Le Monde perdu

par

Le bestiaire du Monde perdu

La diversité de la faune vivant dans le« monde perdu » révèle une grande connaissance du monde préhistoriquede la part de Conan Doyle. Celui-ci nous présente ainsi toute une palette dedinosaures, agrémentant son roman de croquis et de dessins de ceux-ci.

Cette portion vierge d’Amérique du Sud où lesquatre aventuriers se retrouvent est le terrain de chasse et d’habitat desderniers survivants d’une ère ancienne. En effet, parmi les lamantins, lestortues et divers reptiles contemporains, nous découvrons en même temps queMalone que les recherches du professeur Maple White, ayant précédé Challenger,lui ont révélé l’existence de stégosaures dans cette contrée.

Le stégosaure, selon le croquis de Maple White,répondrait à une description qui correspond bien à ce qui semble avoir été lamorphologie de cet animal : « Latête ressemblait à celle d’un oiseau, le corps à celui d’un lézard bouffi, laqueue traînante était garnie de piquants dressés en l’air, et le dos voûtéétait bordé d’une haute frange en dents de scie analogues à une douzaine defanons de dindons placés l’un derrière l’autre. Face à cette créatureinvraisemblable se tenait un ridicule petit bout d’homme, sorte de nain à formehumaine, qui la regardait. » Ce nain n’étant autre que l’un desmembres de l’expédition de Maple White, nous pouvons aisément nous imaginer lataille approximative du dinosaure en question. L’intérêt pour l’auteur de fairedécouvrir de tels animaux à son lecteur et à son personnage principal réside ence que ni l’un ni l’autre ne les connaissent réellement : Conan Doyle faitainsi partager la découverte de l’un en même temps qu’à l’autre et crée ainsiun reflet de la stupéfaction de Malone chez le lecteur qui peut ainsis’identifier à lui.

Une fois personnages et lecteur parvenus dansle monde perdu, il s’avère que de nombreux autres dinosaures peuplent enréalité cette portion de terre. Lorsque l’expédition essuie une attaque deptérodactyles, il devient manifeste que l’auteur nous a précipités dans unmonde définitivement peuplé de nombreux dinosaures – ichtyosaures, iguanodonset leurs homologues aquatiques sont donc révélés peu à peu au cours del’expédition, tous décrits avec soin, comme si Conan Doyle se faisait porteurd’une vérité qu’il est le seul à connaître.

L’auteur cependant tend à verser dansl’anachronisme, et à confondre préhistoire et tout ce qui précèderait, de prèsou de loin, notre ère ; en effet, aux côtés des dinosaures vivent d’autresespèces animales qui existent de nos jours, ou qui ont une existence beaucoupplus proche de la nôtre. C’est le cas pour le phororacus, une espèce ailée déjàbeaucoup plus évoluée que ses ancêtres ptérodactyles, ou encore le toxodon,cousin de l’hippopotame. Doyle pousse même l’amalgame au point de présenter desespèces contemporaines de taille démesurée, comme un cerf géant ou des mitesgigantesques.

« Au-dessusde ce panorama de l’obscène vie reptilienne, perchés chacun sur une pierre,grands, gris, desséchés, ressemblant plus à des cadavres qu’à des créaturesvivantes, se tenaient les mâles ; ils étaient immondes ; ils gardaient uneimmobilité parfaite, sauf quand ils faisaient rouler leurs yeux rouges ou quandils claquaient leurs becs semblables à des pièges à rats si une libellulepassait à leur portée. Leurs ailes immenses, membraneuses, se repliaientlorsqu’ils croisaient leurs avant-bras. Ils étaient assis comme de gigantesquesvieilles femmes enveloppées dans des châles couleur de palme, et dont la têtehideuse aurait émergé au-dessus de ce paquet. »

Mais la véritable étrangeté de son bestiaireest la présence d’hommes-singes : inclure dans une faune oscillant entrefantastique et préhistoire les ancêtres de notre espèce fait légèrement perdreen crédibilité le témoignage de Doyle par le biais de Malone. L’effet créé tendà diminuer l’impression de fidélité que l’auteur attache à la représentationdes espèces de dinosaures.

 

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