Le réveillon du jeune tsar

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Résumé

Depuis sa prise de fonction cinq semaines auparavant, le jeune tsar n’a guère eu de temps pour lui-même, et encore moins pour profiter de la compagnie de la jeune tsarine, une femme intelligente et cultivée qu’il a épousée dans la foulée : son quotidien s’écoule au rythme soutenu de responsabilités administratives écrasantes qu’il exécute du mieux qu’il peut.

Cependant, ce soir, c’est le réveillon, et le tsar a redoublé de zèle dans les dernières heures de sa journée pour disposer de sa soirée à sa guise : après avoir suivi un service religieux, assisté à une fête militaire, ses obligations l’ont également amené à présider un repas administratif et à recevoir ses ministres pour signer les décrets de lois ou « ukases » soumis à son approbation. Il signe ainsi à tour de bras une augmentation des tarifs de douane et un monopole sur la vente d’alcool, un nouvel emprunt d’or, des directives contre les sectes et le vagabondage, une circulaire sur les impôts non perçus, un règlement concernant les conscrits et d’autres mesures disciplinaires, autant de décisions censées assurer le bon fonctionnement du pays et garantir ses intérêts.

Épuisé par sa longue journée de travail, le jeune tsar s’endort dans son fauteuil en attendant son épouse pour le réveillon. Mais au lieu de la jeune femme, c’est un inconnu qui vient le tirer de son sommeil et, bien qu’il ne connaisse pas l’identité de cette apparition presque fantomatique, le jeune tsar va suivre l’étrange visiteur qui le transportera comme par magie avec lui en divers coins du pays, où ils assisteront ensemble, en spectateurs privilégiés, à plusieurs scènes marquantes.

Tout d’abord le jeune tsar voit comment un contrebandier se fait abattre par un soldat en tentant de franchir la frontière prussienne… Il assiste ensuite, sans pouvoir intervenir, au deuil de la famille dans la maison du défunt, et à l’annonce des formalités administratives qui font que ce décès est justifié par la loi.

Le jeune tsar se retrouve ensuite dans un autre foyer où se joue un autre drame : un enfant de neuf ans agonise en raison d’une intoxication éthylique, alors que sa famille se désespère, impuissante devant le monopole des ventes d’alcool institué par le gouvernement. La scène  suivante montre une autre famille s’entredéchirant : ses membres apparaissent perdus, ivres et violents.

Le jeune tsar assistera ainsi à des scènes de répression sauvage contre les vagabonds et les sectes, il sera le témoin des conditions de vie abominables de son peuple, et il verra enfin comment fleurit la corruption, comment s’annonce le règne de la cupidité et d’une puissance aveugle dans son empire, conséquences directes ou indirectes des décisions qu’il a lui-même prises et des décrets qu’il a signés auparavant. Effaré, anéanti, le souverain se réveille soudain en sueur de ce qu’il pense n’être qu’un cauchemar.

Fortement impressionné par ce qu’il a vu, il raconte néanmoins son rêve à sa femme et à un vieux courtisan, ami de son défunt père. Le courtisan le rassure : ces hallucinations ne seraient dues qu’à sa grandeur d’âme excessive, tout fonctionnerait au mieux sur ses territoires. La jeune femme en revanche, dotée de l’esprit progressiste d’une personne élevée à l’étranger, le conforte dans l’idée que certains changements seraient peut-être nécessaires, et qu’il pourrait éventuellement déléguer une partie de ses responsabilités au peuple lui-même et à ses représentants. Finalement une troisième voix, celle de l’inconnu, parvient au tsar de l’intérieur de lui-même : elle lui rappelle la priorité de ses responsabilités humaines envers Dieu.

C’est à ce moment que prend réellement fin le rêve du jeune tsar, qui s’éveille en voyant sa femme à ses côtés. La nouvelle s’achève par une sentence qui, accompagnée d’une date 1894 interroge l’avenir : laquelle des trois voix le tsar écoutera-t-il ?

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