Le Défi d’Olga

par

Le passage de l’Union soviétique à la Russie à travers le roman

Le monde du XXème siècle a vu l'affrontement de deux géants politiques et militaires : les États-Unis d'Amérique et l'Union soviétique. Cette lutte n'a pris fin qu'avec l'effondrement de l'Union soviétique au début des années 1990. Dans Le Défi d'Olga, cette disparition est vue à travers les yeux d'une vieille dame dont les parents ont fui le tout jeune état bolchevique au début du XXème siècle. Pour elle, comme pour nombre de ses contemporains, l'Union soviétique représente la somme de tous les maux, l'incarnation du mal sur terre : absence de liberté, répression. L'influence néfaste de ce pays à la fois proche et lointain se fait même sentir à Paris, où les opposants au régime soviétique ne sont pas à l'abri, et nombre d'entre eux, selon Olga, ont été assassinés dans les locaux de l'ambassade : « dans les caves de ce même hôtel particulier, les Soviétiques ont autrefois jeté et sans doute tué quelques-unes des plus nobles figures de l'émigration blanche. »

Pourtant, quand Gorbatchev arrive au pouvoir, le monde apprend deux nouveaux mots, perestroïka et glasnost : la reconstruction et la transparence : « Gorbatchev avait habitué le monde occidental à l'idée que la liberté triompherait tôt ou tard dans son pays. Il avait bercé l'opinion avec les mots magiques de perestroïka et de glasnost. » Bientôt, l'URSS cède la place à la Fédération de Russie, et Olga assiste au profond changement du pays qu'elle adore et honnit à la fois : « Leningrad redevenant Saint-Pétersbourg, les statues des idoles communistes jetées bas, le drapeau tricolore national remplaçant le drapeau rouge, l'aigle bicéphale reconnue à nouveau comme emblème héraldique du pays ».

Ce sont les retrouvailles avec un passé mis sous le boisseau pendant près d'un siècle. La Russie s'ouvre au monde, et le nouveau président russe, Boris Eltsine, se rend à l'ambassade de Russie à Paris afin d'affermir les liens entre la France et son pays, mais aussi pour rencontrer les membres de l'émigration blanche, dont il sait qu'ils forment une élite intellectuelle. L'ancien apparatchik du système soviétique sait que la Russie a besoin de tous ses enfants dispersés de par le monde. C'est le tableau que brosse Henri Troyat, celui de l'ouverture et de la renaissance d'un pays que ses enfants perdus, émigrés et enfants d'émigrés, retrouvent. Les yeux d'Olga, ce sont les siens, lui qui est né à Moscou en 1911 et dont le destin ressemble par bien des points à  celui de la vieille dame.

 

            Cependant, Henri Troyat et Olga ne voient pas le monde à travers des lunettes aux verres roses : la nouvelle Russie n'est pas un paradis retrouvé et la vie y est très difficile. Le jeune journaliste Vassili Pietoukhine venu interviewer Olga ne peut lui cacher la réalité : « la vie, à Saint-Pétersbourg ou à Moscou, était difficile, […] les citadins manquaient de l'essentiel et […] les moindres projets se heurtaient à des complications administratives insurmontables. » De même, quand les brus d'Olga vont découvrir enfin la Russie qu'elles aiment sans la connaître, elles rapportent un témoignage qui n'a rien d'idyllique : « La jeunesse s'enivre ou se drogue ; il n'y a plus de travail que pour un quart de la population ; une véritable mafia contrôle le ravitaillement ; l'armée ne sait plus à quel chef se vouer ; le prestige d'Eltsine chancelle… Même les grand-mères, dans la rue, vendent leurs dernières hardes. »

Henri Troyat décrit donc une terrible réalité à son lecteur : le passage de la dictature soviétique à la démocratie ne s'est pas fait dans la douceur ; ce fut dur, ce fut pénible, et la population a porté le poids de ce changement. En ce sens, Le Défi d'Olga offre un témoignage original et humain sur un des événements majeurs de la fin du XXème siècle.

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