Le petit Nicolas

par

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Sempé & Goscinny

Jean-Jacques Sempé est un dessinateur français né en 1932 à Bordeaux. Enfant naturel, il est adopté par un modeste
représentant de commerce. Il décrira plus tard son enfance comme lugubre et
tragique, du fait de la mésentente entre ses parents. La radio ou ses diverses lectures – les romans policiers de
Maurice Leblanc ou les journaux des voisins – lui offrent des échappatoires. Il
dira plus tard n’avoir jamais aimé la
bande dessinée
, seulement les
dessins humoristiques
. Il quitte très tôt l’école et enchaîne quelques
petits emplois. S’étant formé en autodidacte
il produit très tôt des dessins humoristiques sans légende et en place dès ses
dix-huit ans dans le journal Sud Ouest. Il quitte Bordeaux en
s’engageant jeune dans l’armée. Affecté
à Paris, il découvre la ville avec
joie et y rencontre le dessinateur Chaval.

Alors qu’il est libéré de
ses obligations militaires il collabore alors Le Moustique, journal belge de programmes de radio
qui utilise parfois ses dessins en couverture. C’est sur une invitation du
journal à proposer un personnage récurrent qu’il crée Nicolas en 1952. Il rencontre ensuite René Goscinny, de six
ans son aîné, qui travaille avec le même journal et lui propose une collaboration.

 

René Goscinny est né le 1926
à Paris dans une famille d’immigrés polonais ; sa mère est issue d’une
famille d’éditeurs tandis que son père, ingénieur chimiste, se voit proposer
deux après sa naissance un poste à Buenos
Aires
où la famille déménage. Le jeune René y étudiera dans les
établissements français de la ville. Il lit beaucoup de bandes dessinées
enfant ; ses influences sont d’abord Les Pieds Nickelés, mais encore Zig et Puce, Tarzan, Bibi Fricotin ou Superman. Il publie ses premiers dessins
dans le journal de son lycée. Après son baccalauréat, il ne peut étudier les
arts ou les lettres comme il l’envisageait, car suite à la mort de son père il
doit rapidement se mettre à travailler ; il sera un temps aide-comptable.
Lors d’un voyage à New York en 1945
avec sa mère il démarche plusieurs éditeurs de bande dessinée et même les
studios de Walt Disney. Après son service militaire en France il reviendra
travailler dans la ville en tant qu’interprète, dessinateur de publicité et
illustrateur de livres pour enfants. Il rencontre plusieurs pointures du dessin
dont Morris, créateur de Lucky Luke, mais aussi Georges
Troisfontaines, le directeur de l’agence de presse bruxelloise World Press qui
travaille notamment avec le magazine Spirou.
Une fois de retour en Europe en 1951, il rencontre à travers lui Albert Uderzo, avec qui il créera la
série Astérix. Il multiplie en outre les collaborations et publie
notamment des nouvelles policières pour le journal belge Le Moustique, à travers
lequel il rencontre Jean-Jacques Sempé.

 

Les deux hommes collaborent autour du personnage de Nicolas entre 1956 et 1958 à travers une série
de vingt-huit gags publiés
hebdomadairement dans Le Moustique. Ce sont des moments de
la vie quotidienne qui sont mis en scène par René Goscinny en une planche à
chaque fois. Sempé bénéficie de la maîtrise scénaristique de Goscinny et de son
art de l’ellipse mais il ne se sent pas à l’aise en tant que dessinateur de
bande dessinée. La collaboration cesse donc une première fois.

C’est le journaliste Henri Amouroux qui l’année suivante
convainc les deux hommes de poursuivre la série du petit Nicolas pour le numéro
de Pâques de Sud-Ouest Dimanche. Le personnage de Nicolas se voit entouré
d’amis aux noms étranges et du surveillant le Bouillon ; leurs aventures
se déploient à présent dans une nouvelle
illustrée
qui est un succès. L’œuvre puise dans les souvenirs de colonies de Sempé
et de l’école bordelaise qu’il a fréquentée ; c’est donc lui qui
imagine les décors et l’ambiance, tandis que Goscinny est à l’origine du ton
de l’œuvre.

Nicolas et ses amis
déménagent dans le premier numéro de la
revue Pilote
en 1959, puis Denoël reprendre la série
dans des recueils de nouvelles qui
paraissent à partir de 1960. Le
premier volume, Le Petit Nicolas,
comprenant dix-neuf histoires, ne connaît pas un franc succès, si bien que le
deuxième tome manque de ne pas voir le jour. Les Récrés du Petit Nicolas,
comprenant quinze nouvelles histoires, paraissent l’année suivante et la série
connaît le succès notamment grâce à
un passage remarqué des auteurs à l’émission de télévision Lecture pour tous, où Goscinny crève l’écran. Trois nouveaux volumes comptant entre quinze et vingt nouvelles
paraissent chaque année ensuite : Les
Vacances du petit Nicolas
, puis Le
Petit Nicolas et les Copains
, et enfin Le
Petit Nicolas a des ennuis
. La collaboration
entre Sempé et Goscinny prend fin en
1965
. Des histoires inédites seront ensuite publiées à partir de 2004.

