Le roi Arthur

par

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Michael Morpurgo

Michael Morpurgo est un
auteur anglais de livres pour la jeunesse né en 1943 à St Albans, dans le Hertfordshire, à l’est de l’Angleterre.
Il n’apprendra qu’à dix-neuf ans que son père biologique est l’acteur
Tony Van Bridge ; sa mère fut aussi actrice. Après avoir un temps
pensé à une carrière militaire et étudié à l’Académie royale militaire de
Sandhurst, il se dirige finalement vers des études d’anglais et de français
au King’s College London. Il devient ensuite instituteur dans le Kent. À ce poste, il se découvre des talents de conteur, il prend beaucoup
de plaisir à communiquer avec les enfants, mais l’inertie de l’institution
scolaire, la mauvaise réception réservée à ses idées pour infléchir les choses,
engendrent chez lui beaucoup de frustration. Il fait quelques premiers essais
dans le monde des lettres mais ne reçoit que peu d’échos.

Une aventure menée de front avec son épouse va
décider de sa carrière à venir. Celle-ci, fille de Sir Allen Lane, le fondateur
de la célèbre maison d’édition Penguin Books, touche en 1974 un héritage important à la mort de son père et le couple se
lance dans l’aventure des Farms for City
Children
, en fondant un premier établissement à Iddesleigh dans le Devon.
Il s’agit d’offrir la possibilité à des enfants des villes de connaître une
semaine la campagne, loin de leurs parents et du système scolaire, et d’élargir
leur horizon, d’affirmer leur confiance en eux et de les aider à lutter contre
leurs angoisses. Michael Morpurgo passe beaucoup de temps à observer ses pensionnaires
découvrir la nature et réagir à leur nouvel environnement.

La vie rurale de Michael Morpurgo ne l’empêche
pas de fréquenter deux auteurs parmi ses voisins : Seán Rafferty (1909-1993), un poète écossais, qui devient comme un
père pour le couple, et Ted Hughes (1930-1998),
poète anglais et auteur de livres pour enfants que Morpurgo connaissait déjà et
qu’il rencontre par hasard. Les deux hommes deviennent comme des mentors pour
l’apprenti écrivain. En 1979,
Michael Morpurgo publie All Around the Year (« Toute
une année ») en collaboration avec Ted Hughes, un journal qu’il a tenu sur
la vie à la ferme chez la famille Ward qui collabore au projet Farms for City
Children. L’ouvrage est agrémenté d’un poème de Hughes par mois. Une deuxième
ferme verra le jour à Treginnis Isaf, près de St David’s, dans le Pembrokeshire
au Pays de Galles ; puis une troisième en Angleterre dans le
Gloucestershire.

Au gré de ses rencontres, Michael Morpurgo
entend parler du million de chevaux anglais morts pendant la Première Guerre
mondiale, et un soldat lui raconte sa relation touchante avec son cheval
pendant le conflit, lequel sut être le confident de ses sentiments et de ses
peurs. Un autre jour, Morpurgo voit un des petits pensionnaires, qui ne disait
pas un mot, affligé de bégaiement, se confier d’une façon très émouvante au
cheval de la ferme. L’idée de Cheval de guerre (War
Horse
) était née. Ce roman pour enfants et adolescents de 10 à 15 ans,
paru en 1982, a pour héros Joey, un
cheval anglais que le jeune Albert, qui a grandi avec lui, doit laisser partir
pour la guerre, la famille ayant dû le vendre à la cavalerie. Dès lors le
lecteur est plongé dans la Première
Guerre mondiale
à travers le regard de ce cheval qui parvient à échapper à
tous les dangers, et qui passe du camp anglais au camp allemand après avoir été
capturé. L’aveuglement stratégique et la brutalité des officiers sont dénoncés,
de même que l’illusion d’héroïsme qui berce d’abord les jeunes recrues, qui ne
sont pas préparées à l’horreur qu’elles vont connaître. Dès lors la vocation de
Michael Morpurgo est affirmée, et il publiera de nombreux ouvrages pour un
lectorat jeune.

Parmi ses œuvres les plus lues, figure Le
Roi Arthur
(
Arthur, High King of Britain), roman paru en 1994, où
l’auteur réutilise la matière de
Bretagne
mais en choisissant comme narrateur Arthur lui-même. Le jeune
lecteur se familiarise ainsi avec les personnages de Tristan, Lancelot, Gauvain
et Perceval, et découvre les aventures des chevaliers de la Table Ronde dans un
style simple et abordable pour lui. Très grand succès de Morpurgo, Le
Royaume de Kensuké
(Kensuke’s
Kingdom
) est publié en 1999. Avec leurs indemnités de licenciement, les
parents de Michael, onze ans, décident de se lancer dans un tour du monde en
voilier. L’enfant est ravi mais un jour, il passe par-dessus bord avec sa
chienne Stella Artois, et tous deux se retrouvent sur une île que Michael croit d’abord inhabitée, jusqu’à ce qu’il fasse
l’objet d’attentions d’un inconnu, qui s’avère être un vieux médecin japonais.
Le contact n’est pas facile, de par la barrière de la langue mais aussi parce
que l’homme craint les hommes, dont il défend les orangs-outans de l’île. C’est
un rescapé d’un bateau bombardé durant la Seconde Guerre mondiale, persuadé que
sa femme et son fils ont été tués par la bombe lâchée sur Nagasaki quarante ans
plus tôt. Les deux personnages vont devoir s’apprivoiser mutuellement ;
l’ancien initie l’adolescent à un certain art de vivre, tandis que Michael
donne des leçons d’anglais à son nouvel ami, de sorte qu’ils se comprennent de
mieux en mieux. Le roman reçoit le prestigieux prix Sorcières – Morpurgo l’avait également reçu pour Le Roi de la forêt des brumes en 1993, et
le recevra pour La Sagesse de Wombat en
2000 et Soldat Peaceful en 2005.

