Le joueur d’échecs

par

La folie comme conséquence de l’isolement

La folie est également un thème majeur souligné dans Le Joueur d’Echecs. Ce thème est particulièrement mis en évidence à travers le personnage de M. B, et le contexte historique dans lequel se situe l’œuvre porte à croire que c’est la torture psychologique à laquelle cet ancien avocat autrichien était soumis qui le pousse à devenir fou.

M. B se confie au narrateur, et lui raconte son expérience pendant la guerre. Trahi par un de ses employés qui s’avérait être un espion nazi, M. B est capturé par la Gestapo qui l’assujettit (ainsi que d’autres captifs) à une torture psychologique sans pareil : l’isolement. Il est claustré dans une chambre hermétiquement fermée, dont la porte est fermée nuit et jour, et la fenêtre donne sur un mur sec. Séparé du monde et de tout, le prisonnier perd tous ses repères : « Autour de moi, c’était le néant, j’y étais tout entier plongé ». Là-bas, il n’a pas d’interaction humaine, pas d’activité qui pouvait stimuler ses sens, rien qui ne puisse l’occuper. Englouti par ce silence et ce vide, tout ce qu’il pouvait faire c’était attendre. Il ne pouvait même pas penser car ses pensées ne faisaient que se répéter dans son esprit. Le pire pour Mr. B, c’était de ne rien savoir : ni de ce qui se passait dans le présent, ni de ce qui se passerait le lendemain. Comme il le confie lui-même, il vivait « sans bien savoir si c’était la nuit ou le jour. », marchait « on ne savait pas où… sans savoir où on était ». Cet état de latence laisse germer un ennui détraquant dans l’esprit de M. B, à tel point que les interrogatoires de la Gestapo devenaient beaucoup plus acceptables que cette vie dans le néant : « L’interrogatoire n’était pourtant pas le pire. Le pire c’était le retour à ce néant, juste après, dans cette même chambre, devant cette même table, ce même lit, cette même cuvette, ce même papier au mur. »

Le cerveau de M. B avait soif de stimulation, de quelque chose à quoi penser. Son esprit ne pouvait rester vide, et à moins qu’il ne trouve quelque chose pour le divertir, l’oscillation de ses pensées autour de ses interrogatoires le conduirait à la folie. Ainsi, on comprend pourquoi lorsqu’il tombe sur ce livre d’échecs, il est en extase : « Un livre ! Mes genoux se mirent à trembler : un livre ! Il y avait quatre mois que je n’en avais pas tenu dans ma main, et sa simple représentation m’éblouissait. » A la vue du livre, M. B se sent soulagé : ses doigts « brûlaient jusqu’au bout des ongles », car il avait enfin trouvé une occupation pour son esprit. Mais à croire qu’il avait déjà partiellement sombré dans la folie, M. B essaie de jouer aux échecs en se servant de la couette de son lit comme échiquier, et de quelques mies de pain comme pions : « Grâce au ciel, je m’avisai que mon drap de lit était grossièrement quadrillé. Plié avec soin, il finit par faire un damier de soixante-quatre cases. {…}Puis je prélevai un peu de mie sur ma ration de pain et j’y modelai des pièces, un roi, une reine, un fou et toutes les autres. » Mais petit à petit, le jeu d’échecs devient la seule chose qui occupe l’esprit de ce prisonnier. Il y devient tellement attaché que dans ses rêves il voit des figures humaines qui se déplacent à l’instar des cavaliers et de la tour sur un échiquier ; et même lors de son audience il est incapable de se concentrer. Ayant été possédé par cette obsession pour le jeu, M. B devient incontrôlable, et passe pour un schizophrénique.

En somme, Le Joueur d’Echecs de Stefan Zweig est une nouvelle réalisée dans le contexte historique de l’occupation de l’Autriche-Hongrie par l’Allemagne nazie lors de la Deuxième Guerre mondiale. Dans cette œuvre, Zweig fait ressortir le jeu d’échecs comme un jeu de pouvoir, où le plus fort défie le plus faible ; métaphore assimilable à l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur La folie comme conséquence de l’isolement >