Le Horla

par

Résumé

Le Horla seprésente sous la forme d’un journal intime s’étendant du 8 mai au 10 septembrede la même année. Le narrateur, anonyme, fait état de troubles qui le prennentsubitement dans sa demeure non loin de Rouen, en bord de Seine.

Le 8mai, lorsque commence le journal, le narrateur admire le paysage de Rouen ainsique la beauté d’un trois-mâts brésilien d’un blanc immaculé qui passe au loinsur le fleuve. Il se dit heureux et serein, ravi de vivre en France, et faitmême un signe au navire. Les jours suivants, et notamment le 12 mai, latristesse et la maladie le surprennent. Ses pensées expriment un certainscepticisme relativement aux effets des forces invisibles sur le caractère etsurtout, sur les changements d’humeur soudains. Il explique qu’il peut tout àfait être joyeux un moment puis, au retour d’une simple promenade, se sentirdésolé et mélancolique. Il marque également sa croyance en d’autres forces quisont encore inconnues des humains. Le narrateur en vient à se plaindre d’unefièvre atroce ainsi que d’un constant sentiment d’angoisse : « J’aisans cesse cette sensation affreuse d’un danger menaçant, cette appréhension d’unmalheur qui vient ou de la mort qui approche, ce pressentiment qui est sansdoute l’atteinte d’un mal encore inconnu, germant dans le sang et dans lachair. » Son médecin lui conseille des douches curatives et la prise debromure de potassium ; cependant la santé du narrateur ne s’améliore pas.Il remarque que son inquiétude est plus forte à mesure que la nuit approche. Ils’enferme à double tour dans sa chambre et peine à s’endormir, ne pouvant pluslire ni rien faire d’autre. Lorsqu’il parvient à trouver le sommeil aprèss’être interrogé sur les causes physiques potentielles de son malaise, ilraconte qu’il sent que pendant son sommeil, quelqu’un monte sur lui etl’étrangle. Paralysé par ce sentiment d’oppression, ces sensations atrocescausées par un cauchemar trop réel, le narrateur se débat jusqu’à ce qu’il seréveille enfin, affolé mais hors de danger. La fin de la nuit est plus calme,il n’y a plus de signes de menace jusqu’à l’aube.

En juin,les troubles deviennent plus graves, et même lors d’une promenade, dans laforêt de Roumare, le narrateur se sent suivi et menacé. Il s’effraie et tentede surprendre celui qui le frôle presque, mais en se retournant il ne voitpersonne. Troublé par cette sensation, il manque de se perdre dans les bois.Par la suite, il fait un voyage à Paris d’un mois. Il ne tient pas son journalpendant ce temps et le lecteur ne sait rien de ce qu’il y fait, mais il rentre chezlui en juillet persuadé d’être guéri. Il raconte alors son séjour et notammentsa rencontre à Avranches avec un prêtre, dans une église gothique dont il a puadmirer la beauté et où il s’est senti serein. Après lui avoir raconté unelégende du pays, celle d’un berger dont personne n’a vu le visage et qui mènedeux chèvres – l’une à tête d’homme, l’autre à tête de femme – à travers lalande, le prêtre lui a confié qu’il croyait en l’existence des choses et desêtres invisibles, qui nous entourent quotidiennement sans que nous en ayonsconscience.

Jean, lecocher du narrateur, est aussi touché par des insomnies, qui reprennent dès leurretour. Une nuit, il a la sensation que l’être invisible puise sa vie à même sabouche, comme le ferait un vampire ou une sangsue. Des événements plus étrangesencore surviennent, et le narrateur ferme désormais la porte de sa chambre àclé. Pourtant certain d’être seul dans sa chambre, il se rend compte avechorreur après avoir été réveillé par une nouvelle sensation atroce quequelqu’un a bu toute la carafe d’eau qui était pleine la veille. Le narrateurse croit alors totalement fou et fait l’hypothèse de l’existence d’un double oud’un être surnaturel auprès de lui : « On avait donc bu cette eau ?Qui ? Moi ? Moi, sans doute ? Ce ne pouvait être que moi ? Alors, j’étaissomnambule, je vivais, sans le savoir, de cette double vie mystérieuse qui faitdouter s’il y a deux êtres en nous, ou si un être étranger, inconnaissable etinvisible, anime, par moments, quand notre âme est engourdie, notre corpscaptif qui obéit à cet autre, comme à nous-mêmes, plus qu’à nous-mêmes. »