Le succès de l’œuvre repose
sur un mélange d’humour, de tendresse et de nostalgie qui parcourt les aventures des personnages, une simplicité et une légèreté des histoires comme du trait de Sempé qui permettent une
identification large du lectorat. La gravité est absente et l’immersion dans le
monde de l’enfance totale, d’autant
que le point de vue adopté est celui
de Nicolas, certes naïf mais qui n’interdit
pas certaines observations lucides sur un monde des adultes objet de critiques.
Ces procédés anticipent sur ceux qui se déploieront ensuite dans la littérature
pour la jeunesse, centrés autour de la perception de l’enfant et non d’une
interprétation adulte du monde. Les histoires du Petit Nicolas ont connu de
nombreuses traductions et sont
connues dans de nombreux pays.

 

Jean-Jacques Sempé travaillera ensuite avec de nombreuses publications dont Paris
Match
, Punch, Esquire, L’Express (1965-1975), le
Figaro, Le Nouvel Observateur et Télérama. À partir de 1978 il démarre une
collaboration avec The New Yorker dont il illustrera plus de cent couvertures. Il exposera
régulièrement et fera longtemps partie du Tout-Paris,
fréquentant écrivains comme stars de cinéma. Il publiera de nombreux albums
chez les éditions Denoël, auxquelles
il voue une grande reconnaissance. En 1962 il publie par exemple Rien
n’est simple
, un recueil de dessins d’idée, simples, délicats,
humoristiques, parfois naïfs, dont le trait apparaît tout à fait dans l’air du
temps et n’a rien de vraiment caractéristique. Dans Insondables mystères en
1993 Sempé dessine des instantanés de la vie de personnes ordinaires, en les
croquant d’une façon particulière que le poète Jacques Réda définit de la
sorte : « 
Partout,
sous l’espèce d’un industriel ou d’une petite fille, d’un violoncelliste
amateur ou d’une dame qui revient du marché, l’Homme de Sempé offre le
spectacle d’un léger décalage entre ce qu’il croit être et ce qu’il est ou, au
contraire, d’une adéquation un peu trop parfaite à son personnage. Et ce
contraire n’en est donc pas un puisqu’on perçoit le trop. Ainsi l’Homme de
Sempé se trouve-t-il toujours à côté de lui-même, sans toujours bien clairement
le savoir, et c’est la source du comique indulgent qui nous le rend proche. »

 

René
Goscinny
a pour sa part eu une carrière plus diverse,
multipliant toujours les collaborations
et les succès. C’est lui qui crée avec
Charlier et Uderzo le magazine Pilote en 1959, qui laisse une grande liberté à ses dessinateurs, et dont le
premier numéro, en plus d’abriter le Petit Nicolas, est témoin de la naissance
d’Astérix
le Gaulois
. Il en devient rédacteur
en chef
en 1963 et participe à faire connaître de nombreux auteurs dont
Gotlib. René Goscinny multipliera aussi les activités à la radio ou à la télévision,
comme scénariste ou animateur. Il participe notamment à l’adaptation des
aventures d’Astérix pour la télévision et crée en 1974 les studios Idéfix où sont notamment réalisés Les Douze Travaux d’Astérix en 1976. Il meurt l’année suivante d’une crise cardiaque, en 1977, à 51 ans. Parmi ses
collaborations les plus connues figurent la série Iznogoud créée avec le
dessinateur Jean Tabary (19621977), et Lucky Luke avec Morris (1955-1977).

 

 

« L’inspecteur s’est
approché de la maîtresse et il lui a serré la main. Vous avez toute ma
sympathie, Mademoiselle. Jamais, comme aujourd’hui, je ne me suis aperçu à quel
point notre métier est un sacerdoce. Continuez ! Courage ! Bravo !
Et il est parti, très vite, avec le directeur.

Nous, on l’aime bien, notre
maîtresse, mais elle a été drôlement injuste. C’est grâce à nous qu’elle s’est
fait féliciter, et elle nous a tous mis en retenue ! »

 

« Moi je n’aime pas les
filles. C’est bête, ça ne sait pas jouer à autre chose qu’à la poupée et à la
marchande et ça pleure tout le temps. Bien sûr, moi aussi je pleure
quelquefois, mais c’est pour des choses graves, comme la fois où le vase du
salon s’est cassé et papa m’a grondé et ce n’était pas juste parce que je ne
l’avais pas fait exprès et puis ce vase il était très laid et je sais bien que
papa n’aime pas que je joue à la balle dans la maison, mais dehors il
pleuvait. »

 

Jean-Jacques Sempé & René
Goscinny, Le Petit Nicolas, 1960-1965

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