Le joueur d’échecs

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Stefan Zweig

Stefan Zweig est un écrivain anglais d’origine
autrichienne né à Vienne en 1881 et qui s’est suicidé à Petrópolis au Brésil en
1942.

La richesse de sa famille lui permet d’étudier
librement la littérature, la philosophie, l’histoire, selon ses inclinations.
La jeunesse de Stefan a pour cadre Vienne, alors capitale cosmopolite de
l’Empire austro-hongrois, et baigne dans une atmosphère propre à lui donner un
goût du voyage que l’écrivain entretiendra toute sa vie ; il parcourra
entre autres destinations l’Afrique, Ceylan, l’Amérique du Nord, les Indes ou
Cuba.

Curieux également des autres langues, Zweig
fut d’abord traducteur ; il transmet à l’allemand la poésie de son ami Émile
Verhaeren, et celle de poètes français : Baudelaire, Rimbaud, Verlaine. Il
entre d’ailleurs dans le monde des lettres comme poète lui-même avec Cordes d’argent (Silberne Saiten) en 1900 et Les
Guirlandes précoces
(Die frühen
Kränze
) sept ans après, où il s’inspire d’autres hommes de lettres
germanophones : Rainer Maria Rilke et Hugo von Hofmannsthal.

Le milieu éduqué de Vienne se rend alors en
grand nombre au théâtre où sont représentées des pièces de Gerhart Hauptmann ou
Hermann Sudermann ; le jeune écrivain se passionne pour cet art et se fait
dramaturge lui-même. Parmi une production de quelques pièces, Volpone (1927) se distingue, et c’est la
Première Guerre mondiale, qui le traumatise, qui donne une coloration antimilitariste
aux drames Jérémie (Jérémias) en 1916 et L’Agneau du pauvre (Das Lamm des Armen) en 1930.

La décadence de la société mise en valeur par
la guerre, sur laquelle l’auteur se veut lucide, se retrouve, passée par le
prisme de la psychanalyse freudienne, dans plusieurs de ses écrits des années
vingt et trente. En 1922, dans son roman Amok,
l’aspect destructeur de la passion est mis en valeur à travers le destin d’un
médecin allemand qui, après avoir connu une déception amoureuse, s’exile dans
les Indes néerlandaises où à nouveau, la rencontre d’une femme bouleverse sa
vie. Le titre établit un parallèle entre cette crise de folie typique de la
Malaisie et la réaction du médecin qui se jettera à l’eau avec le cadavre de
cette femme qui a eu recours à l’avortement et dont il souhaite préserver l’honneur
en lui évitant une autopsie.

Dans La
Confusion des sentiments
en 1927, nouvelle saluée par Freud, un professeur
de philologie se souvient de ses jeunes années ; à dix-neuf ans, il vivait
dans la fascination d’un de ses professeurs – enseignant lui-même la
philologie, grand admirateur de Shakespeare –, si bien que sa passion finit par
engendrer chez lui le malaise. Dans Vingt-quatre-heures
de la vie d’une femme
, nouvelle publiée la même année, une veuve anglaise assez
âgée, Mrs C…, tente d’aider un Polonais, ancien diplomate, dont elle vient de
faire la rencontre, et que détruit une addiction aux jeux de hasard. Celui-ci
finira par lui jeter au visage de l’argent malgré l’aide qu’elle lui aura
apportée, après qu’elle-même aura connu la frénésie de l’amok, en quelque
sorte, déambulant au milieu des salles de casino à sa recherche, sans plus de
contrôle sur elle-même. L’influence psychanalytique est palpable, et Gorki dira
n’avoir rien lu d’aussi profond.

Ainsi, dans ses œuvres de fiction, l’écrivain
cherche à faire affleurer les mécanismes de la conduite morale, en voulant
montrer, après Freud, combien la sexualité et les instincts priment parmi les
causes de nos comportements.

En tant que critique, il cherche à entrer en
conversation avec de grands hommes du passé qui se distinguent par leur
diversité, de Casanova à Dickens, de Mesmer à Hölderlin en passant par
Nietzsche, dans Trois Maîtres ou Trois poètes de leur vie. Dans La Lutte avec le démon (Der Kampf mit dem Dämon) en 1925, Zweig
réunit trois essais sur les écrivains Kleist, Hölderlin et Nietzsche,
considérés comme trois grands esprits solitaires ayant tous trois connu une fin
tragique : l’idéaliste Friedrich Hölderlin meurt fou dans la misère ;
Heinrich von Kleist commet le suicide, incapable de trancher entre les
impératifs de sa nature et ceux de sa raison ; Friedrich Nietzsche, autre
esprit reclus, meurt lui aussi fou. Zweig, adepte de la critique psychologique,
expose sa propre interprétation des destins des trois hommes, sur un ton
quelque peu grandiloquent mais aussi pittoresque, multipliant les images.

Une production parallèle de Zweig lui vaut
certains de ses plus grands succès ; elle concerne les biographies
romancées de Marie Stuart, Magellan, Fouché ou Marie-Antoinette, et illustre
l’attention de l’écrivain portée à l’humain, dans sa singularité, qui le sauve
du nihilisme avec lequel il a pourtant flirté.

C’est en 1940 que l’écrivain obtient la
citoyenneté britannique, après six années passées à Londres, initialement pour
compléter des recherches relatives à Marie Stuart. Il se fixe au Brésil l’année
d’après avant de se suicider quelques mois plus tard, désespérant de voir
sombrer l’Europe dans la guerre. Il s’empoisonne avec sa seconde femme après
avoir mis la dernière main à son autobiographie, Le Monde d’hier, dont le manuscrit, tapé par son épouse, est envoyé
à son éditeur la veille de leur suicide.

Dans les derniers mois de sa vie, Stefan Zweig
avait aussi écrit une nouvelle qui ne paraîtra que posthumément en 1943, Le Jour d’échecs, qui dit indirectement
la peur de Zweig face à la guerre et ses atrocités. Sur un paquebot, un homme
mystérieux fait sensation en se montrant capable de lutter, à l’occasion d’une
partie d’échecs, contre le grand champion Czentivoc. Il s’agira pour le
narrateur de percer à jour le parcours de l’inconnu M. B., passé entre les
mains des nazis, ayant connu un long isolement où au bord de la schizophrénie, il
se mit, après avoir appris cent cinquante parties de maîtres internationaux
grâce à un ouvrage qu’il a volé, à jouer aux échecs contre lui-même.

Zweig conserve l’image d’un écrivain qui, concentré
sur les similitudes entre les œuvres de Freud et de Nietzsche, a voulu, à
travers ses récits psychologiques, exposer la fatalité du lien entre le moi des
personnages et le caractère impérieux et inconscient de leurs pulsions.

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