Le Journal d'une femme de chambre

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Illustration pathétique de la classe bourgeoise

Les Lanlaire : même leur nom de famille est grotesque. Ils justifient leur fortune injustifiable par les investissements de leurs parents. Mais comme le dit Célestine qui aurait tout vu et tout entendu – ils auraient peut-être commis le pire. Les bourgeois sont présentés sous leur pire jour, des hommes pervers et infidèles aux femmes amorales et vénales. Les exemples sont nombreux, tout le roman semble à ce point de vue être une suite d’études de cas de la décadence morale et sexuelle de ceux que le rang social couvre d’une présomption systématique de bonne mœurs.

Citons le cas de madame de Tarves qui rentre des réunions de ses œuvres de charité, de ses sociétés de bienfaisance ou de ses comités religieux avec les « dessous défaits, le corps tout imprégné d’une odeur qui n’était pas la sienne ».

Le thème de la fausseté de la bourgeoisie est partout présent dans l’œuvre. Les personnages dépeints n’ont de noble que l’apparence qu’ils présentent à leurs semblables. Le fait qu’ils négligent de montrer une image plus digne à leurs serviteurs témoigne subtilement du manque d’égards qu’ils leur manifestent. Ils ne pensent pas à se soucier de l’avis des domestiques, car l’avis d’un domestique n’est d’aucune importance. « Ah ! dans les cabinets de toilette, comme les masques tombent !… Comme s’effritent et se lézardent les façades les plus orgueilleuses !… »

Mirbeau dénonce également le travail domestique comme une forme d’esclavage moderne. Il l’illustre par ces propos de Célestine : « On prétend qu’il n’y a plus d’esclavage… Ah ! Voilà une bonne blague, par exemple… Et les domestiques, que sont-ils donc, sinon des esclaves ?… »Ainsi, madame de Tarves qui se comporte avec Célestine avec politesse et qui semble charmante attend de cette dernière qu’elle couche avec son fils.

« Oui… oui… disait la cuisinière, allez toujours… C’est la fin qu’il faut voir. Ce qu’elle veut, c’est que vous couchiez avec son fils… pour que ça le retienne davantage, à la maison… et que ça leur coûte moins d’argent, à ces grigous… Elle a déjà essayé avec d’autres, allez !… Elle a même attiré des amies chez elle… des femmes mariées… des jeunes filles… oui, des jeunes filles… la salope ! »

Néanmoins, il n’essaie pas d’attendrir l’image de la classe de prolétaires ; les servants qui sont exploités sembleraient être idéologiquement aliénés : « D’être domestique, on a ça dans le sang… » Il montre également comment certains de ces domestiques trouvent une certaine normalité à cette situation. C’est l’exemple de la cuisinière qui recommande à Célestine de ne pas se gêner et de songer à bien les « faire casquer ». La révolte ou le dégoût à l’idée de devoir se prostituer fait place à l’idée de tirer une minuscule vengeance en se faisant payer à prix d’or.

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