Ileffectue des tests les nuits suivantes qui lui confirment qu’il n’est passomnambule : il place sur sa table de chevet du pain, du vin, de l’eau, dulait et des fraises. Au matin, seuls l’eau et le lait ont disparu. La nuitsuivante, il supprime l’eau et le lait – au matin, rien n’a disparu. Enfin, ilplace tous les aliments initiaux sur la table, enveloppe les carafes dans deslinges blancs et se frotte les mains, la barbe, la bouche avec de la mine deplomb. Au matin, les carafes sont vides alors que les draps du narrateur et leslinges blancs sont immaculés. Persuadé d’avoir perdu la raison, l’effroi dunarrateur augmente ; il fuit de nouveau à Paris.

DeParis, il écrit qu’il va mieux et détaille ses sorties au théâtre ou dans lesrues. Il rapporte ensuite une longue soirée en compagnie de sa cousine, MmeSablé, qu’il connaît depuis l’enfance, et du mari de l’une des invitéesprésentes, le docteur Parent, fasciné par les manifestations surnaturelles etla pratique de l’hypnose, suivant le modèle du docteur Charcot. Sous les yeuxdu narrateur, le médecin hypnotise Mme Sablé et démontre que le cerveau et lesactes d’autrui peuvent être manipulés aisément par une influenceextérieure : en transe, le médecin donne à Mme Sablé une carte de visitequ’elle utilise comme s’il s’agissait d’un miroir, sans faire d’erreur sur lesactes de son cousin se trouvant pourtant derrière elle. La cousine du narrateurreste une journée entière sous hypnose et prouve à plusieurs reprises l’authenticitéde la théorie du docteur Parent : celui-ci ordonne à l’hypnotisée de venirsupplier le narrateur de lui prêter cinq mille francs pour son mari, et eneffet, Mme Sablé vient demander cet argent à son cousin, tout étonné, qui tentede lui prouver qu’elle est dans un état second. Rien n’y fait, Mme Sablé restesous le contrôle de l’ordre donné par le Dr Parent, et ne sort de cet état quelorsqu’il le lui demande. Mme Sablé semble alors avoir tout oublié de cetteaventure et nie avoir été hypnotisée, prouvant ainsi la théorie du DrParent : les hommes peuvent en effet être manipulés par des forcesinvisibles contrôlant leur cerveau. Le narrateur est bouleversé par cetteexpérience et ne sait que penser à son retour à Rouen.

