Le Horla

par

Le Horla

C’est l’être invisible, et peut-être irréel,dont le nom donne son titre à la nouvelle. Le narrateur le voit comme une« horrible puissance », et c’est l’être lui-même qui lui souffle sonnom : « il me semble qu’il me crie son nom, et je ne l’entends pas…le… oui… il le crie… J’écoute… je ne peux pas… répète… le…Horla… J’ai entendu… le Horla… c’est lui… le Horla… »

Le lecteur peut voir en cette entité un êtrenouveau, ou une fantasmagorie née du cerveau tourmenté du narrateur, ou encoreun double de ce dernier.

L’être nouveau, c’est l’explication rassurantecar rationnelle que le narrateur donne aux manifestations qui envahissent sonquotidien. Le Horla serait un être invisible, sorte de vampire venu de l’autrecôté du monde sur un grand voilier, « un superbe trois-mâts brésilien,tout blanc, admirablement propre et luisant », dont la vision enthousiasmele narrateur, qui lui fait signe : « Je le saluai, je ne saispourquoi ». Le malheureux a-t-il attiré l’attention du monstre tapi dansles cales du voilier ? En tout cas, le passage du navire marque le pointde départ des phénomènes qui vont mener le narrateur à sa perte. D’abord simpleprésence, la créature va littéralement dépersonnaliser le narrateur en buvantson âme à sa bouche pendant son sommeil : « Cette nuit, j’ai sentiquelqu’un accroupi sur moi et qui, sa bouche sur la mienne, buvait ma vie entremes lèvres. ». Elle se nourrit de liquides comme l’eau et le lait, ets’installe dans la maison du narrateur, qu’elle a fait sienne. Jour après jour,elle envahit l’univers du malheureux qui contemple les actions de lacréature : elle tourne les pages d’un livre, elle brise la tige d’une rosequ’elle semble porter vers un visage, elle va jusqu’à masquer l’image dunarrateur dans le miroir. Le narrateur se livre à des recherches et découvrequ’il n’est pas la première victime de ces phénomènes : des paysans d’uneprovince brésilienne ont eux aussi été victimes des mêmes phénomènes : leshabitants de la province de San-Paulo, au Brésil, fuient leur logis, « sedisant poursuivis, possédés, gouvernés comme un bétail humain par des êtresinvisibles bien que tangibles, des sortes de vampires qui se nourrissent deleur vie, pendant leur sommeil ». Cette créature, en tout point supérieureà l’homme, serait donc le nouveau dominant, celui qui déloge l’homme de saplace au sommet de la pyramide des créatures : « le vautour a mangéla colombe ; le loup a mangé le mouton ; le lion a dévoré le buffleaux cornes aiguës ; l’homme a tué le lion avec la flèche, avec le glaive,avec la poudre ; mais le Horla va faire de l’homme ce que nous avons faitdu cheval et du bœuf ; sa chose, son serviteur et sa nourriture, par laseule puissance de sa volonté. Malheur à nous ! » C’est la convictiondu narrateur qui, à la fin de la nouvelle, décide de tuer l’entité en lafaisant brûler avec sa maison.

Le lecteur peut également voir dans lacréature l’illustration de la folie croissante du narrateur. En effet, lesphénomènes décrits correspondent aux hallucinations qu’entraîne la syphilis,mal dont souffrait Maupassant. Les phénomènes décrits plus hauts seraient toutbonnement des hallucinations qui aux yeux du malade revêtent un caractère deréalité. Au fil des lignes, le lecteur constate que ces manifestations gagnenten intensité et indiquent la progression de la démence. En quête d’uneexplication, le narrateur oscille entre plusieurs réponses : le Horlaest-il une créature inconnue, est-il la marque de sa folie ? Le lecteurpeut supposer que Maupassant, homme lucide et instruit, ne se berçait pasd’illusions quant à l’origine des hallucinations qui le tourmentaient. Lacréation du Horla peut être vue comme un exorcisme, une tentative de dompter unesprit qui se délitait.

En poussant la réflexion, le lecteur peut voirdans le Horla un double négatif du narrateur, incomplet puisque sans reflet,comme les vampires, mais compagnon de tous les instants et de tous lesactes : quand le narrateur lit, le Horla lit ; quand il se promène enforêt, le Horla l’accompagne ; quand il marche dans les allées de sonjardin, le Horla hume une rose. Le narrateur – Maupassant – se voit lui-même àtravers les actes du Horla. Il s’agit-là d’hallucinations autoscopiques,phénomène rare mais dont l’occurrence est possible dans le cadre de lapathologie dont souffrait Maupassant, où le malade se voit en train d’accomplirune action.

Reste la question du nom de cette entité.L’origine en est incertaine. Ce néologisme créé par Maupassant la trouvepeut-être dans le mot normand horsaint, qui désigne un étranger.Certains y ont vu une contraction du mot hors-la-loi, qui désigneraitl’absence de cadre autour de la créature. Cependant, certains y voient lamarque de la dualité de la créature, à la fois présente autour du narrateur –elle est là – et étrangère au monde rationnel – elle est hors dumonde.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Le Horla >