Le Complot contre l'Amérique

par

«Complot contre l’Amérique» et témoignages

A) Un double regard.

Toutes les descriptions du roman sont faites par le biais d’un double regard. En effet, nous avons le point de vue du jeune narrateur, un petit garçon, mais aussi celui du Philip Roth adulte qui décrit habilement le naufrage de l’Amérique dans la mer du nazisme, la déchéance de la plus grande démocratie du monde, et l’échec du rêve américain. En témoigne le cauchemar du petit Philip, qui, très éprouvé par l’inquiétude manifeste de ses parents rêve d’une armée de croix gammées souillant ses précieux timbres : « Sur tout, sur les falaises, les bois, les rivières […] sur tout ce que l’Amérique avait de plus bleu, de plus vert, de plus blanc, et qui devait être préservée à jamais dans ces réserves des origines, était imprimée une croix gammée noire ».

Cette image très symbolique est issue de la pensée de l’auteur/narrateur, c’est-à-dire de Philip Roth adulte. Elle exprime parfaitement la sournoise montée du nazisme en Amérique du Nord. L’objectif de Philip Roth est de laisser une trace indélébile dans l’esprit du lecteur, tout en illustrant la terreur ressentie par le jeune narrateur.

De même, nous pouvons noter que la description des événements et des personnages, ainsi que les discours tonitruants du chroniqueur de radio Walter Winchell ne peuvent relever du seul regard ou du souvenir d’un petit garçon de sept ans.

Par ce procédé de double narration, Roth parvient à donner à son récit la candeur et la spontanéité de l’enfance, mais aussi la précision et l’expérience d’un regard adulte. Chacun de ces événements a une conséquence sur la vie politique et sociale du pays, mais également sur la vie quotidienne de la famille Roth et de ses voisins juifs.

B) Une famille dévastée.

En effet, à l’image des États-Unis, il existe une fracture dans la cellule familiale du petit Philip. Celle-ci est divisée entre les membres qui soutiennent Lindbergh et collaborent par intérêt ou par goût du pouvoir (la tante de Philip, le rabbin Bengelsdorf, Sandy qui a été endoctriné par le programme les « Gens parmi d’Autres », ou Alvin, le cousin frustré par la perte de sa jambe à la guerre, et qui ne veut plus rien avoir à faire avec les juifs), et d’autre part le père, Herman, pilier de la famille, qui fait front contre le gouvernement et ses mesures avec beaucoup de lucidité.

Cette division familiale conduit à une scène d’une rare violence ; une scène de lutte entre le père et le cousin de Philip, qui marque profondément le jeune narrateur (témoin), mais aussi le lecteur ; car c’est une scène qui évoque un tabou et qui marque la fin de la sécurité dans le cocon familial. Un peu comme si cette violence que fuyait la famille, qu’elle voyait pendre au-dessus de sa tête comme une épée de Damoclès, était soudainement entrée par une porte de l’appartement que l’on aurait oublié de fermer ! « Ce fut donc pour toutes les raisons imaginables, une nuit dévastatrice. En 1942, je n’étais pas en mesure d’en déchiffrer les implications effroyables, mais la seule vue du sang, celui de mon père et celui d’Alvin, suffit à me sonner […] dans le séjour banal d’une famille, où tout le monde s’efforce traditionnellement de résister aux intrusions d’un monde hostile, les antisémites allaient trouver un allié objectif pour la fameuse solution finale au pire problème de l’Amérique : voilà que nous prenions nos massues dans un délire autodestructeur ».

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