Une foisrentré, les premières nuits sont paisibles malgré les plaintes des domestiquesconcernant des verres mystérieusement cassés dans les armoires, mais le 6 août,le narrateur écrit avec horreur avoir vu l’être surnaturel qui le menace. Eneffet, au cours d’une promenade dans son jardin, le narrateur écrit avoir vudistinctement une tige se briser avec la fleur qui lui était attachée, commesoudainement décrochée et portée par une main invisible, puis flotter dansl’air non loin de lui. Au moment où le narrateur veut saisir la fleur, elledisparaît. Le narrateur croit de plus en plus à l’hypothèse de sa folie,nommant son mal « la démence. » Il se sent possédé par une forceinconnue qui l’empêche désormais de quitter sa demeure et le maintient à Rouen.Les manifestations nocturnes cessent mais l’effroi du narrateur grandit de jouren jour. Il se sent le prisonnier, le jouet d’une force surnaturelle, sansparvenir à la définir ni à s’en défaire. Il comprend dès lors l’état de sacousine hypnotisée et se sent dans la même situation, totalement soumis à uneforce occulte à qui il est forcé d’obéir : « Je suis perdu !Quelqu’un possède mon âme et la gouverne ! Quelqu’un ordonne tous mesactes, tous mes mouvements, toutes mes pensées. Je ne suis plus rien en moi,rien qu’un spectateur esclave et terrifié de toutes les choses quej’accomplis. » Les histoires extraordinaires qu’il connaît lui reviennentet il disserte longtemps sur l’existence des êtres invisibles après la lectured’un livre sur le sujet écrit par Hermann Herestauss. Cette même nuit, ilparvient à s’endormir après avoir lu longtemps. Cependant, après quaranteminutes de sommeil, il ouvre à nouveau les yeux et surprend les pages du livreresté ouvert sur la table se tourner toutes seules régulièrement. Il comprendalors que l’être invisible est assis dans le fauteuil à sa place : lenarrateur, pris d’un accès de rage, cherche à saisir violemment l’hommeinvisible qui rôde mais n’y parvient pas : le fauteuil sur lequel il étaitassis se renverse violemment. L’Invisible semble avoir fui sous la menace dunarrateur, qui décide de se rebeller contre cette force.

Le 19août, le narrateur rapporte les propos de la Revue du monde scientifique : une invasiond’êtres invisibles, possédant les esprits des hommes, buvant uniquement del’eau et du lait, est survenue au Brésil. Il fait alors le lien avec le bateaubrésilien qu’il avait jadis admiré et devine que l’un de ces êtres doit êtrearrivé chez lui par ce bateau. Le narrateur s’affole subitement et donne le nomde « Horla » à cet être qui le hante. Pour s’en débarrasser il décidede le tuer coûte que coûte : « Je le tuerai. […] Et alors !…alors, j’aurais la force des désespérés ; j’aurais mes mains, mes genoux,ma poitrine, mon front, mes dents pour l’étrangler, l’écraser, le mordre, ledéchirer. » Il réfléchit alors à plusieurs façons de procéder, écartant lepoison. Avant cela, alors qu’il écrit et qu’il sent la présence du Horla lisantpar-dessus son épaule, il parvient discrètement à regarder dans le miroir quile reflète, et ne s’y voit pas. Son image semble cachée par la présencesurnaturelle, et l’épouvante le saisit complètement. Le narrateur a enfinréussi à percevoir le Horla physiquement : l’horreur n’en est quedécuplée.

Dans lesdernières pages, le narrateur ruse afin d’enfermer le Horla dans sachambre : il fait construire une porte spéciale à persiennes en fer pourêtre certain que l’être invisible ne puisse plus passer la porte, parvient à lebloquer dans la maison avant de fermer l’ouverture par un cadenas, et metlui-même le feu à sa demeure, oubliant ses domestiques à l’intérieur. Aliénépar l’effroi ou la folie – la fin du texte ne permet absolument pas de déciderquelle interprétation est la bonne – le narrateur regarde sa maison brûler maiscomprend que le Horla n’est peut-être pas mort dans l’incendie : « S’iln’était pas mort ?… seul peut-être le temps a prise sur l’Être Invisibleet Redoutable. Pourquoi ce corps transparent, ce corps inconnaissable, ce corpsd’Esprit, s’il devait craindre, lui aussi, les maux, les blessures, lesinfirmités, la destruction prématurée ? ».

Le textetermine sur ce doute dévorant qui pousse le narrateur à envisager le suicidepour se débarrasser de l’être qui le hante. Le texte conclut aussi sur cettehésitation caractéristique du fantastique entre rationnel et irrationnel :malgré les preuves données par le narrateur (même si elles sont uniquementsubjectives), le lecteur ne peut pas être certain qu’il s’agit bien d’un êtresurnaturel qui oppresse le narrateur et non d’une folie qui le ronge jusqu’auseuil de la mort.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Résumé >