La république

par

Une cité trop idéale

Si Platon nous livre une description de la cité idéale et énonce les lignes de conduite qu’elle doit suivre, par le biais des hommes qui la gouvernent et l’habitent, il explique également de quelle façon doivent en apparence, vivre et être éduqués les citoyens de cette fameuse ville. En effet, il tombe d’accord avec son interlocuteur Glaucon au livre IV sur le fait qu’une cité idéale se définit par son développement commun à tous les citoyens, que chacun doit être acteur du tout que forme cette ville. « Tous les citoyens doivent, un chacun, être appliqués à une tâche pareillement une, celle à laquelle la nature de chacun le prédestine, de manière que chacun, s’acquittant d’une tâche unique, celle qui est la sienne, ne risque pas de devenir plusieurs hommes, mais n’en soit qu’un, et que, de la sorte, la Cité, dans son ensemble, se développe comme un être unique, non comme plusieurs. »

 

Platon ayant décrit les hommes comme étant les « gardiens du troupeau », il semble sous-entendre ici que les femmes et les enfants n’en font pas partie, puisqu’ils ne peuvent participer à la direction de la cité. Cependant, en assimilant les hommes à des gardiens, il met en avant l’image du chien de garde, or, la femelle de celui-ci se comportera de manière tout à fait semblable à son mâle. Platon affirme donc qu’il est donc nécessaire et vital de leur trouver une manière de participer à la vie de la cité de manière morale et constructive, de la même façon que les hommes eux-mêmes y participent.

Ainsi, il adopte un point de vue novateur en affirmant que la même éducation doit leur être confiée, puisqu’elle mènera les individus des deux sexes à exercer dans les mêmes champs de compétences. Socrate, par la plume de Platon, explique alors qu’il faut former les femmes aux arts de la guerre, à l’art hippique, et s’adonner à l’exercice de la gymnastique qui, à l’époque, exigeait de s’entraîner dans une nudité totale. En cela, le philosophe va à l’encontre des mœurs établies qui refusaient alors de doter les femmes d’une éducation égale à celle dispensée aux hommes.

Ceci étant, Platon soulève ensuite le problème de savoir si la femme est par nature l’égale de l’homme, et si en cela elle est apte à pratiquer les mêmes disciplines. Creusant le fond du problème, il cherche à établir la réelle différence naturelle entre hommes et femmes, affirmant que le don reçu à la naissance par n’importe quel individu va se développer selon s‘il l’entretient ou non, et que ceci indépendamment du sexe de l’individu. La « faiblesse » des femmes en matière d’art de la guerre viendrait alors du simple fait qu’on ne les y entraîne pas, et il y a également des hommes qui, malgré l’entraînement, font de bien piètres guerriers ! Par déduction, il y a parmi les humains, hommes et femmes compris, des êtres dotés de talent et d’autre inaptes à celui-ci. Il s’agirait donc de sélectionner, parmi les femmes, les « meilleures » dans l’exercice de la fonction de « gardien du troupeau ».

Afin de donner du crédit à son affirmation, Socrate affirme que cette législation est la plus adaptée au fonctionnement d’une cité puisqu’elle suit l’ordre choisi par la nature elle-même. Elle demeure en cela incontestable. Cependant, en fin philosophe, il nous glisse qu’une telle organisation reviendrait donc à sélectionner les hommes et les femmes les meilleurs, et ferait ainsi preuve d’eugénisme… Les enfants eux-mêmes devraient être maintenus dans l’ignorance de leurs parents, afin que nul ne soit influencé par la qualité ou la médiocrité de son père et sa mère. De même que l’union entre l’élite et les médiocres serait rejetée, car cela reviendrait à un acte apolitique…

Ainsi, Socrate plante lui-même un paradoxe en nous laissant entrevoir la possibilité d’une cité idéale, qu’il réfute ensuite comme étant inégalitaire et délaissant la valeur morale et la justice…

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