Le lys dans la vallée

par

La force de la religion

Balzac explique dans son œuvre, la force de la religion qui habite certains de ses contemporains, nécessaire pour comprendre l’étude de mœurs qu’il s’attache à livrer. En effet, la religion joue un rôle très important dans le roman. Ancrée en la personne d’Henriette de Mortsauf, elle y est même exacerbée, élevée jusqu’à la perfection absolue, jusqu’à la quasi-canonisation du personnage. La foi de la comtesse va l’accompagner tout au long de l’histoire, dès que le lecteur la découvre jusqu’à sa délivrance par la mort.

Ainsi, quand nous rencontrons Henriette, elle est déjà élevée au rang de sainte, mais de sainte dans la pureté de son dévouement, de sa fidélité envers sa famille. Elle ne fait pas partie des femmes les plus heureuses de leur maternité, affirmant avoir « acheté le droit de souffrir » avec leur venue au monde, de par la maladie de ceux-ci. La comtesse est cependant convaincue que cette épreuve que constituent des enfants malades est nécessaire pour qu’elle accomplisse son purgatoire sur terre et que cette tâche à laquelle elle se dévoue corps et âme est finalement un bien en ce qu’elle en ressortira purifiée. Sa conception de la religion parvient donc à lui faire accepter chaque mal, chaque inconvénient de la vie comme étant bénéfique à son salut et au bien de son prochain.

Après sa rencontre avec Félix, elle se retrouve confrontée à une nouvelle épreuve spirituelle. La quête de pureté qu’elle s’efforce de suivre avec vertu et droiture morale est mise à rude épreuve. Cependant, Henriette ne faiblit pas et parvient à rester fidèle à sa foi, considérant l’amour de Félix comme une épreuve supplémentaire. Elle devient donc, de sainte dévouée à sa famille, martyre des affres de l’amour. Le manque d’épanouissement sexuel dont elle est la victime trouve donc un exutoire dans la foi à laquelle elle s’offre en entier, dans une sorte d’extase divine voisine de la jouissance sexuelle, ce qui constitue un plaisir purificateur pour elle. Elle expliquera même à Félix que la privation est finalement un étape nécessaire à son salut, « Nous devons passer par un creuset rouge avant d'arriver saints dans les sphères supérieures ». Elle accepte la souffrance car, sachant que celle-ci engendrera une lutte dont elle sortira vainqueur, celle-ci sera bénéfique.

La mort d’Henriette a donc quelque chose de divin, d’accompli, d’achevé. Il s’agit de la consécration du combat de la mère de famille, amante et épouse : ayant été torturée, écartelée entre diverses sources de désirs et de tentations, elle sort victorieuse, triomphante, morte de son désir inassouvi et trouve finalement une canonisation, une apothéose à sa joie de croire en Dieu, dans son trépas.

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