Le joueur d’échecs

par

Monsieur B.

C’est l’adversaire le plus redoutable de Czentovic aux échecs. Il est décrit comme un homme à la « pâleur étrange », au « teint presque crayeux. » et aux cheveux tout blancs, comme s’il avait vieilli prématurément. C’est lui qui vient sauver le narrateur, MacConnor et leur équipe de leur deuxième partie contre le champion du monde, en leur soufflant une tactique qui leur permettrait d’obtenir un match nul contre Czentovic.

M. B était avocat autrichien. Il travaillait avec son père en tant que Conseiller Juridique, à l’époque où l’Allemagne nazie cherchait à envahir l’Autriche. Les deux hommes œuvraient dans une discrétion totale, de peur de se faire identifier par la Gestapo contrôlée par Hitler. En effet, le travail de M. B représentait une réelle menace à l’annexion de l’Autriche par Hitler, comme M. B le raconte d’ailleurs au narrateur : « Lorsque ensuite Hitler arriva au pouvoir en Allemagne, et qu’il se mit à dépouiller l’Église et les couvents, diverses transactions et négociations se firent par notre moyen, de l’autre côté de la frontière, pour éviter au moins la saisie des biens mobiliers de nos clients ». Ceci démontre donc combien il était impliqué dans la politique de son pays, et c’est à cause de cela – après avoir été dénoncé par un espion nazi – qu’il a été torturé dans une « prison spéciale » .

M. B raconte qu’il a séjourné dans une prison d’isolement. Premièrement, c’était dans une chambre de l’Hôtel « Métropole », qui était également le quartier général de la Gestapo. Là-bas, les prisonniers étaient torturés psychologiquement par la méthode d’isolement : ils n’avaient accès à rien, leurs chambres n’avaient ni portes, ni fenêtres, ni lumière, rien pour indiquer le temps, encore moins pour indiquer toute autre présence humaine : « En créant autour de chacun de nous un vide complet, en nous confinant dans une chambre hermétiquement fermée au monde extérieur, on usait d’un moyen de pression qui devait nous desserrer les lèvres, de l’intérieur, plus sûrement que les coups et le froid. ». Ensuite, il a été transféré vers un autre cachot qui était encore pire que le premier, mais où il était toujours soumis au même genre de traitement : « On ne nous faisait rien – on nous laissait seulement en face du néant, car il est notoire qu’aucune chose au monde n’oppresse davantage l’âme humaine. » C’est dans cette deuxième prison privée que M. B tomber sur un livre d’échecs qui, pour lui, était l’atout idéal pour occuper son esprit qui déjà sombrait dans la folie après quatre mois d’inactivité : « Je voulus d’abord savourer toute la joie que me donnait la seule présence de ce livre, et je retardai à dessein le moment de le voir, pour le plaisir excitant de rêver en me demandant quelle sorte de livre je voulais que ce fût. » Cette déclaration montre que dans sa solitude et son ennui mental, M. B était à la recherche de stimlation. Mais après avoir lu, relu et étudié le livre d’échecs de fond en comble, il retombe dans cet ennui incontournable et passe pour un schizophrène. Il parle de manière inintelligible, en mentionnant les positions des pions de jeu d’échecs : c7, d2, etc. ; et finit par souffrir d’une crise nerveuse qui, non seulement le rend incontrôlable et agressif, mais le pousse à se jeter contre une fenêtre et à se faire une blessure qui le marquera à vie.

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