 376c-412b). Nous avons aussi un rappel de la sélection opérée et de l’éducation déjà reçue.

a) L’objectif à atteindre : le Bien. L’objectif suprême de l’éducation des gardiens est de les amener à connaître le Bien ; rejet de la conception populaire du Bien comme plaisir mais difficulté à le définir. Il faut procéder par images :

– 1re image : Le Bien est dans le monde intelligible ce qu’est le Soleil dans le monde visible,

– 2e image : La section de la ligne : les quatre objets et les modes de connaissance qui s’y rapportent.

– 3e image : L’allégorie de la caverne. Représentation de notre nature si elle n’est pas éclairée par l’éducation : la situation initiale dans la Caverne ; la formation (contrainte de la délivrance) et ses étapes jusqu’à la vue du soleil ; la redescente dans la caverne. Interprétation de l’image (Caverne = monde visible ; feu = soleil). L’objectif de l’éducation est de tourner l’œil de l’âme vers l’idée du Bien. Il faut tourner les bonnes natures vers cet objectif et les forcer ensuite à « redescendre » gouverner les autres.

b) Les moyens de l’éducation consistent sur les cinq sciences propédeutiques. Nous apercevons ici une insuffisance de la formation reçue (gymnastique et musique) et les arts à atteindre l’objectif.

La 1re science nécessaire, la science des nombres, l’arithmétique, « science générale, qui sert à tous les arts, à toutes les sciences et à toutes les opérations intellectuelles » ; distinction entre les objets qui incitent à la réflexion – ceux qui produisent la contradiction – e ceux qui n’y incitent pas ; distinction entre deux usages de l’arithmétique, l’un propédeutique à l’intellection, l’autre, purement utilitaire.

La 2e science nécessaire, la géométrie plane, science des figures ; distinction entre l’usage ordinaire de la géométrie et son usage propédeutique à la connaissance.

La 3e science, la stéréométrie, science des solides, encore inchoative. La 4e science présentée ici c’est l’astronomie et sa vraie méthode, ainsi que la 5e, l’harmonie.

c) Le terme de l’éducation : la dialectique. Le but final est la dialectique, qui a pour objet la connaissance de l’essence de chaque être et pour terme la connaissance du Bien. La sélection des futurs dialecticiens : leurs qualités naturelles ; triages successifs. Dangers de la dialectique mal pratiquée ou réduite à un simple jeu. Après la pratique de la dialectique, redescente dans la caverne et occupation de postes publics pendant quinze ans puis, partage du temps entre philosophie et commandement politique.

Conclusion

La réalisation de l’Etat juste est possible si l’on met à la tête de l’Etat des philosophes ainsi formés.

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