La symphonie pastorale

par

Gertrude

Jeune aveugle, c’est une enfant sauvage, un petit être innocent et primitif quand le pasteur la rencontre : « Je pus distinguer, accroupi dans l’âtre, un être incertain qui paraissait endormi ; l’épaisse masse de ses cheveux cachait presque complètement son visage. » Voici comme elle est d’abord décrite : « C’est une idiote ; elle ne parle pas et ne comprend rien à ce qu’on dit. Depuis ce matin que je suis dans la pièce, elle n’a pour ainsi dire pas bougé. J’ai d’abord cru qu’elle était sourde ; la servante prétend que non, mais que simplement la vieille, sourde elle-même, ne lui adressait jamais la parole, non plus qu’à quiconque, n’ouvrant plus la bouche depuis longtemps, que pour boire ou manger. » Voilà pourquoi elle ne parle pas et ne sait pas communiquer. Elle n’a même pas de nom : « Ce nom de Gertrude fut choisi par Charlotte et accepté par nous tous aussitôt, dans l’ignorance du nom véritable que l’orpheline ne connaissait point elle-même et que je ne savais où retrouver. » Âgée d’une quinzaine d’années, elle a l’âge d’être la fille du pasteur.

         Les premiers temps avec la famille du pasteur sont difficiles : « Elle restait tout le long du jour, auprès du feu, sur la défensive, et dès qu’elle entendait nos voix, surtout dès que l’on s’approchait d’elle, ses traits semblaient durcir ; ils ne cessaient d’être inexpressifs que pour marquer l’hostilité ; pour peu que l’on s’efforçât d’appeler son attention elle commençait à geindre, à grogner comme un animal. » Cependant, à force de patience, le pasteur va mettre au jour une âme et un esprit supérieurs enfermés dans la gangue de l’ignorance. La jeune fille se révèle vive et intelligente : « Gertrude avait ceci de bien qu’elle ne faisait jamais semblant de comprendre, comme font si souvent les gens, qui meublent ainsi leur esprit de données imprécises ou fausses, par quoi tous les raisonnements ensuite se trouvent viciés. » De plus, Gertrude est belle. Elle va grandir et découvrir le bonheur, un bonheur profond mais fragile, car basé sur son ignorance d’une partie du monde, puisqu’elle est aveugle. Elle croit tomber amoureuse du pasteur, et tombe en fait amoureuse de Jacques, son fils, mais l’ignore. Elle est opérée et découvre la réalité visuelle du monde : « Je crains, voyez-vous, que le monde entier ne soit pas si beau que vous me l’avez fait croire, pasteur, et même qu’il ne s’en faille de beaucoup. » Elle lit sur le visage d’Amélie, la femme du pasteur, sa détresse : « Mais lorsque m’est apparu tout à coup son visage, lorsque j’ai vu sur son pauvre visage tant de tristesse, je n’ai plus pu supporter l’idée que cette tristesse fut mon œuvre… » Elle décide donc de quitter ce monde et tente de se donner la mort.

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