Le Nœud de Vipères

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Résumé

Comme dans nombre d’autres œuvres de François Mauriac, l’intrigue, qui sedéroule entre les années 1890 et les années 1930, s’inscrit dans le cercle dela haute bourgeoisie de la région bordelaise. En l’occurrence, Louis, lenarrateur, est un brillant avocat inscrit au barreau de Bordeaux. Âgé desoixante-huit ans, souffrant d’une angine de poitrine, grand malade incurable,il prend la plume pour écrire à sa femme Isa une pénible confession, celle d’unhomme détesté des siens et qui nourrit à leur égard une haine farouche.

Au fil des pages, Louis se décrit sans complaisance, et il fait aussi leportrait de sa femme dont il pense qu’elle l’ignore depuis des années. Il regardeenfin l’homme qu’il est. D’abord conçu comme une lettre à Isa dans sa premièrepartie, le roman devient journal intime dans sa deuxième, jusqu’à ce que lamort interrompe la plaidoirie pro domo de l’avocat. L’œuvre se conclutpar une lettre écrite par Hubert, son fils, à sa sœur Geneviève, lettre quicommente sottement le journal de son père sans en avoir perçu la profondeur ;et par une lettre de Janine, la petite-fille de Louis, qui prend sa défense ettémoigne de l’authentique conversion du vieil homme à la foi chrétienne.

 

         La lettre que Louis adresse àson épouse Isa évoque d’abord la joie malsaine que le vieil homme éprouve enimaginant la déception de ses héritiers à sa mort. En effet, il compte lespriver de sa fortune et qu’ils attendent avidement. Pourquoi cette haineréciproque ? Louis se raconte, se décrit sans fard, depuis son enfance depetit-fils de paysans, élevé par une mère qui l’adore et le couve, une enfanceaustère vouée à la seule étude et sans amis, et poursuit le portrait jusqu’àaujourd’hui où il n’est plus qu’un vieillard.

Après son enfance, vient l’aisance, et cela grâce à la vie d’économies quesa mère lui fait mener, et puis l’éblouissement : une jeune fille leregarde, lui, le garçon sans grâce. C’est Isabelle Fondaudège, fille d’uneriche famille bourgeoise de Bordeaux qui semble voir d’un bon œil l’union desdeux jeunes gens. La cour, puis les fiançailles, puis le début de la viecommune seront les seuls mois de bonheur dans la vie de Louis, qui découvre quela jeune fille a été poussée dans ses bras par sa famille qui craignait de nepouvoir la marier. Le cœur de Louis se glace, la souffrance est telle qu’il bâtitautour de lui une muraille de méchanceté que personne ne peut franchir. Parmiles raisons de la distance entre les deux époux, une question religieuseaussi : Isa est issue d’une famille catholique pratiquante tandis queLouis se veut libre penseur.

Deux enfants naissent, Hubert et Geneviève. Louis reste isolé, jusqu’à lavenue de Marie, leur troisième fille, qui ne craint pas son père et incarne àses yeux toutes les vertus d’innocence chrétienne que « les autres », pourtant impeccablement catholiques,sont loin d’incarner. Mais la petite fille meurt de maladie, et le couple déjàbien délité en ressort encore plus mal en point.

La suite est terrible : Louis d’un côté, le reste de la famille de l’autre,unie dans la crainte et la haine de ce patriarche impitoyable et méchant. Seulun neveu d’Isa, le jeune Luc, parvient à amadouer Louis : comme Marie, ilne le craint pas, et comme Marie, il incarne véritablement la pureté de l’idéalchrétien. Mais Luc disparaît au combat en 1918.

Au fil des pages, Louis réfléchit sur lui-même, se regarde sans indulgence,et commence à percevoir une lumière : serait-il encore possible qu’Isa et luiretrouvent le chemin d’un bonheur commun ? Une nouvelle tentatived’extorsion de fonds menée par ses enfants et petits-enfants replonge Louis ducôté de la haine, et il part pour Paris, décidé à retrouver un fils illégitimeissu d’une maîtresse, afin d’en faire son héritier unique. La première parties’arrête à ce moment.

 

         La deuxième partie n’est plusune lettre à Isa mais un journal que tient Louis. Il y consigne les événementsde son voyage à Paris : son fils Robert retrouvé, sa déception devant cegarçon mou et lâche, qui lui ressemble tant physiquement, et qui tremble devantla fortune que ce père tombé du ciel lui offre. Puis c’est la trahison :Robert a contacté les enfants de Louis afin de vendre le secret de ce qui setrame à leur insu. Louis les surprend par hasard, et décide de déshériter toutle monde. C’est alors que trois télégrammes arrivés en poste restante luiapprennent le décès d’Isa. Profondément choqué, il rentre à Bordeaux. Là, ilreproche violemment à ses enfants de ne pas l’avoir directement prévenu :ils connaissaient son adresse et ils ont préféré ne pas le contacter, de peurque leur complot à eux ne s’évente.

La perte de sa compagne, qu’il était si près de retrouver pensait-il, jetteLouis dans un détachement qui stupéfie ses proches et l’étonne lui-même :il partage ses biens, ne gardant que la jouissance de sa propriété de campagne.Les semaines passent, il est seul et, chose nouvelle, ses enfants lui manquent.C’est vers lui que sa petite-fille Janine vient se réfugier quand son odieuxmari la quitte, car seul Louis a su trouver les mots pour atténuer sa peine.Louis réfléchit, et pose enfin son regard au-delà du nœud de vipères qu’estdevenu son cœur. Il contemple la foi qu’il cherchait sans l’admettre, et meurtà son bureau, en rédigeant le récit de son illumination.

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