Le Journal d'une femme de chambre

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Résumé

Le Journal d’unefemme de chambre donne la parole àune soubrette qui au récit de sa vie de servante joint ses commentaires surl’enfer social de la société française de la fin du XIXe siècle.Très subversif, cet ouvrage offre une satire sociale ainsi qu’une lourdecritique du monde des nantis, ainsi qu’une vue crue de la condition desdomestiques.

 

14 septembre

         MlleCélestine, femme de chambre, arrive dans sa nouvelle place en province dans unlieu dit le Prieuré, chez les Lanlaire. C’est la deuxième fois qu’elle vient enprovince, la première ayant été un désastre, chez un homme obsédé par sesbottines – « C’est moi qui vouscirerai vos bottines… nos petites bottines, nos chères petitesbottines… » – et qui meurt rapidement après son arrivée chez lui.Ses nouveaux maîtres ne lui plaisent guère et ils ne lui ont pas même offert àmanger à son arrivée. La dame, vieille provinciale, lui dit lourdement, devantchaque objet, d’y faire très attention. Elle rencontre ensuite Monsieur,décontenancé par son arrivée, qu’elle commence à séduire. Célestine fait denombreux commentaires sur sa fonction, sur le plaisir qu’elle prend à percerles vraies natures de ses maîtres quand elle sert à table, ou quand elle aidesa maîtresse à se déshabiller. Les deux autres domestiques ont l’air d’être des« paysans abrutis », quilui reprochent de venir de Paris et la traitent de haut.

 

15 septembre

         Sasortie en ville lui permet d’apprendre de multiples choses sur les gens qu’elleva servir : la mercière est une source d’informations intarissable. Le père deMonsieur a fait de la prison, et celui de Madame était esclavagiste. Le ménageéconomise sans cesse, malgré leur richesse, et Madame règne d’une main de fersur la bourse, que son mari ne peut jamais toucher. À lui, la ville luireproche simplement de se faire mener à la baguette. Célestine apprend aussique Madame refuse de dormir avec son mari et qu’elle fait des scènes terriblesdès qu’elle apprend qu’il a été généreux envers un pauvre.

         Célestineest déçue de sa place : Madame lui refuse la fonction pour laquelle elleest normalement destinée – c’est-à-dire l’habillement. Pourtant, elle aime voirl’intimité de ses maîtresses, et repense à l’une d’elles qui avait un corpsavachi et qui lui demandait sans cesse son approbation sur sa beauté. Enparallèle, Monsieur commence à lui faire des avances.

 

18 septembre

         Pourse distraire, Célestine va ce dimanche matin à la messe. Elle rencontre sur lechemin la domestique des voisins, Mlle Rose, qui la présente à tous les gens deleur condition du village. Elle lui propose de faire parvenir ses lettres chezelle, car Madame Lanlaire les lit en cachette. Elle lui dépeint à nouveau leménage dans lequel Célestine est arrivée : une maîtresse difficile et un maître qui court les jupons et engrosseses bonnes. Mlle Rose est la domestique du capitaine Mauger, le voisindes Lanlaire.

La messe de province est pour Célestine d’unennui mortel : aucune belle toilette ne peut y être admirée pour fairepasser le temps. Après l’office, Mlle Rose l’amène chez l’épicière, où lespotins recommencent à fuser. En sortant, Célestine apprend que c’est iciqu’elle peut s’adresser si Monsieur l’engrosse, pour se débarrasser en toutediscrétion de l’enfant. Une fois rentrée, Madame la réprimande pour avoir missi longtemps à rentrer de l’église.

 

26 septembre

         Madamel’épuise, elle sonne sans arrêt pour la faire venir pour des broutilles.Célestine commence à se sentir mal, et a de fréquents vertiges que MadameLanlaire ignore et méprise. Elle repense à une de ses places, où elle passaitses journées dans la lingerie à jouer avec les autres bonnes et les valets.

         Monsieurest, lui, très gentil, mais sa gentillesse le perd, et il cause descatastrophes alors même qu’il veut se montrer généreux. Sa femme lui reproche sanscesse la familiarité qu’il montre avec les gens de rang inférieur :Célestine est, sur ce point, d’accord avec sa maîtresse. Il jardine trèssouvent, et c’est dans le jardin qu’il commence à lui faire des avances de plusen plus osées. Les descriptions grotesques qu’en fait Célestine sont cocasses.Il lui avoue enfin son désir, mais elle le repousse. En repartant, elle hésitepourtant : elle ne l’aime pas, mais elle aime la joie qu’elle procure àl’autre quand elle donne son corps. Et puis, elle aimerait faire un sale coup àMadame.

         Célestineva rendre visite à Mlle Rose, dont le maître est brouillé avec les Lanlaire.Devant l’amour qu’il porte à son furet, elle est prise d’une idée infernale, etle met au défi de le manger, ce qu’il fait. Honteuse, elle repart, se demandantla raison de son acte.

