Le lys dans la vallée

par

Pureté et corruption dans l’œuvre de Balzac

Honoré de Balzac oppose, dans le Lys dans la Vallée, deux formes d’amour étroitement liées à deux formes de morales, l’une et l’autre toutes deux bien distinctes.

En effet, ces deux conceptions sont incarnées respectivement en les personnages de la comtesse de Mortsauf et de lady Arabelle Dudley. En effet, Honoré de Balzac a prêté dans son œuvre une attention toute particulière aux femmes, qui constituent les personnages centraux autour desquels gravite l’action. Chacune de ses femmes incarne une conception différente de l’amour, qui, bien qu’en apparence inconciliables l’une et l’autre, parviennent pendant un temps à combler la personne de Félix de Vandenesse qui trouve comme une sorte d’équilibre en ces deux femmes contraires qui se le partagent sans le savoir.

Lady Dudley représente donc le côté charnel de l’amour. Sa vie est associée au faste des mondanités, à la vie au grand jour, au célibat assumé et lui offrant une liberté pleine et entière. Ainsi, n’ayant aucune attache spirituelle ou matrimoniale, elle peut donner libre cours à ses envies, à ses désirs, sans se préoccuper de l’opinion d’autrui. Débarrassée du carcan social dans lequel sont endiguées les femmes mariées et les jeunes filles encore protégées par l’éducation de leur mère, lady Dudley abat toutes les barrières de la morale, jette son dévolu sur Félix, fait de sa résistance un objet de jeu et de désir supplémentaire et enfin accomplit le fruit de ses envies en enchaînant le vicomte dans une relation corporelle dont elle sait détenir le monopole.

La symbolique de la femme-succube est représentée chez Balzac par l’utilisation de la mondanité, de la vie citadine : en effet, lady Dudley vit dans la capitale, elle est entourée d’illustres figures et fait partie d’un monde d’apparences et de visibilité. Félix s’éprend d’elle pour son côté charnel, présent, la réalité de son être et de sa chair. Avec elle, il peut se perdre dans un désir purement physique, purement humain, qui comble le manque sexuel dont il souffre avec la comtesse de Mortsauf. Mais cette apparente plénitude n’est qu’une façade puisqu’il retournera, avec le sentiment de s’être perdu en chemin, aux côtés de la comtesse qu’il aime toujours passionnément.

Celle-ci, en l’occurrence, est la figure antithétique par excellence de lady Dudley. Forte dans ses convictions et dans sa vertu, elle est cependant la fragilité incarnée quant aux émois qui traversent son cœur. Lorsqu’elle apprend la trahison de son amant, elle se met à dépérir et meurt d’amour dans les bras de Félix, sans jamais abandonner sa vertu. Malgré son manque total d’amour pour son mari, elle s’occupe de lui avec dévotion pour tenter de lui rendre un sourire inexistant. C’est donc un effacement total d’elle-même devant les autres dont elle fait preuve. Elle vit recluse à Clochegourde, dans l’ombre de sa famille qui pèse sur son existence. A l’inverse de sa rivale, elle s’enferme, préférant vivre à l’écart du monde que de céder à la tentation de délaisser son devoir de femme et de mère honnête et pieuse.
Elle est associée au lys, fleur blanche, symbole de pureté par excellence mais également de mort précoce et de fragilité. En effet, elle s’éteint dans toute sa beauté lorsque Félix se rend à son chevet, heureuse dans la mort d’avoir conservé sa vertu intacte.

Pureté et corruption s’incarnent donc dans la confrontation de ses deux modèles féminins, citadine et champêtre, visible et dissimulée, charnelle ou spirituelle.

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