Le Complot contre l'Amérique

par

Philip Roth

Comme dans la plupart de ses romans tels que « Opération Shylock », Philip Roth utilisera dans « Complot contrel’Amérique » son propre nom pour le personnage qui jouera le rôle de narrateur. Ici, il a sept ans et témoigne, à travers son regard d’enfant, de l’évolution de la situation environnante, au sein même de sa famille et de ses voisins tous juifs, atterrés sous la pression antisémite. L’auteur dessine un portrait juste mais dérangeant d’une Amérique frileuse, préoccupée avant tout de sa sécurité.

Philip Roth apparaît au début du roman comme appartenant à une famille juive ordinaire de Newark, sa ville natale. Son enfance se passe merveilleusement bien dans un premier temps, entouré des siens qui l’aiment. La collection de timbres ainsi que les jeux dans la cour de récréation sont des activités montrant un jeune Philip plutôt épanoui. Cette image de paix et de sérénité se dessine avant que Lindberg n’arrive et change la couleur du ciel américain désormais tatoué de croix gammées et qui noircissent les rêves du narrateur. En effet, ce dernier, éprouvé par l’inquiétude manifeste de ses parents, rêve d’une armée de croix gammées souillant ses précieux timbres : « Sur tout, sur les falaises, les bois, les rivières […] sur tout ce que l’Amérique avait de plus bleu, de plus vert, de plus blanc et qui devait être préservé à jamais dans ces réserves des origines, était imprimée une croix gammée noire ».

Même si, à son âge, le narrateur est incapable de tout comprendre, la peur s’installe en lui et le ronge, la peur de voir la tension et l’inquiétude s’afficher sur les visages, la peur d’un avenir incertain. : « C’est la peur qui préside à ces mémoires, une peur perpétuelle. Certes, il n’y a pas d’enfance sans terreur, mais, tout de même : aurais-je été aussi craintif si nous n’avions pas eu Lindberg pour président, ou si je n’étais pas né dans une famille juive ? »

Comme si cela ne suffisait pas, l’enfant est témoin d’une famille qui se disloque formant ainsi deux clans opposés : les « pro » et « anti » Lindberg. Au départ exemplaire, la famille Roth est précipitée par une vague d’antisémitisme orchestrée par la Maison Blanche vers un désastre fatal. « Ce fut donc pour toutes les raisons inimaginables, une nuit dévastatrice. En 1942, je n’étais pas en mesure d’en déchiffrer les implications effroyables, mais la seule vue du sang, celui de mon père et celui d’Alvin, suffit à me sonner […] dans le séjour banal d’une famille où tout le mode s’efforce traditionnellement de résister aux intrusions d’un monde hostile »

Même si la mort subite du président est un grand soulagement pour Philip Roth, annonçant la fin d’un cauchemar, il n’en reste pas moins en colère envers des parents qui n’ont pas su être à la hauteur pour rétablir la sécurité et la paix au sein de la famille, et qui sont en grande partie responsables de tous les malheurs récemment arrivés. Cette période de deux ans (de 1940 à 1942) vécue intensément par le narrateur, lui laissera des séquelles psychologiques qui vont l’empêcher de retrouver la vraie vie paisible d’un enfant. « Le cauchemar prit fin. Lindberg disparut, nous étions sains et saufs. Mais, jamais plus, je ne recouvrerai ce sentiment de sécurité inébranlable qu’un enfant éprouve dans une grande république protectrice, entre des parents farouchement responsables ».

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