 

28 septembre

         Célestineapprend que sa mère est morte. Elle ne l’aimait pas beaucoup, car elle étaitalcoolique et l’avait laissée dans la rue très jeune livrée à elle-même. Ellerepense alors à son enfance, à la perte de sa virginité à dix ans puis à sa vieadolescente, réfugiée chez les Petites Sœurs de Pontcroix.

 

1er octobre

         Pendantque Monsieur prend son bain, Célestine décide de le provoquer en rentrantbrusquement dans la salle d’eau. Nu, stupéfait, l’homme retourne calmement àses ablutions, sans avoir tenté de lui soulever les jupons. Les époux parlentun soir de Célestine : Madame donne expressément son autorisation pour qu’ilait une aventure avec elle, mais seulement si cela ne lui coûte pas d’argent.En entendant cela, Célestine repense à toutes ses liaisons avec ses maîtres. Àces liaisons s’ajoutaient les cachotteries de ses maîtresses, qui cachaientchez elles des livres érotiques ou des objets sexuels.

         Lesoir, Célestine commence à parler avec les autres domestiques. Joseph, lejardinier, livre ses opinions antisémites – nous sommes en pleine affaireDreyfus – alors que la cuisinière, Marianne, parle de ses menus larcins.

 

6 octobre

         Le froid et lamonotonie rendent la narratrice sombre. Elle est lasse de cette vie et desincessantes tentatives de séduction de son maître. Elle repense à un amourqu’elle a vécu quand elle était dans une place chez une vieille dame : elledevait s’occuper du petit-fils poitrinaire, dont elle est tombée amoureuse. Ilpartageait ses sentiments mais l’agitation de leurs ébats l’a perdu et il estmort dans les bras de Célestine, au lit. Après avoir caché les conditions de lamort, elle a quitté sa place, se sentant honteuse de son crime indirect. Elleest ensuite souvent venue déposer des fleurs sur la tombe du malheureux.

 

25 octobre

         Elle vient derecevoir une lettre d’un valet qu’elle a aimé, lettre « bien sèche »de cet homme qui a réussi à rester chez une comtesse, où ils se sont rencontrés.Cette nouvelle la fait s’interroger sur son incapacité à rester dans une placeplus de six mois. En parallèle, elle désespère dans cette province où rien nese passe. Le dimanche, Célestine va jusqu’à fréquenter l’épicière faiseused’ange, par ennui. Elle y apprend le viol et le meurtre ignoble d’une petitefille de douze ans, Claire, dans les bois : les langues perfides desdomestiques de la ville accusent M. Lanlaire. Sur le retour, Mlle Rose l’abordepour lui rappeler les services que dispense l’épicière en cas de grossesse nonvoulue, et insinue des relations entre Célestine et son maître : cette dernièrela quitte fâchée.

 

28 octobre

         Le domestiquemasculin du Prieuré, Joseph, intrigue au plus haut point Célestine. Antisémite,renfermé, il n’est pas comme les autres valets qui se vantent et parlentbeaucoup pour se faire valoir. Il appartient aussi à un type de « mâle »qui perturbe la jeune femme. Fort, il lui fait peur.

         Célestine continue depenser au viol de la petite fille : sa maîtresse soupçonne son mari et le surveille ;la domestique, elle, se pose peu à peu des questions sur Joseph, et commence àl’interroger. Elle se bute alors à son mutisme détaché. Mais sa manière detorturer les animaux quand on lui demande de les tuer lui donne la certitude desa culpabilité. Malgré tout, Joseph l’aime bien et commence à s’ouvrir un peuplus à la femme de chambre : ils vont jusqu’à parler. Il lui propose alors àdemi-mots de se marier, même s’il est laid. Célestine, elle, n’est pasdégoûtée, ce qui l’horrifie puisqu’elle est persuadée qu’il est le meurtrier dela petite fille.

 

3 novembre

         Célestine voit avecplaisir apparaître le nom d’un de ses anciens maîtres dans le journal, VictorCharrigaud, qui a fait paraître un ouvrage. Elle repense avec nostalgie à cettemaison, aux dîners mondains, aux mesquineries de ce monde et à la difficulté dese faire un nom dans ces milieux.

 

10 novembre

         On apprend quel’affaire du viol de Claire a été classée, tandis qu’au Prieuré, les hostilitéscontinuent avec le voisin, le capitaine, lequel lance des pierres dans lejardin des Lanlaire. Joseph, de son côté, presse Célestine pour un possiblemariage : il veut acheter un café à Cherbourg, et y ouvrir un commerce avecelle. Mais cette dernière a peur de lui, et lui avoue qu’elle pense qu’il aviolé Claire. Joseph ne répond rien, et la rassure sans vraiment nier.