Retour au thème de la guerre avec Soldat
Peaceful
(Private Peaceful) qui paraît en anglais en 2003. Le héros en est Tommo, un jeune homme de dix-sept ans qui
raconte sa vie pendant une nuit qui ressemble à un compte à rebours. Le lecteur
ne saura qu’à la fin ce qui l’attend au matin. Tommo raconte l’histoire d’une
famille modeste, la perte de son père, la très forte relation qui l’unit à son
frère Charlie, l’insouciance de son enfance à laquelle fait suite, dans une
seconde partie, l’horreur de la guerre. Le lecteur se trouve ainsi confronté
aux injustices qui vont de pair avec les temps de guerre, comme celle des
fusillés pour l’exemple. En 2006 dans
Seul
sur la mer immense
(Alone on a
Wide, Wide Sea
), Michael Morpurgo s’appuie sur un fait historique :
l’émigration de milliers d’orphelins
anglais vers l’Australie
aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale.
Parmi eux, Arthur Hobhouse, que l’on sépare de sa sœur Kitty, et qui se
retrouve dans le ranch Cooper avec une dizaine d’orphelins. La vie y est dure,
il faut travailler, l’on subit d’humiliantes brimades et l’épanouissement
personnel semble peu permis. Mais le lien avec Kitty n’est pas totalement
rompu, et perdure sous la forme d’une clé-porte-bonheur qu’elle a remise à son
frère. Plus tard, le lecteur suivra le parcours
initiatique
d’Allie, la fille d’Arthur, qui décide de traverser les océans
en solitaire à la recherche de sa tante.

Autre récit extrêmement émouvant, Enfant
de la jungle
(Running Wild),
roman imprégné d’une atmosphère de réalisme
magique
, paraît en 2009. À
nouveau l’auteur s’inspire de la réalité pour raconter l’histoire étonnante de
Will, un enfant ayant perdu son père durant le conflit irakien, et qui part
avec sa mère fêter Noël en Indonésie pour dépasser leur tristesse. Un jour,
alors que la mère part pour la plage et que Will visite de son côté l’île où
ils habitent à dos d’éléphant, le pachyderme fonce soudain vers la jungle,
s’éloignant de la plage : il a pressenti la vague qui arrivait. C’est
sûr : la mère de Will est morte, et l’enfant se retrouve en pleine nature
avec Oona, l’éléphante qui lui a sauvé la vie, et avec laquelle un lien profond
va se tisser. Will fera aussi la connaissance, au fil d’une errance de
plusieurs mois, avec des braconniers, mais aussi des bébés orangs-outans et
Géraldine, qui semble l’alter ego de la célèbre éthologue Diane Fossey. Le
roman, très poétique, paraît inspiré
du Livre de la jungle et de L’Enfant d’éléphant de Rudyard Kipling.

 

Parmi les thèmes récurrents de Michael Morpurgo, figurent la survie, les relations avec la nature, la protection
de l’environnement
, l’aventure,
l’amitié, la paix et la guerre. Parmi
les ouvrages qui ont infléchi son œuvre, il a cité Poetry in the Making de son ami Ted Hughes,
L’Oie des neiges (The Snow Goose)
de l’écrivain américain Paul Gallico et Le
Vieil homme et la mer
de Hemingway. Michael Morpurgo a été fait officier de
l’ordre de l’Empire britannique en 2006 et, distinction rare pour un auteur
anglais, chevalier des Arts et des Lettres en France. Son roman War Horse, adapté à la scène, a été joué
à Broadway en 2011, en même temps que paraissait sur les écrans l’adaptation
cinématographique de Steven Spielberg.

 

 

« Je me retrouve
par terre, roulé en boule, hurlant pour que ça s’arrête. Puis je sens que
Charlie s’allonge à mes côtés et se serre contre moi pour me protéger, pour me
réconforter. Il commence à chanter Oranges et Citrons doucement à mon oreille,
et je me mets à chanter avec lui, d’une voix forte, je chante au lieu de crier.
Et bientôt dans l’abri tous chantent avec nous. Mais le déluge de feu continue,
continue encore, et à la fin ni Charlie, ni Oranges et citrons ne parviennent
plus à endiguer la terreur qui m’envahit, qui m’engloutit, détruisant la
dernière lueur de courage et de sang-froid qui aurait pu me rester. Je n’ai
plus que ma peur. »

 

Michael Morpurgo, Soldat Peaceful, 2003

 

« C’est curieux
comme les souvenirs de jeunesse persistent longtemps, restent nets dans notre
esprit, peut-être parce que nous vivons nos jeunes vies avec plus d’intensité.
Tout est frais, nouveau, se produit pour la première fois, tout est
inoubliable. Et nous avons plus de temps pour être, pour regarder autour de
nous. Curieux aussi comme les évènements de mes dernières années, de mes années
d’adulte, sont plus flous dans ma mémoire, moins distincts. Plus on vieillit,
plus le temps prend de la vitesse. »

 

Michael Morpurgo, Seul sur la mer immense, 2006

 

« Je revenais sur la plage,
chargé de bois jusqu’au menton, lorsque je me rendis compte qu’il y avait moins
de fumée qu’auparavant et plus de flammes du tout. C’est alors que je le vis, à
travers la fumée, lui, l’orang-outan. Il était accroupi et jetait du sable sur
mon feu. Il se leva et vint vers moi, sortant de la fumée. Ce n’était pas un
orang-outan. C’était un homme. »

 

Michael Morpurgo, Le Royaume de Kensuké, 1999

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