Le réveillon du jeune tsar

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Le jeune tsar dans l'exercice de ses fonctions

Comme l’indique d’emblée le titre de la nouvelle, Tolstoï a choisi de montrer ici un tsar jeune, au pouvoir depuis seulement « cinq semaines ». Cette décision facilite l’identification du lecteur avec ce personnage, car celui-ci est clairement à la fois un jeune homme et un souverain. Les responsabilités qui sont les siennes lui paraissent encore étranges, et il a davantage de recul vis-à-vis de sa position qu’un empereur accompli. Comme le lui dit le vieux conseiller, il est « trop bon, pour être tsar ». Il cherche à se montrer à la hauteur de sa charge, quoique celle-ci lui semble écrasante et assez abstraite.

« Il travaillait de son travail de tsar, écoutait des rapports, signait des papiers, recevait des ambassadeurs ou de hauts fonctionnaires et passait des troupes en revue. » On voit bien dans cette phrase comment le jeune tsar s’exécute sans bien comprendre de quoi tout cela en retourne : les papiers que signe un souverain sont forcément d’une importance cruciale et d’une grande portée, mais le tsar, étourdi par la nouveauté, ne le saisit pas encore vraiment. Comme n’importe quel jeune homme, il a hâte que la journée se finisse afin de pouvoir retrouver son épouse. Les audiences s’enchaînent et le tsar se plie à ce qu’on attend de lui : il valide les décisions proposées par ses conseillers. « Avec le ministre de l’Intérieur, il donna son adhésion à la circulaire concernant les impôts non perçus, signa un ukase sur les mesures à prendre contre les sectes, et un autres sur celles propres à assurer la sûreté de l’État ». On voit bien également l’aspect artificiel et ridicule du protocole : « Entre deux rangées de valets droit comme des piquets, le jeune tsar passa dans sa chambre, quitta sa lourde tunique et, endossant une vareuse, ressentit, avec la joie de la libération, comme un attendrissement qui lui serait venu d’une vie heureuse, tranquille et saine, et de la jeunesse de son amour ».

Tolstoï souligne le contraste entre la simplicité du sentiment amoureux, et l’absurdité de la position de tsar. On comprend que le tsar assume sa position en raison de son sens des responsabilités, de son honneur, mais que les conséquences de son règne lui pèsent et l’ennuient. À la fin de la nouvelle, après qu’il a découvert le dangereux désordre qui règne dans son empire, il révèle une âme pure en demandant à son mystérieux guide comment il peut éviter ce désastre. Il interroge la fonction même qui est la sienne : « Suis-je donc vraiment responsable de tout ce qui se fait en mon nom ? Que faire ? Que faire ? répétait-il. Comment m’affranchir de cette responsabilité ? Si je me sentais, seulement pour un centième responsable de tous ces crimes inhérents à l’autorité qui est dans mes mains, je me tuerais. » Le tsar est donc un homme digne et bienveillant, placé face au problème éternel de diriger les hommes dans la sagesse et la justice.

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