Le joueur d’échecs

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Résumé

La scène se passe sur un grand paquebot au départ de New York et à destination de Buenos Aires. Les passagers embarquent, ainsi que le narrateur, et l’un de ses amis. Ils aperçoivent soudain des flashs de photographes, et l’ami du narrateur lui apprend que sur le bateau se trouve Mirko Czentovic, champion mondial de jeu d’échecs.

Fils d’un batelier slave du Danube, dont les capacités avaient été tenues longtemps secrètes, Mirko avait été recueilli par le curé de son village à la mort de son père. Il avait eu beaucoup de difficultés à apprendre à lire et à écrire et se distinguait par son air absent et indifférent à tout, sauf aux échecs. Un soir, alors que le maréchal des logis jouait avec le curé, celui-ci est appelé auprès d’un mourant. Le maréchal proposa alors en plaisantant au jeune Mirko de terminer la partie. Mirko le bat en 14 coups, deux fois de suite, et bat également le curé à son retour – « Il avait un jeu lent, tenace, imperturbable, et ne relevait jamais son large front, penché sur l’échiquier. » Impressionné par son jeu, le curé l’emmène dans le village voisin pour un tournoi où Mirko perd uniquement la première partie, le temps de s’habituer aux règles. Puis, méthodiquement, il bat tous les meilleurs joueurs. Le comte Simczic, fanatique des jeux d’échecs, décide alors de financer le départ de Mirko pour Vienne, afin qu’il apprenne toutes les techniques du jeu. Le jeune Mirko bat tous les joueurs mais ne peut pas jouer une partie à l’aveugle, c’est-à-dire sans voir le plateau de jeu : « Il était absolument incapable de se représenter l’échiquier en imagination dans l’espace. » Sa logique implacable vient à bout de tous les joueurs les plus cultivés et les plus intelligents. Mirko n’est cependant intéressé que par l’argent que peuvent lui rapporter ses victoires aux échecs : hors de ce monde, il redevient le paysan rustre et sans culture.

Le narrateur se montre très intrigué par le personnage, mais son ami lui explique qu’il n’y a aucune chance pour qu’il puisse l’approcher ou lui poser des questions : Mirko Czentovic évite toute conversation avec quiconque. Le narrateur devient cependant obsédé par l’idée de discuter avec le champion : il le suit durant quelques jours pour voir comment l’approcher, et déduit que la seule façon de lui parler est d’engager avec lui une partie d’échecs. Pour ce faire, il s’installe avec sa femme devant une table de jeu et attire d’autres passagers qui ont également envie de jouer. Un ingénieur écossais, MacConnor, lui sert d’appât. Le narrateur et lui jouent quelques jours et finissent par attirer l’attention de Czentovic. Cependant, à peine celui-ci a-t-il jeté un œil sur le jeu qu’il s’en va – « Pesé et trouvé trop léger » pense le narrateur. MacConnor se sent vexé d’être considéré comme un mauvais joueur (un joueur de « troisième classe ») et cherche à obtenir une partie contre Czentovic en personne. Celui-ci répond assez sèchement qu’il ne joue que contre une rémunération de 250 dollars. MacConnor accepte, la partie est programmée pour le lendemain.

Czentovic joue donc le lendemain contre six joueurs moyens, dont MacConnor et le narrateur : ils sont tous battus en 24 coups. Malgré cette défaite cuisante, MacConnor demande une revanche : le narrateur comprend que la fièvre de gagner de MacConnor pourrait lui coûter tout son argent, surtout face à ce champion. Une deuxième partie commence. Au 7e coup, un inconnu retient MacConnor – « un homme d’environ 45 ans, au visage étroit et anguleux » – en lui expliquant que les neufs coups suivants vont lui être fatals s’il déplace son pion comme il s’apprête à le faire. Impressionné par la perspicacité de l’inconnu, MacConnor lui demande conseil : l’homme prend place derrière le plateau de jeu et lui explique le meilleur moyen d’obtenir une partie nulle. Les conseils de l’inconnu sont écoutés à la lettre et pour la première fois, Czentovic hésite avant de jouer, et s’arrête même pour tenter de comprendre qui s’oppose à lui avec une telle intelligence. Après six ou sept coups, Czentovic déclare à regret : « Partie nulle ».

