Le lys dans la vallée

par

Une triple éducation

Si Félix de Vandenesse côtoie, lors de son parcours, trois femmes différentes, Balzac en profite donc pour nous montrer les différentes facettes, chacune exacerbée à sa manière, d’un parcours initiatique que tout homme se doit d’accomplir.

Au début du roman, le jeune aristocrate n’est rien aux yeux du monde, ni de lui-même, ni de sa famille. Ce n’est que par l’intervention successive des femmes qui l’aiment qu’il va parvenir à se construire, à rassembler par le biais de ces trois maîtresses les éléments qui feront de lui un homme complet.

Au départ, Félix de Vandenesse est innocent, candide et ses préoccupations ne sont guère plus recherchées que de briller dans ses études, car il s’agit là de la seule entreprise qu’il a menée à bien. Alors, il rencontre la comtesse Henriette, et celle-ci lui apprend l’amour spirituel, la passion de la beauté et de la féminité. Il goûte au plaisir spirituel que celle-ci tente de lui inculquer en se dévouant uniquement à ses devoirs de mère de famille et d’épouse, mais parvient à éveiller en lui, par le manque et la naissance du désir charnel, qu’au départ il ne peut pas reconnaître, l’envie de la chair.

Terriblement incompétent en la matière, c’est donc dans les bras de lady Dudley qu’il va trouver l’éducation charnelle qui lui manquait. Celle-ci lui offre un monde totalement inconnu pour lui, qu’il n’a jamais pu appréhender que par le manque de désir de quelque chose qui demeurait interdit, blâmé, diabolique. Cependant, la découverte de ce bonheur le comble tout entier au niveau corporel. Le vicomte avoue être totalement enchaîné, dépendant de cette nouvelle forme d’extase purement charnelle qu’il découvre et finit même par trahir sa pensée, expérimentant alors la corruption et le mélange de désirs contradictoires qui naît lors de la découverte de quelque chose d’alors inconnu et de la comparaison avec ce qu’on a toujours eu l’habitude de faire « Souvent lady Dudley, comme beaucoup de femmes, profitait de l'exaltation du bonheur, pour me lier par des serments ; et, sous le coup d'un désir, elle m'arrachait des blasphèmes contre l'ange de Clochegourde. ». Il découvre alors comment les sentiments peuvent s’emmêler, s’embrouiller au point qu’on ne puisse plus discerner le vrai du faux.

Toutefois, la brève réponse à sa lettre de Natalie de Manerville achèvera de parfaire son éducation. Elle le lui affirmera elle-même, lui montrant l’irrévocabilité de sa situation et lui apprenant ainsi que le retour en arrière n’est pas quelque chose de possible « Permettrez-moi d’achever votre éducation […] Mon ami, car vous serez toujours mon ami, gardez-vous de recommencer de pareilles confidences qui mettent à nu votre désenchantement, qui découragent l'amour et forcent une femme à douter d'elle-même. ». En mettant fin à sa liaison avec le comte, Natalie lui montre ainsi qu’une femme n’a pas besoin de connaître les sentiments que son amant a pu avoir avec d’autres, et du même coup, rejette tous les principes de spontanéité et de fidélité que Félix a cru acquérir auprès des deux femmes précédentes.

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