La république

par

Les théories morales de Platon

Dans les livres II à IV et VIII à IX, Socrate établit que la justice est le seul état dans lequel tous les besoins essentiels d’un individu trouvent une satisfaction harmonieuse ; les hommes injustes sont dominés par des désirs qui ne peuvent produire une personnalité véritablement unifiée. Cette affirmation est renforcée par une théorie de la nature humaine et des conditions sociales nécessaires à son développement adéquat. Ainsi considérée, la justice vaut la peine d’être possédée pour elle-même, de même que cet état ordonné qu’est la santé est préférable à l’état désordonné qu’est la maladie. De plus, la justice vaut également la peine d’être possédée pour ses conséquentes, parce qu’elle apporte un bonheur qu’on ne peut atteindre par aucun autre genre de vie. « Or, ce qu’est une cité par rapport à une autre cité, quand on la considère du point de vue de la vertu et du bonheur, un homme l’est également par rapport à un autre homme ? Oui, assurément. »

 

Platon reprend et considère comme authentique l’exigence selon laquelle il faut montrer que la justice est de l’intérêt de l’argent. C’est en effet chose nécessaire, non seulement pour relever le défi de Thrasymaque, mais aussi pour répondre aux gens qui, comme Polémarque, font ce qui est juste mais sans comprendre pourquoi et sont donc à la fois vulnérables et intellectuellement mal assurés. Pour Platon, l’homme juste est quelqu’un qui accomplit des actes justes sans conflit et sans effort ; les actes vertueux sont naturellement produits par un caractère bien développé. Le passage d’une théorie centrée sur l’acte à une théorie centrée sur l’agent a éliminé l’idée qu’une personne puisse être juste si elle agit pour la seule raison qu’il est moral d’agir de la sorte, ce qui établirait une sorte de distance glacée, entre l’agent et l’action requise par la règle.

 

Socrate avait dit qu’il montrerait que c’est la justice elle-même, et non l’appartenance de la justice, qui est l’intérêt de l’agent, autrement dit, que les seules conséquences du fait d’être juste qui puissent être considérées comme bonnes sont celles que le texte qualifiait alors de naturelles, par opposition aux conséquences artificielles. Elles devaient découler de la nature de la justice, et non une faiblesse dans l’argumentation de Socrate, dont la tâche paraissait du coup encore plus difficile. Mais maintenant que nous avons examiné la forme spécifique de l’argumentation de Platon, nous nous apercevons que, loin d’être une faiblesse, cela constitue une force. Or c’est précisément parce que le bonheur de l’homme juste ne peut s’obtenir qu’en étant juste, sans raccourci possible, que Platon n’a pas, en faisant appel au bonheur, fait intervenir l’égoïsme et l’intérêt personnel. Le bonheur peut certes constituer pour l’homme juste une récompense, mais il ne présente aucun attrait pour quiconque ne voudrait pas être juste de toute façon. Platon ne nous a nullement donné une raison immorale, ou potentiellement immorale, d’être moral. « De beaucoup plus importante me semble ce que dit à présent Thrasymaque, quand il affirme que la vie de l’injuste est plus heureuse que celle de l’homme juste. Mais toi, Glaucon, dis-je, laquelle choisirais-tu ? »

 

Toutefois, Platon pense bien que la justice est un mode de vie satisfaisant, qui répond aux désirs de chacun, et qui nous rendre heureux. Or n’est-ce pas de toute façon contestable ? Pourquoi la justice devrait-elle se rapporter en quoi que ce soit à mes désirs ? Pourquoi une vie qui les satisfait au lieu de les frustrer devrait-elle être une vie juste ?

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