Impressionné, Czentovic propose une troisième partie. MacConnor demande à l’inconnu de jouer seul contre le champion, mais l’homme refuse catégoriquement et s’enfuit. Czentovic reconnaît qu’il a été presque vaincu et déclare accepter une troisième partie le lendemain si l’étranger le veut. Le steward apprend aux joueurs que l’inconnu est autrichien mais personne ne connaît son nom. Le narrateur retrouve l’étranger sur le bateau pour lui demander d’accepter une nouvelle partie contre Czentovic. M. B. – cet homme est ainsi désigné – n’avait aucune idée de la célébrité de Czentovic. Déconcerté mais également étonné, il finit par accepter de rejouer à condition de raconter son histoire au narrateur.

M. B est issu d’une famille de notaires autrichiens qui s’occupait avant la guerre de gérer la fortune de nobles familles d’Autriche. À l’arrivée d’Hitler en Allemagne, les nationaux-socialistes ont placé des espions dans ces études de notaires afin de surveiller leurs transactions financières. Un commis peu important était chargé, secrètement, de surveiller la famille de M. B. Celui-ci est vite arrêté par la Gestapo qui veut obtenir des renseignements sur les familles riches et leurs biens. Pour ce faire, M. B. n’est pas emmené en camp de concentration mais dans une chambre d’hôtel particulière et surtout isolée, sans divertissement ni lecture. La porte est verrouillée en permanence – « Autour de moi, c’était le néant, et j’y étais tout entier plongé. » Le prisonnier ne voit que le gardien – « On n’avait rien à faire, rien à entendre, rien à voir. » Après 15 jours d’isolement, M. B. subit des interrogatoires répétés, puis il retourne systématiquement dans la chambre d’hôtel. Pour s’occuper, il tente de réciter dans sa tête les poèmes ou les passages de romans étudiés à l’école. Il reste quatre mois dans ce néant quotidien. Au fil des interrogatoires, le prisonnier sent que son cerveau est perturbé par l’enfermement et l’isolement, il ne parvient plus à parler calmement. Il en vient à vouloir avouer tout, trahir les siens, mais heureusement, le gardien n’entend pas son appel le soir où il craque.

Le 27 juillet, alors que M. B. attend pour un énième interrogatoire, il aperçoit un livre dans l’une des poches d’un manteau se trouvant dans la pièce où il attend. Après de nombreux efforts pour ne pas attirer l’attention du gardien, M. B. parvient à voler le livre et à le cacher dans son pantalon, juste sous sa ceinture, et à le dissimuler durant tout son interrogatoire. Une fois revenu dans sa chambre, il ne regarde pas tout de suite le livre qui l’a obsédé durant les dernières heures, et se plaît à imaginer son titre, son auteur, son genre. Une fois qu’il ne peut plus attendre, il sort le livre de sa cachette et se voit terriblement déçu : il s’agit d’un livre relatant 150 parties d’échecs, sans texte, avec des chiffres uniquement correspondant aux cases. « C’était, me semblait-il, une sorte d’algèbre dont je n’avais pas la clé. » Cependant, à force de lire les chiffres, M. B. comprend leur sens et tente de rejouer la première partie expliquée : il prend son drap quadrillé comme plateau de jeu et se sert de mie de pain pour modeler les pièces. Après quelques jours d’entraînement, il n’a plus besoin de pièces, puis supprime le drap. Il peut dès lors jouer toutes les parties dans son esprit uniquement, « à l’aveugle ». Heureux d’avoir vaincu le silence et le vide de sa chambre d’hôtel par l’apprentissage des échecs, il joue et rejoue toutes les parties.

