La symphonie pastorale

par

Le pasteur

Homme marié et père de quatre enfants, cet homme austère dont la vie n’est que dévouement envers les autres, dans le cadre très strict de l’Écriture Sainte, prend tout le monde en charge et se sent responsable de tous, à commencer par les membres de la petite communauté qu’il administre, non seulement spirituellement mais aussi matériellement : « Hier, je m’étais assuré que le village avait des provisions en suffisance, car nous allons sans doute demeurer quelque temps isolés du reste de  l’humanité. » Aussi, quand la vie place Gertrude sur sa route, il se fait un devoir de la prendre en charge : « Il m’apparut soudain que Dieu plaçait sur ma route une sorte d’obligation et que je ne pouvais pas sans quelque lâcheté m’y soustraire. » Donner une éducation à cette jeune fille, c’est pour lui l’occasion de donner vie à la parabole de la brebis égarée : « Si un homme a cent brebis et que l’une d’elle s’égare, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres sur les montagnes, pour aller chercher celle qui s’est égarée ?»  En appliquant stricto sensu la parabole, il va se consacrer corps et âme à Gertrude, plus qu’il ne l’a jamais fait pour ses propres enfants. Que ses enfants et sa femme demeurent auprès de lui, soumis, est un dû. Il ne mesure en rien la fragilité d’une situation qu’il croit intangible : « Si j’aime beaucoup mes enfants je n’ai jamais cru que j’eusse beaucoup à m’occuper d’eux » déclare-t-il.La réalité lui donnera tort quand son fils Jacques partira et se convertira au catholicisme.

         Le pasteur ne se rend pas compte qu’il tombe amoureux de Gertrude. L’éducation qu’il lui donne est incomplète et partiale. Basée sur des passages de la Bible qu’il choisit soigneusement en évitant tout ce qui pourrait amener un questionnement chez la jeune fille, il lui décrit le monde tel qu’il pourrait être, comme Beethoven le fait dans sa Symphonie Pastorale, hymne à la nature, œuvre de paix, chef-d’œuvre, certes, mais qui ne reflète pas la réalité. Il va jusqu’à cacher à Gertrude qu’elle est belle : « la beauté des âmes lui suffit » décrète-t-il. Jaloux de son fils, il l’éloigne, tuant ainsi la belle histoire d’amour qui aurait pu naître entre les deux jeunes gens. Angoissé à l’idée que Gertrude recouvre la vue, il voit ses craintes se réaliser quand elle le rejette et se donne la mort.

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