         Une histoire comiqueparaît dans le journal, qui amuse beaucoup Célestine, et qu’elle retranscritdans son journal. Une sœur aurait remarqué un « homme tout nu » dansl’église, et vient en référer, choquée, au Doyen. Celui-ci est offusqué,jusqu’à ce qu’il comprenne qu’elle parle d’une statue, qui est en pleineérection. Il vient la nuit avec elle pour qu’elle lui montre ce sacrilège, etdétruit la partie un peu trop saillante, qui tombe dans la rue. Là, une dévotele ramasse, et pense que c’est une relique. Elle lui voue un culte, jusqu’à cequ’on lui révèle ce que le morceau de pierre représentait réellement.

 

12 novembre

         Célestine pense à M.Xavier, qui était le maître d’une des maisons dans laquelle elle a servi, où lafamille était très étrange. La maîtresse était une femme capricieuse, et le pèrede M. Xavier était un vieux Don Juan, qui lui donnait des revues très légères àlire. Célestine finit par avoir une relation avec le maître, qui la traite à lafois comme une « bête d’amour » et une « bête de servage ».Sa maîtresse devient méchante avec elle, et elle est renvoyée après avoirrefusé de se donner au grand-père.

 

13 novembre

         Après avoir étérenvoyée de cette maison, elle va trouver refuge chez les bonnes sœurs, quitiennent une sorte de maison de placement, où les gens qui viennent embauchersont souvent des familles sérieuses. La promesse d’avoir une belle place estpourtant assombrie par la cupidité des sœurs, qui ne placent que celles qui neleur servent à rien. Célestine réfléchit alors sur la pureté des domestiques, etleur réputation de débauchées. Elle finit par se lasser de cette maison, etveut partir : les bonnes sœurs refusent de lui laisser ses vêtements et samalle, car elle leur doit de l’argent. Célestine les menace de révéler ce quise passe dans les dortoirs la nuit, ainsi que leur responsabilité dans toutcela. Les sœurs la laissent alors partir.

 

18 novembre

         Mlle Rose est morte,et Célestine tente de voir comment le capitaine se porte. Ce dernier n’est pasému, il est plutôt soulagé de la disparition de sa gouvernante, qui avait prisses aises et qui régnait en tyran dans la maison. Il lui demande alors, pour faireenrager ses voisins ennemis, si elle veut venir la remplacer. Célestine sesauve pour s’empêcher de lui rire au nez. Ces deux perspectives d’avenir quilui sont proposées – entre le capitaine et Joseph – la font réfléchir sur sacondition. La proposition du capitaine est évidemment rejetée, mais elle hésitepour celle de Joseph : il l’obsède.

Joseph achète le café et donne pendant quelques mois à un de sesamis la mission de le repeindre. Il avoue son amour à Célestine, qui l’assurede sa réciprocité : elle aussi partage ses sentiments, et veut se donner àlui. Il refuse, voulant d’abord officialiser la chose devant un prêtre.

 

20 novembre

         La cuisinièreMarianne va mal : elle a peur d’être tombée enceinte de Monsieur. Célestine apitié, et pense à Joseph qui est parti pour Cherbourg. Elle s’introduit dans sachambre pour essayer de mieux le connaître, mais même dans ses objets, il resteimpénétrable. Elle revient alors à l’évocation du moment où elle est partie dechez les bonnes sœurs, et où elle revient dans l’enfer des bureaux deplacement. Elle décrit la diversité des gens qui y passent, tant chez lesmaîtres que chez les domestiques, le danger que représentent ces femmes quipromettent de bonnes places pour attirer dans leurs filets les jeunes et naïvesdomestiques. Elle assiste à des scènes horribles, des vexations et croisent desdestins misérables.

 

24 novembre

         Célestine s’inquiètecar elle ne reçoit aucune nouvelle de Joseph. Elle repense à la maison où ellea travaillé, après le bureau de placement : elle avait décidé d’arrêter d’êtretrop franche ou spontanée, pour pouvoir y rester longtemps. Le valet dechambre, William, était charmeur et lui a plu tout de suite. Il était friand decourses et Célestine se rappelle les histoires de jockey qu’il lui racontait.Ses maîtres appartenaient au grand monde parisien, et la maison était correcte: ce fut une place en or. Hélas, alors qu’ils se disputaient une énième foispour un sujet futile, Célestine fit l’erreur de rire devant le ridicule de lachamaillerie, et se fit renvoyer. Elle regrette de ne pas avoir su secontrôler, tant la place était bonne. William, lui, l’a vue partir sans setroubler. C’est alors que Célestine en a assez de raconter sa vie et décided’arrêter son journal. Joseph est, de son côté, sur le chemin du retour, luipromettant un bel avenir.

 

Après un silence de huit mois, Célestine écrit que Joseph et elle ontquitté le Prieuré depuis trois mois. Elle se plaît à Cherbourg où ils se sontmariés. Avant qu’ils ne partent, l’argenterie du Prieuré a été volée. L’enquêtea porté d’abord les soupçons sur Joseph – dont Célestine aussi doute de l’innocence– puis sur elle. Mais ils partent tous deux, en abandonnant leurs maîtres avecleurs déboires. À Cherbourg, Joseph et Célestine forment un mariage uni.

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