Grâce à cette activité, l’esprit de M. B. semble se renforcer, et les interrogatoires lui paraissent moins difficiles. Il rejoue les parties pendant trois mois avant de recommencer à s’ennuyer. Il ne voit alors d’autres solutions que de jouer des parties contre lui-même : il doit alors faire l’effort de se dédoubler pour jouer dans chacun des camps. Son cerveau se dédouble en un « cerveau blanc » et un « cerveau noir » : l’activité devient alors dangereuse pour sa santé mentale car il se bat contre lui-même : « La passion de gagner, de vaincre, de me vaincre moi-même devenait peu à peu une sorte de fureur […] Cette monomanie finit par m’empoisonner le corps autant que l’esprit. » Ses crises de nerfs deviennent si violentes qu’un jour il se réveille dans une autre chambre : il s’agit d’une chambre d’hôpital. M. B. y a été emmené suite à une crise de folie alors qu’il était seul dans sa cellule. Sorti de sa chambre par le gardien, il s’est jeté contre une fenêtre et s’est blessé la main. Le médecin qui recueille M. B. dans son hôpital décide de le protéger de la Gestapo et obtient sa libération, si M. B. s’engage à quitter l’Autriche dans les quinze jours qui suivent. C’est pour cela qu’il se trouve sur le paquebot, sans connaissance de l’existence du champion d’échecs ayant embarqué avec eux. M. B. termine son récit en expliquant qu’il avait oublié que les échecs pouvaient se jouer avec un plateau de jeu physique, et pas seulement « à l’aveugle ». Il a un doute sur sa capacité à mener une véritable partie contre un adversaire réel, et veut mettre sa folie à l’épreuve. La dernière condition pour qu’il accepte de jouer est qu’il ne fasse qu’une seule et unique partie.

Le lendemain, les deux adversaires se retrouvent et une partie mémorable s’engage : beaucoup de passagers viennent les observer. Le narrateur déplore ses connaissances limitées en échecs : il aurait aimé reconstituer la partie après coup. La partie avance, et le champion, Czentovic, hésite de plus en plus, ses réflexions entre les coups deviennent interminables, ce qui irrite M. B. – « Il était évident qu’il calculait ses coups cent fois plus vite que Czentovic. » Au bout du 42e coup, alors que Czentovic peine à jouer et que M. B. devient de plus en plus impatient, M. B. annonce avec fulgurance qu’il a gagné la partie, et en effet, après de longues minutes de réflexion et d’anticipation de coups par Czentovic, celui-ci repousse de la main toutes les pièces du jeu d’échecs pour signifier la victoire de son adversaire. Le champion est vaincu. Tous les passagers sont émus et impressionnés.

Czentovic demande à M. B. de jouer une autre partie, ce qu’il accepte avec enthousiasme, oubliant que la folie peut le reprendre s’il fait une partie de trop. Le narrateur tente de raisonner M. B. mais celui-ci tient à engager une autre partie, accusant Czentovic d’être trop lent à jouer. « Entre les deux joueurs était née soudain une dangereuse tension, une haine passionnée. » La seconde partie s’engage. Czentovic remarque que M. B. est sensible à sa lenteur. Le temps d’intervalle entre deux coups est fixé à dix minutes, et Czentovic les utilise entièrement pour exaspérer son adversaire. Par deux fois, M. B. perd son calme et agresse verbalement Czentovic. Le narrateur se rend compte que M. B. a perdu tout sens de la réalité et joue d’autres parties d’échecs dans son esprit, puisque la partie en cours va trop lentement pour lui. Ainsi, au bout de quelques coups, M. B. annonce « échec au roi » alors qu’il n’a absolument pas gagné la partie. Czentovic met en évidence l’erreur de M. B. ; tout le monde peut constater que l’adversaire du champion s’est totalement trompé dans le placement des pions : en réalité il jouait déjà une autre partie dans sa tête.

Le narrateur attrape et pince M. B. pour lui rappeler de ne pas sombrer dans l’obsession ou dans la folie. Heureusement, M. B. revient à la réalité juste à temps pour s’excuser et promettre de ne jamais recommencer à jouer aux échecs – « les autres demeuraient là conscients d’avoir échappé à je ne sais quel désagrément ou même à un danger ». Enfin, une fois que la partie est officiellement finie, Czentovic reconnaît que M. B. est « très remarquablement doué. »

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